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FRONT FRANCO-ANGLAIS

Les Allemands, comme c'était à prévoir, ■ont définitivement conquis l'île d'Œsel, dont ils avaient coupé les communications avec la terre ferme et où, conséquemment, ils ont pu faire un nombre assez considérable de prisonniers. Ils doivent leur succès à deux facteurs principaux : la surprise d'abord, — une surprise qui ne s'explique guère quand on sait quel'État-major russe ■était depuis plus d'un mois au courant de leurs projets, — puis l'organisation défectueuse de la résistance.

D'une part, en effet, les batteries de côte n'ont point montré, tant s'en faut, l'activité qu'il eût fallu, et leur atonie relative a laissé le dragage des mines s'opérer sans difficulté ; de l'autre, la défense paraît avoir été décousue et éparpillée, soit par la faute du commandement, soit parce que les troupes manquaient de consistance.

Ces troupes se sont repliées presque tout de suite dans des culs-de-sac, celui de Zerel et celui de l'île de Moon.

C'était courir, sans profit aucun, audevant de la capture, pour peu que, comme cela est arrivé, les navires sur lesquels on espérait rembarquer aient été empêchés d'approcher.

C'était aussi laisser le champ libre à l'ennemi qui, au lieu de se heurter à une position centrale bien garnie, a pu se porter d'un bond sur les rivages orientaux où ses navires, maîtres du golfe de Riga, ont pris les Russes à revers. Certes, comme je l'ai dit hier, la résistance a été honorable, et dans la bataille navale les marins russes ont été à la hauteur de leur réputation d'héroïsme, mais cette résistance a-t-elle été organisée avec méthode et précaution? Il est vrai que tout devient difficile quand

U-COLONEL ROUSSET

(Cl. Section phot. de l'Armée.)

Le zeppelin « L-49 » échoué à Bourbonne-les-Bains.

on n'est pas sûr de l'instrument qu'on tient dans les mains.

Quelles vont être maintenant les décisions allemandes? Je demeure persuadé qu'elles ne visent pas Petrograd, pour le moment du moins. Mais je n'en dirais pas autant pour Revel ni pour le flanc droit

de l'armée qui barre le travers de la chaussée de Pskow. L'une et l'autre courent dès aujourd'hui de grands risques. Et, pour cette raison, nous aurions mieux aimé entendre parler de mesures rigoureuses que d'une nouvelle proclamation du gouvernement aux troupes, aux marins

Lt-COLONEL ROUSSET

' Au nord de l'Aisne. — Par une série d'opérations de détail, nos troupes réussissent à pénétrer dans les organisations allemandes de la région Moulin de Laffaux-Braye-en-Laonnois, y opèrent des destructions importantes et en ramènent une centaine de prisonniers.

Golfe de Riga. — Les Allemands occupent l'île de Moon après une action combinée de leurs forces de terre et de mer. Déjà maîtres des îles d'Œsel, d'Abro et de Runoë, ils ont désormais toute liberté de ma' nœuvre dans le golfe, où ils vont cor\stituer une base d'opérations qui leur permettra le développement éventuel de nouveaux plans d'attaque contre les côtes russes.

Les gaz nocifs. — Le bureau d'informations militaires russe annonce que les Allemands commencent à employer un nouveau gaz qui produit sur l'organisme des effets analogues à ceux de la phtisie.

Dunkerque. — Le.ministre de la Guerre met la ville à l'ordre de l'armée avec la citation suivante : « Soumise depuis trois ans à de violents et fréquents bombardements a su, grâce au sang-froid admirable et au courage de sa vaillante population, maintenir et développer pour la défense nationale sa vie économique et rendre ainsi à l armée et au pays d'inappréciables services. Ville héroïque, sert d'exemple à toute la nation. »

A la mémoire de Guynemer. — La Chambre des députés, sur la proposition de M. Lasies « invite le Gouvernement à faire mettre au Panthéon une inscription destinée à perpétuer la mémoire du capitaine Guynemer, symbole des aspirations et des enthousiasmes de l'armée et de la nation ».

Le texte de cette résolution est voté à main levée par toute la Chambre debout, et au milieu d'un silence impressionnant.

et à la population. M. Kerensky n'est-il donc pas encore fixé sur la valeur négative de cette rhétorique fastueuse et stérile? ^u'il jette dans ce cas un coup d'œil sur notre propre histoire. Il y verra comment, dans des circonstances critiques, nous avons été forcés de la remplacer par quelque chose de plus opérant.

Rien à signaler aujourd'hui sur tout le front occidental, sinon que la lutte d'artillerie y accuse une intensité croissante et qui paraît significative. Le communiqué allemand de mercredi, en parfaite concordance avec celui de nos alliés britanniques, indiquait que cette lutte était devenue, depuis la veille, particulièrement vive entre la Lys et la zone inondée de l'Yser. Celui d'hier insistait encore, disant que la canonnade avait augmenté de violence, en particulier dans la région d'Houthulst et au sud de Passchendaele, et signalant les entreprises de « fortes reconnaissances » près de Draybank.

Mais ce n'est pas seulement en Flandre et en Artois que la lutte d'artillerie s'ac-

centue ; elle s'est généralisée, et a gagné le front français, entre le nord de l'Aisne et la rive droite de la Meuse, à la cote 344 et au bois Le Chaume.

Le même communiqué allemand dit textuellement : « Au nord-est de Soissons, l'activité de combat, qui avait été vive depuis plusieurs jours, a pris les proportions d'une bataille d'artillerie qui se poursuit avec seulement quelques courtes interruptions. Depuis hier matin, de la vallée de l'Ailette jusqu'à Braye, les batteries des secteurs voisins prennent également part à la canonnade. Depuis l'Aisne jusqu'à la rive est de la Meuse, l'activité de l'artillerie a augmenté de façon notable sur beaucoup de parties du front. »

Comme il est peu probable que cette recrudescence soit un simple effet du hasard, on peut en conclure qu'à la stagnation actuelle succéderont prochainement de nouvelles actions, sur lesquelles on comprendra que nous nous abstenions de tout commentaire et de toute précision.

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