L'INCURSION ALLEMANDE DANS L'ILE D'ŒSEL
(15 Octobre.)
A la reprise d'activité, d'ailleurs toute relative, qui a été signalée ces jours-ci en avant de Riga, vient aujourd'hui s'ajouter un coup de théâtre inattendu. Les Allemands ont débarqué des troupes, évaluées à une ou deux divisions, dans les îles de Dago et d'Œsel, qui, au large de la Livonie et de l'Esthonie, commandent l'entrée des golfes de Finlande et de Riga. On nous dit que l'opération s'est effectuée sous la protection de dreadnoughts dont les canons auraient eu rapidement raison de l'artillerie de côte russe. Des dreadnoughts, c'est bien gros pour ces parages à hauts fonds. Toujours est-il que les troupes moscovites ont dû abandonner le rivage et gagner l'intérieur où, paraît-il, elles se préparent à soutenir le combat. Je souhaite qu'elles y réussissent ; mais je ne vois pas très bien de quelle ligne de retraite elles vont pouvoir disposer désormais.
Faut-il relever maintenant dans cette aventure une menace directe contre Petrograd? Je persiste à en douter, malgré les apparences, car il me semble impossible que l'État-majOr allemand risque, au moment où nous sommes, un pareil coup de dés. Mais, comme ses combinaisons militaires, surtout quand elles manquent de bases solides, se compliquent habituellement de machinations plus ou moins tortueuses, je me demande si le débarquement d'hier ne vise pas plutôt la Finlande ou la Livt)nie, où l'on sait que les intrigues boches ont créé une situation assez agitée.
Ces deux provinces ne sont pas très garnies de troupes, et les entreprises maritimes que l'on pourrait tenter contre elles n'auraient que peu d'opposition à craindre de la flotte moscovite qui, elle, possède bien des dreadnoughts, mais a été trop
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Carte du golfe de Riga avec les îles d'Œsel et de Dago.
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travaillée par les soviets pour pouvoir utilement s'en servir. Les Allemands auraient voulu se constituer une base d'attaque pour mieux rayonner vers les côtes orientales de l'ex-empire russe, que je n'en serais pas surpris. Dans leur arsenal de guerre, ils tiennent toujours en réserve, pour les cas graves, quelques armes de bluff et d'intimidation.
Quoi qu'il en soit, l'occupation des îles d'Œsel et de Dago ne peut avoir, au point de vue purement stratégique s'entend, qu'une importance très restreinte.
La Russie, déjà si entamée, ne serait pas
condamnée à mettre bas les armes pour quelques nouveaux territoires perdus, car elle a l'immensité derrière elle. I^ui fallût-il même abandonner Revel, que sa situation; ne changerait pas plus qu'elle ne l'a fait après la prise de Riga. Son salut n'est pas. lié à la possession de quelques milliers de kilomètres carrés, surtout dans le nord. Il dépend uniquement de la reconstitution de son armée et du retour de celle-ci à la discipline. Malheureusement, rien n'annonce que nous puissions compter sur l'une ou sur l'autre, au moins dans un, temps suffisamment prochain.