LA BATAILLE NAVALE DANS LE GOLFE DE RIGA
(20 Octobre.)
La bataille navale d'Œsel prouve deux choses : d'abord que le blocus auquel est soumis, à l'Occident, la flotte allemande n'équivaut en aucune façon à sa mise hors de cause et ne suffit même pas à la paralyser ; ensuite que l'opération qui vient d'être
entamée contre la Russie est montée de la façon la plus large et avec de puissants moyens. On nous parle de cinquante-cinq unités qui vogueraient en ce moment dans les eaux russes, sans compter ce qui viendra après. C'est une force navale énorme, dont
i.t-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
La journée des Zeppelins. — Au retour d'une grande expédition aérienne lancée hier soir contre l'Angleterre, cinq des appareilsallemands, égarésdansla brumct viennent survoler le territoire français dans une course désordonnée, qui se termine pour chacun d'eux d une façon tragique.
Le premier, atteint par un obus, est abattu en flammes à Saint-Clément, au sud-est de Lunéville; le second, le L-49, poursuivi par notre escadrille d'avions dite des Crocoàiles, atterrit près de Bourhonne-les- Bains.
Le troisième, le L-50, qui suit de près le L-49, accroche violemment la cime des arbres d'un bois: une nacelle est arrachée et projetée à terre avec ses occupants et l'appareil délesté mais désemparé est emporté dans les nuages où il est perdu de vue.
Le quatrième zeppelin descend plus au sud et va atterrir dans les Hautes- Alpes à Mizon; enfin, le cinquième se perd dans la Méditerranée.
Front occidental. — Au nord de l'Aisne, actions d'artillerie très violentes pendant toute la nuit : nos batteries font sauter un dépôt de munitions.
Sur la rive droite de la Meuse, les Allemands lancent une forte attaque dans le secteur au nord-ouest de Bezonvaux ; les assaillants ne sont repoussés qu'après un vif combat.
Des coups de main moins importants tentés par l'ennemi en Champagne, à l'ouest du mont Cornillet et dans les Vosges, au col de la Chapelotte, n'obtiennent aucun résultat.
Dans la soirée, les avions allemands jettent une soixantaine de bombes sur Dunkerque et la banlieue. De notre côté, une escadrille franco-britannique, malgré le temps brumeux, exécute un raid jusqu'à Sarrebiûck. et jette plusd'une tonne de projectiles sur une usine et une gare situées à 1 6 kilomètres au nordouest de la ville.
Tios alliés ne possèdent certainement pas l'équivalent. Ils se sont, en tout cas, bien -défendus, et nous en sommes fort aises, parce que les agissements impunis des so- -viets nous faisaient redouter, sur mer, des •défaillances encore plus fâcheuses que celles de Galicie et de la Dwina. Ils ont dû, il est vrai, abandonner la lutte, en laissant au fond de l'eau un de leurs cuirassés, le Slava, Mais ils ont aussi, par un vigoureux crochet défensif, esquivé la prise à revers qu'on leur préparait du côté de Mohn- Sund. Il y a donc eu manœuvre, et qui dit manœuvre dit discipline. Il y avait longtemps, hélas ! qu'on ne parlait plus de celle-ci.
Faut-il maintenant accorder toute créance à la dépêche optimiste de Petrograd qui parle d'un prochain rétablissement de la situation? Je me permets de faire à cet égard des réserves expresses, en raison même de la supériorité numérique des Allemands et des grandes pertes faites par les Russes en prisonniers et en matériel. Mais si les premiers, maîtres des îles, étaient condamnés à n'y faire qu'une installation précaire ; s'ils étaient gênés dans ieurs débouchés ; si, en un mot, ils rencon-
traient une opposition telle qu'elle les obligeât à livrer incessamment de nouveaux combats entraînant des pertes plus ou moins considérables, mais répétées, je crois que leur expédition ne tarderait pas à tourner court. Le but exact de celle-ci nous échappe encore. Mais on se doute, d'après le déploiement de forces dont nous sommes témoins, qu'il doit avoir une certaine ampleur. L'avancement de la saison oblige à l'atteindre rapidement, ou à l'abandonner. C'est donc affaire aux marins russes de montrer assez d'énergie et de constance pour que leur adversaire soit conduit à cette éventualité dernière. Toutes les victoires n'aboutissent pas à la suprématie définitive, témoin celle de Charleroi, et, pour rappeler un souvenir que le général de Schlieffen, ancien chef du grand État-major allemand, évoquait naguère en une brochure fameuse, nui n'ignore que, par crainte de certains dangers qui n'étaient point imaginaires, Annibal n'osa pas se porter directement sur Rome, après qu'il eut battu à plate couture, dans les plaines de Cannes, l'armée des consuls Paul-Emile et Terentius Var-