‹ La Guerre au jour le jourChapitre 137 sur 360 · DE LA FLANDRE A LA LIVONIE · texte numérisé non relu

DE LA FLANDRE A LA LIVONIE

(13 Octobre.)

J'écrivais hier que nous verrions la bataille de Flandre recommencer à son heure, quand toutes les conditions de sa reprise seraient remplies. En vérité, cette heure ne s'est pas fait attendre, car vendredi matin, dès l'aube, nos alliés britanniques se sont, malgré une pluie diluvienne qui était tombée, toute la nuit, portés de nouveau à l'ennemi. Ils ont attaqué avec leur vigueur habituelle, et les premiers renseignements qui nous parviennent sur la bataille sont pleinement satisfaisants. Mais il nous faut attendre, pour savoir s'ils ont réussi enfin à s'emparer des dernières hauteurs de Passchendaele, auxquelles le prince Ruprecht se cramponne désespérément avant d'aller s'enlizer dans les marécages glacés de la plaine de Roulers.

Sur notre front, les Allemands s'agitent pas mal, sans aboutir à grand'chose.

L'artillerie tonne avec fureur, et l'infanterie sort çà et là de ses tanières, mais à petites doses et par petits paquets.

L'énumération de ces efforts éparpillés devient fastidieuse par sa répétition même. Cependant, elle nous apporte la preuve de

plus en plus convaincante du désarroi dans lequel se débat le kronprinz.

Que signifie maintenant le remue-ménage que l'on constate à l'est de Riga? Rien, à mon sens, de bien intéressant. Il s'est, à la vérité, un peu accentué depuis hier, au point que les Russes ont été obligés, sous les obus à,s])hyxiants, d'évacuer quelques-unes de leurs tranchées avancées. Et après?

Von Eichhorn commettra-t-il l'imprudence de s'aventurer dans les plaines de l'Esthonie en cette arrière-saison qui déjà sent l'hiver? Si oui, tant mieux ; mais j'en doute. Il faut croire plutôt qu'il s'agit simplement pour lui d'une rectification de position, si restreinte par elle-même qu'elle n'empêche pas les Allemands de revenir, par ailleurs, à leurs anciens essais de fraternisation à travers les tranchées.

A signaler maintenant l'activité qui, après une très longue accalmie, recommence à se manifester en Arménie. Les Russes ont passé, dans la région montagneuse qui est comprise entre les deux lacs de Van et d'Ourmiah, à plusieurs opérations de détail qui ont assez bien

Lt-COLONEL ROUSSET

tourné. Or, il n'en va pas ici comme en Livonie ; je veux dire qu'au point de vue militaire, la saison, mauvaise d'un côté, redevient propice de l'autre. On a constaté, ■d'autre part, que les troupes russes étaient d'autant moins imprégnées du virus maximaliste qu'elles se trouvaient plus distantes du loyer d'infection qu'est Petrograd.

Allons-nous voir les Turcs, en Mésopotamie, pris bientôt entre deux feux, comme ils avaient pendant longtemps été exposés à l'être, avant que les soviets aient accompli leur triste besogne? Ce serait pour la coalition germanique un coup qui, bien que porté à distance, n'en serait pas moins sensible et très difficile à parer.

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