LA FLOTTE RUSSE DE LA BALTIQUE S'EST ENERGIQUEMENT DÉFENDUE
(17 Octobre.)
Il est assez malaisé de suivre dans le détail les opérations de la Baltique, car nous n'avons, en ce qui les concerne, que des communiqués obscurs et même contradictoires parfois. Cependant, on peut en déduire, sans crainte de se trom-
per, que l'île d'Œsel est aux trois quarts conquise et que l'occupation de celle de Dago marche à grands pas.
Les Allemands paraissent avoir partagé leurs forces navales — où je continue à croire que, quoi qu'on en ait dit, les
(Cl. Forbin.)
Femmes du « Bataillon de la Mort » dévouées à la cause de Kerensky.
U-COLONEL ROUSSET
Sur la crête d(
L'offensive alliée progresse graduellement dans les Flandres depuis le 31 juillet. Les difficultés topographiques et climatériques sont, pour les nôtres comme pour les Anglais, motifs de nouveaux héroïsmes. Ici, nous voyons les Canadiens, transpercés par les rafales d'une pluie glacée, s'avancer, à travers des lacs de boue, sous le feu
rré des canons ennemis. L'objectif fixé est Passchendaele. Le kronprinz de Bavière accroche désespérément à la crête protectrice. Mais, sous la poussée britannique, il ! abandonne les pentes l'une après Vautre, les sommets lui sont arrachés, et, le novembre, les fils du Canada entreront victorieux dans les ruines du fameux bourg.
U-COLONEL ROUSSET
dreadnoughts brillent par leur absence — en trois groupes dont l'un opère au nord de l'île d'Œsel et les deux autres au sud. Le premier a essayé de forcer la passe de Sélé, qui sépare les deux îles, et ne paraît pas y avoir réussi. Toutefois, il a obligé, par ses feux, une partie des forces russes à chercher un refuge sur les navires et à cingler vers l'île de Mohr, tout près de la côte d'Esthonie. Des deux autres, l'un s'est borné à bombarder les rivages de la presqu'île de Sworbe, ainsi que la ville d'Arensberg. L'autre a pénétré dans le golfe de Riga, mais a dû se replier bientôt sous le feu des canons de côte à longue portée qui bordent le littoral de Pernau. Tel est, sauf erreur possible en raison de l'imprécision des nouvelles, l'état des affaires actuel. Il accuse, de la part des Russes, une certaine résistance à laquelle, peut-être, les Allemands ne s'étaient pas attendus, J'ai souvent dit que ces derniers souffraient d'un affaiblissement qui, s'il ne les empêchait pas encore de se e ^fendre, même énergiquement, les mettait du moins hors d'état d'attaquer. Certain document, émanant du ministère de la Guerre, et qui convie les étudiantes des universités ou écoles supérieures de l'empire à s'embaucher dans les usines de guerre, afin de libérer les hommes dont la pénurie se fait sentir sur le front, vient à l'appui de cette thèse, et ce qui se passe dans la mer Baltique ne la contredit pas.
De quoi, en effet, s'agit-il là? D'une action partielle, relativement facile, exécutée par une flotte qui n'a jamais été engagée, et dont les conséquences ne nous apparaissent comme redoutables que parce que les forces russes ne sont peut-être pas en état de les empêcher. Si la reconstitution de l'armée et de la marine russes était aujourd'hui un fait accompli, la pointe maritime exécutée par lesAUemandsn'aurait guère que la valeur d'un épisode. Majheureusement, elle peut en prendre une beaucoup plus grande, car, d'une part, ses développements possibles nous sont inconnus, et, de' l'autre, nos ennemis réussissent à donner le change, par des succès peu coûteux, sur la gêne où euxmêmes se trouvent présentement. Deux choses que le gouvernement provisoire aurait certainement évitées s'il s'était résolu tout de suite aux grands moyens qui, seuls, ont la vertu nécessaire pour rendre force et solidité à un organisme détraqué par le maximalisme et les soviets.
On nous dit que, depuis l'affaire Kornilof, vingt généraux pourvus de hauts commandements ont été frappés. Il est possible que la mesure ait été opportune. Mais une autre le serait autant, sinon davantage. C'est celle qui dissoudrait ces comités de péroreurs dont l'action turbulente détruit toute discipline. Car il ne faut pas oublier que le mal est en bas, beaucoup plus qu'en haut.
Bolcheviks tirant sur la foule, dans une rue de Petrograd.
(Cl. Forbin.)