EN FLANDRE, LES TROUPES ALLIÉES ORGANISENT LE TERRAIN CONQUIS
(11 Octobre.)
La bataille livrée mardi en Belgique a abouti pour les alliés, comme d'ailleurs les cinq qui l'avaient précédée, à un succès d 'importance. Les dernières crêtes des mamelons qui forment rideau devant la plaine de Roulers sont entamées, et la forêt d'Houthulst, formidable téduit de la ligne de défense, menacée de débordement par le sud. Or, les Franco- Anglais ne voulaient pas autre chose, pour cette fois. On sait qu'ils ont pris pour règle, une règle à la fois prudente et sage, de ne démolir
l'ennemi que morceau par morceau.
J'ai déjà indiqué les raisons d'ordre varié qui empêchent les Allemands de s'opposer à ces méthodiques avances. La puissance de l'artillerie qui les écrase en est une ; leur affaiblissement numérique et le régime fort dur auquel ils sont constamment soumis en sont une autre. Mais il en existe une troisième, que je ne saurais taire, parce qu'elle est tout à la gloire des soldats de l'Entente. C'est que l'ardeur, la bravoure et l'entrain de ceux-ci semblent
Lt-COLONEL ROUSSET
s'accroître à mesure que la guerre approche de ses fins. Ils font preuve en toute occasion d'un mordant infiniment redoutable pour l'ennemi, et c'est parce qu'ils savaient cela fort bien que les dirigeants de l'Allemagne ont essayé de couvrir nos pays de ce réseau malpropre de trahisons et de perfidie que 4;endaient des courtiers pacifistes grassement prébendes. Je ne sais si ces derniers, avant de tomber aux mains de la justice, ont pu faire quelques rares prosélytes.
part de l'admiration qu'ils en ont ressentie.
Devant cette ruée si énergique et si soutenue, l'ennemi a rompu de près de deux kilomètres; après quoi, comprenant toute la valeur du terrain perdu, il a essayé de réagir.
Au cours de l'après-midi, ses contreattaques ont été nombreuses, au moins devant le centre anglais, car, sur sa propre droite, il était contraint d'activer
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(Cl. Section phot. de l'Armée.)
Passerelle de 1200 mètres jetée sur les inondations de l'Yser.
Mais certainement, et malgré certaines tentatives que j'ai moi-même signalées naguère, ils ont perdu leur temps auprès de nos troupiers.
Mardi dernier, quand l'attaque a commencé, le temps était déjà mauvais. Il est bientôt devenu détestable. Pluie, vent, rafales et trombes, rien n'y manquait. En d'autres temps peut-être, on eût renoncé à la lutte et remis l'affaire à une meilleure occasion.
Mais les préparatifs étant faits — et l'on sait s'ils sont minutieux et longs, — le commandement, qui connaissait ses hommes, n'a rien voulu retarder. Ce fut merveille alors de voir ces braves qui avançaient à travers les excavations creusées par les obus et transformées en citernes.
Tous les témoins oculaires nous ont fait
une retraite que les canons belges prenaient d'enfilade.
En somme, il a laissé à nos alliés le village de Poelcappelle en entier, avec les ondulations qui dominent l'ouest, Passchendaele, et il n'a pu empêcher les troupes du général Anthoine d'aborder les lisières méridionales de la forêt d'Houthulst.
Celle-ci est maintenant condamnée à une défensive inerte et passive, étant privée des secours extérieurs que lui donnaient les positions perdues par l'ennemi. Nous verrons combien de temps cette défense pourra durer encore. Toutefois, il faut s'attendre à ce que les Allemands y apportent, comme à celle de Passchendaele, tout ce qu'ils ont encore d'énergie, car, après, ce sera pour eux la retraite dans une plaine nue et découverte, où pas un obus tiré par les alliés ne doit être perdu.
Lt-COLONEL ROUSSET
(Cl. Section phot. de l'Armée.)
Poste de commandement français, sur le front des Flandres.