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LES ENTRACTES DE LA BATAILLE

(12 Octobre.)

Nous voici revenus, pour un temps, à la période des coups de main et des attaques diffuses en quoi l'ennemi met tout ce qui lui reste d'esprit offensif. Le prince Ruprecht a tâté nos positions de Draibank, vers le sud de la forêt d'Houthulst. Le kronprinz en a fait autant du côté du bois Le Chaume et de la cote 344, au nord-est de Verdun. Tous deux ont échoué dans leur entreprise, ce qui n'a pas dû les surprendre, en raison de l'habitude qu'ils en ont. C'est nous, plutôt, qui nous étonnons de l'entêtement avec lequel l'un et l'autre s'exposent presque constamment à de semblables camouflets, dont le coût n'est jamais négligeable. Mais j'en ai dit assez à cet égard pour ne pas avoir à me répéter.

Quant à la bataille engagée par nos alliés et par nous, il est évident que le mauvais temps la dérange. On sait d'ailleurs qu'elle n'est point continue et qu'elle comporte des pauses plus ou moins longues, rendues obligatoires par la préparation de chaque bond. Nous la verrons reprendre à son heure, quand toutes les conditions qu'elle exige pour se rallumer seront remplies. Assurément, la saison est déjà bien avancée pour que nous devions nous attendre à ce qu'elle donne des résultats absolument décisifs. Mais j'imagine que nos alliés préfèrent obliger les Allemands à

passer l'hiver dans les boues gluantes de la plaine, plutôt que d'y rester eux-mêmes, et, pour cette raison, ils ne lâcheront prise et ne se reposeront sérieusement que lorsqu'ils seront définitivement et irrévocablement maîtres de toutes les hauteurs. A cela, les sursauts sporadiques du prince Ruprecht ne changeront rien.

Les autres fronts sont calmes. J'entends bien qu'on signale une légère effervescence du côté de Riga et dans la Baltique. Je crois qu'elle se manifeste trop tardivement pour avoir une signification quelconque. Et je crois également qu'avant de lancer leurs bateaux dans le golfe de Finlande, les Allemands devront s'occuper de calmer l'émotion qui vient de se manifester dans leur flotte. Nous savons de source sûre qu'elle a été plus sérieuse que ne l'a dit von Capelle et que, pour des raisons d'ordre politique, la répression n'a pu être aussi sévère que la stricte discipline prussienne l'eût voulu. Ce sont là des incidents qu'on aurait tort de grossir, mais qui, au moment où nous sommes, ne sauraient non plus passer inaperçus.

Nous apprenons d'autre part que M.

Kerensky a réussi à constituer un ministère de coalition et est parti immédiatement pour le grand quartier général, où va se tenir un conseil de guerre. S'il réussit enfin

Lf-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Dans les Flandres. — Reprise de l'offensive par les troupes britanniques : leur front d attaque s'étend de la ligne du chemin de fer Ypres-Roulers au sud de la forêt d' Houthulst où elles se relient à l'armée du général Anihoine.

Après une lutte très vive, notamment sur la pente de la crête principale à l'ouest de Passchendaele et sur cette crête elle-même, au sud du village, nos alliés occupent une série de fermes et de points fortifiés.

Golfe de Riga. — Une escadre allemande de hombardemint réduit au silence les batteries russesdela haie de Tcggsoesund dans l'île d'Œsel. L'ennemi débarque ensuite des forces importantes qui commencent à refouler la garnison russe. Cette opération se combine avec une attaque allemande sur l'île Dogo et une action menée par les vaisseaux de guerre de la flotte pour forcer la passe du Soëlo-Sund entre les îles d'Œsel et de Dago.

Front occidental. — Les communiqués ne rapportent que des engagements de détail et des coups de main locaux. Le duel d'artillerie reste très violent dans les Flandres, sur le front de l'Aisne et sur la rive droite de la Meuse.

La bataille des Flandres. — La presse allemande se console des échecs du kjonprinz Ruprecht de Bavière en déclarant que les troupes britanniques ont subi des pertes extraordinaires; le major Moraht donne le chiffre de 500 000 hommes. A propos de ces assertions, le général Maurice, directeur des opérations militaires au ministère de la guerre britannique, dit : « Nous n'avons pas eu la moitié de ce chiffre engagé dans la bataille. Contrairement aux usages allemands, nous publions toutes nos pertes et en fait, leur total depuis le i'^"^ janvier, sur tous les théâtres de la guerre, n'est pas d'un demi-million. L'assertion du major Moraht est donc absurde.

à remettre de l'ordre dans l'armée et à la soustraire à l'influence délétère des soviets, les Allemands regretteront sans doute d'avoir laissé passer l'occasion qui leur

était offerte. Il est yrai qu'ils ne se sont abstenus, en fait, que parce qu'il ne leur était guère possible de faire autrement.

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