TEMPS D'ACCALMIE
Le mauvais: temps que nous subissons «étant général, il ne faut point s'étonner -si l'accalmie aussi est générale. A part <iuelques attaques de détail ou des tentatives que l'ennemi n'a pu pousser à fond, la journée d'hier a connu seulement des îuttes d'artillerie plus ou moins violentes. Il s'en est produit en Belgique, sur le front de l'Aisne et devant Verdun, c'est-à- -dire à peu près partout. Mais l'état de l'atmosphère n'est pas tel qu'on puisse \les considérer comme les préliminaires -d'actions plus importantes, au moins <avant un certain délai.
Sur le front italien, tes Autrichiens ont -essayé, à la faveur du brouillard, de tâter leurs adversaires, sur un certain nombre de points, et n'y ont gagné que des mauvais -coups. Ces pauvres Autrichiens ! Ils avaient •réclamé le concours allemand et s'étaient même crus, à un certain moment, en droit •d'y compter. Mais il leur faut, maintenant, -se défendre tout seuls, Hindenburg, qui regarde le front occidental, d'un œil a.nxieux, sinon mélancolique, n'étant plus en état de les étayer.
Ils auraient cependant bien besoin de a 'être, car leurs troupes donnent des
signes non équivoques de lassitude et de fléchissement moral. Je n'en veux d'autre X reuve que ce qui vient de se passer,pas plus tard que vendredi dernier, en Bukovine, où un régiment russe a délogé de leurs positions, en quelques heures, les forces qui occupaient les hauteurs dominant, au nord-ouest, la ville de Sereth.
Je veux bien que son succès ait été éphémère, et que, sous le feu de l'artillerie austro-allemande, il ait été obligé d'abandonner sa conquête, laquelle n'avait du reste qu'une importance de second ordre ; mais ri a ramené 762 prisonniers dont 1 2 officiers, et ce simple fait démontre surabondamment, ou bien que l'ennemi s'est laissé surprendre, ou bien que son moral était insuffisant. Je ne sais laquelle de ces deux hypothèses lui fait le moins d'honneur.
Mais faut-il dire maintenant que ce succès partiel, et incomplet, indique un commencement de réveil dans l'armée russe? Tout au plus est-il permis de croire, avec le ministre de Roumanie à Petrograd, que les troupes qui occupent la partie méridionale extrême du front oriental ont été moins touchées que les autres par
i.t-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Front occidental. — L'ennemi a tenté, au cours de la nuit, plusieurs coups de main sur nos postes des Bavettes, du secteur de Craonne, de la Main de Massues et du Mont-Haut. Des combats locaux se sont déroulés sur ces différents points.
En Russie. — M. Kerensky a réussi à constituer un ministère sur la base d'un accord entre les partis démocratique et bourgeois: il reste généralissime avec le général Verkovsky au ministère de la Guerre et l'amiral Verderevsky à la marine.
Sur le front on signale de source officielle les tentatives répétées des troupes allemandes pour entrer en relations avec les soldats russes et revenir aux 't fraternisations^' qui leur permettent tout à la fois d'agir sur le moral de nos alliés et de se procurer les fUus utiles renseignements pour le cas où il faudrait recommencer la lutte. Leurs avances ont cependant moins de succès, notamment sur le front russo-roumain.
Dans les Flandres. — Reprise de l'offensive franco-britannique: l'armée du général Anthoine emporte les villages de Saint-fean, de Manzelaere et de Veldhoeck; elle pousse jusqu'aux lisières sud de la forêt d'Houthulst où elle donne la main à l'aile gauche des troupes britanniques. Celles-ci, par leur centre et leur droite achèvent la conquête du village de Poelcapelle et progressent vers Paschendaele. La bataille, très durement poursuivie, se prolonge une grande partie de la journée. Malheureusement un temps très défavorable empêche les Anglais de développer complètement leur succès.
En Afrique orientale. — La colonne belge du major Muller entre dans Mahenge, le dernier cheflieu de district qui restait aux mains des Allemands. L'ennemi, pour défendre la ville a Vainement tenté dans les jjitrnées des 7 et 8 oc'obre d'arrêler la marche des colonnes anglo-belges.
les idées maximalistes. Nous avions pu, <i'ailleurs, nous en apercevoir déjà, et nous l'avions très volontiers constaté.
Malheureusement, elles ne forment qu'une petite minorité dans cette immense agglomération d'hommes qui demeure depuis trop longtemps l'arme au pied, tandis que ie gouvernement dépense en conférences et en parlotes le plus clair de son ardeur. Et cependant, le moment serait particulièreanent bien choisipour foncer sur l'ennemi, qui semble à moitié paralysé et n'a pu profiter
de sa victoire presque inespérée, ni devant Riga, ni devant Czernowitz et Tarnopol.
Mais les soviets sont laissés libres de poursuivre leur œuvre néfaste, et, tant qu'ils demeureront les maîtres, il faudra nous contenter de demi-succès, comme celui de Sereth. Encore bien heureux que, pour des raisons il est vrai différentes, les contingents autrichiens ne montrent plus guère, comme eût dit Bossuet, qu'une force qui tombe et une ardeur qui s'éteint.