SUR TERRE ET DANS L'AIR
(22 Octobre.)
(Cl. M. F.)
Le dernier communiqué russe, il faut bien le dire, n'est guère rassurant. Non pas que l'évacuation de l'île de Moon, qui était inévitable, aggrave beaucoup la situation existante, mais parce que des barrages de mines ont été établis par l'ennemi pour prendre la flotte russe dans un étau. « Cette opération et le débarquement dans l'île de Dago, dit le communiqué en question, montrent clairement qu'il s'agit de détruire coûte que coûte les forces maritimes qui défendent cette région. » Hélas ! on pouvait s'en douter. La seule chose qui doive nous surprendre est qu'on se soit laissé acculer à cette extrémité.
Au surplus, la marine allemande déploie en ce moment une activité extraordinaire et vraiment redoutable. Non contente de ses succès dans les îles esthoniennes, elle a attaqué et dispersé, dans la mer du Nord, un convoi de huit navires, dont trois seulement ont pu échapper à la destruction. Deux destroyers d'escorte ont été également coulés, « après une lutte courte et inégale ». Il y a eu là, sans doute, des scènes de sauvagerie qui ne relèvent pas l'honneur allemand, déjà si profondément déchu. Mais il y a aussi une manifestation nouvelle, et dangereuse, de cet
esprit de décision qui anime nos ennemis et leur dicte d'étonnantes hardiesses. On dirait, et peut-être non sans quelques raisons apparentes, qu'ils se croient tout permis.
Je passe sur le bombardement de Dunkerque par mer et sur le^ torpillage d'un transport américain, qui a coûté la vie à 67 personnes. De tels accidents de guerre sont peut-être inévitables et ne procèdent pas en tout cas d'un plan stratégique déterminé auquel on peut toujours^opposer des manœuvres contraires. Ils ont trouvé d'ailleurs une contre-partie fort pénible pour les Allemands dans la catastrophe aérienne qui a atteint quatre, au moins, de leurs zeppelins du dernier modèle. Je ne peux m'abstenir, à son propos, de quelques réflexions.
D'abord, le fait de s'être rapidement élevé à une altitude de 5 500 mètres, opération assez difficile pour un dirigeable, n'a pas empêché le zeppelin abattu près de Lunéville d'être crevé et incendié par un obus, preuve que ces mastodontes^ quelles que soient leurs facultés de manœuvre et l'habileté de leurs pilotes, demeurent toujours excessivement vulnérables, même lorsque, comme au contraire du cas présent, certaines contingences
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Dans les Flandres. — Au sud de la forêt d'Houthulst une action combinée des forces franco-britanniques mène les troupesalliées jusqu'à la lisière de la forêt, quelles dépassent sur plusieurs points. D'autres combats s'engagent des deux côtés de la voie ferrée d'Ypres à Staden et aux abords du village de Poëlcapelle : plusieurs points d'appui de la ligne allemande sont enlevés. L'ennemi, cependant, réagit presque aussitôt et ses fortes contre-attaques parviennent à arrêter l'avance des troupes britanniques le long du chemin de fer.
Les combats aériens sont très nombreux au cours de la journée et beaucoup 'se déroulent en arrière des lignes allemandes. Le communiqué britannique signale la brillante entrée en activité des escadrilles australiennes qui, jusqu'à présent, n'avaient fait que des vols d' instruction. « Elles se sont montrées dignes de la haute opinion qu on avait fo rmée d'elles.
La victoire du Chemin des Dames. — « Après une préparation d'artillerie magnifique par sa puissance et son efficacité, nos fantassins passent à l'attaque...
L'objectif principal est la prise du quadrilatère allemand Vaudesson, Chavigr on, fort delà Malmaison.
Le récit officiel explique l'importance de cet objectif et fixe la physionomie du combat. Onpeut y rattacher les détails donnés par d'autres notes sur les services rendus par les aviateurs et par les chars d'assaut.
L'aviation, dit le communiqué du 23 octobre au soir, a assuré de la façon la plus audacieuse, et malgré un temps très défavorable, les missions qui lui incombaient, les appareils volant à 50 mètres au-dessus des lignes.
Les tanks ou chars d'assaut ont agi surtout contre les défenses accessoires et les nids de mitrailleuses qui arrêtaient l avance de l'infanterie.
atmosphériques ne leur ont pas fait perdre le nord.
Il apparaît en outre que la brume est pour eux une cause d'erreurs de direction irrémédiables, puisque nous en avons capturé deux auprès de Sisteron, où certes ils n'avaient pas envie d'aller se promener, et que d'autres voguent peut-être encore sur la Méditerranée, qu'ils songeaient
encore moins à visiter. Ma conclusion sera donc toujours la même. Ces monstres ingouvernables étant tôt ou tard voués aux désastres, c'est aux avions, beaucoup plus maniables et mieux opérants, qu'il faut confier la charge de la guerre aérienne.
Fabriquons donc des avions à force, et narguons les zeppelins trop exposés à naufrager.