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LA BATAILLE DANS L'ILE D'ŒSEL

(16 Octobre.)

D'après les communiqués russes, les troupes allemandes n'auraient pu, bien que les défenses côtières aient été détruites, s'installer dans l'île de Dago, et la flotte germanique, allégée de quelques unités, aurait manqué l'entrée du détroit de Sélé, qui sépare cette île de celle d'Œsel. Par contre, dans cette dernière, les conting:ents moscovites seraient en retraite vers le sud-est et se trouveraient par conséquent dans une position assez critique, le golfe de Riga leur étant fermé. Les Boches, de leur côté, prétendent n'avoir perdu aucun navire et avancer rapidement vers la côte orientale d'Œsel, où les deux villes d'Arensberg et de Zerel seraient en flammes. Cette

dernière est située à la pointe de la presqu'île de Sworbe, qui s'enfonce dans leseaux du golfe de Riga.

En fait, et sans qu'il y ait lieu de tenir compte de ces divergences, les Russes ont été dépossédés de la base qui servait à leurs mouilleurs de mines, en sorte que l'entrée des deux golfes est ouverte. Ils disent avoir eu affaire à huit dréadnoughts, douze croiseurs, quatre torpilleurs et trente dragueurs, ce qui paraît constituer une force navale fort imposante. S'ils n'exagèrent pas, comme je me permets encore de le croire, c'est d'abord que l'Allemagne a procédé à une mobilisation grandiose, montrant ainsi que le blocus occidental n'entrave

(Cl. Forbin.)

Des ouvriers rasses siégeant à un tribunal révolutionnaire.

Lt-COLONEL ROUSSET

point la liberté de ses manœuvres du côté de l'Orient ; c'est ensuite que les troubles de Kiel n'ont pas eu de suites graves. I>e bulletin officiel de Berlin a grand soin d'insister, du reste, sur le « vif esprit combatif» qu'ont montré les équipages employés à l'opération.

Quelles sont, maintenant, les conséquences à redouter? J'en vois trois, qui peuvent soit rester ..distinctes, soit se combiner ensemble et procéder d'un plan coordonné. Il y a d'abord la menace contre la Finlande, qui paraît des plus probables. Vient ensuite l'éventualité d'un débarquement du côté de Pernau et sur le littoral plus au sud, de façon à prendre en flanc les forces russes qui barrent la chavissée de Pskow. Enfin, une attaque maritime contre Revel paraît de plus en plus présumable, ce qui ne veut pas dire du tout que les Allemands aient envie de pousser sur Petrograd, mais seulement qu'ils chercheront à s'assurer dans la Baltique des points d'appui solides, leur permettant

d'aborder ensuite, à leur heure et avec toutes sortes d'avantages, la flotte de Cronstadt. Celle-ci les laissera-t-elle faire ? Si oui, elle ouvre la porte à de très fâcheuses aventures. Si non, elle peut sauver, à force d'énergie, une situation trop incertaine encore pour être déjà périlleuse.

M. Kerensky l'a adjurée de faire son devoir. Il lui a même donné le commandement ferme de se sacrifier. Mais comme, même depuis qu'il a assumé les fonctions de généralissime, ses objurgations sont restées 'vaines et ses commandements inexécutés, personne ne peut affirmer que, cette fois, il aura raison du trop fameux comité central qui représente, à Cronstadt, la domination de l'anarchie. On nous dit qu'en présence des graves événements qui s'annoncent, le gouvernement a décidé de mettre provisoirement de côté toutes les questions de politique intérieure et de concentrer toutes ses forces à l'organisation de la défense du pays. Je crois vraiment qu'il est temps.

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