L'ESCADRE RUSSE DEFEND L'ENTREE DU GOLFE DE FINLANDE
(23 Octobre.)
Malgré les champs de mines semés par l'ennemi et quelques tentatives sousmarines, d'ailleurs assez facilement déjouées, les Russes ont pu replier vers l'entrée du golfe de Finlande à peu prés la totalité des forces navales qu'ils avaient dans le Moon-Sund. Les Allemands sont obligés de reconnaître eux-mêmes que cette proie leur a échappé. Ils annoncent seulement la capture d'un certain nombre de prisonniers et d'un matériel qu'ils affirment copieux, mais ne dénombrent pas.
On dirait presque que, maintenant, ils hésitent sur la suite à donner à leurs succès rapides. Devant les voies diverses, mais toutes plus ou moins parsemées de chausse-trapes, qui s'ouvrent devant eux, ils sont un peu comme l'âne de Buridan ; et, en attendant que l'inspiration leur vienne, ils poursuivent les manoeuvres sournoises d'où ils espèrent toujours que
sortiront de plus promptes solutions. De nouveaux essais de fraternisation ont été faits en Lithuanie et sur le front roumain, auxquels les Russes ont répondu à coups de fusil. Sur le dernier point, cette solution était à prévoir, les troupes qui s'y trouvent ayant échappé jusqu'ici à la gangrène maximaliste. Sur l'autre, elle était un peu plus aléatoire, et, pour cette raison, elle n'en devient que plus méritoire à nos yeux.
La mentalité du soldat russe est devenue, à certains points de vue, un véritable problème. Il se bat mollement, quand il ne refuse pas de se battre, comme il ne lui est arrivé que trop souvent. Mais, lorsque l'ennemi veut lui tendre une main hypocrite, il la repousse avec horreur et mépris. C'est un grand enfant dévoyé, qui aurait besoin de la férule. On ne voit malheureusement pas que M. Kerensky, si expert qu'il soit en l'art du langage.
Li-COLONEL ROUSSET
soit homme à la lui appliquer de la façon qu'il faudrait.
Mais peut-être que le peuple lui-même se réveillera sous le coup de fouet du péril qui se dresse. Voici, en efifet, que, dans un article intitulé : « Faisons-nous la guerre ou ne la faisons-nous pas? » l'Isvestia, organe spécial du comité cen" tral des soviets, déclare que", sans s'abriter ter davantage derrière les subterfuges, i^ faut dire nettement si l'on veut ou non aider les Allemands, par l'abstention ou la' démoralisation des troupes, à faire, comme ils le désirent, la paix aux dépens
de la Russie. C'est la paraphrase de cette parole de Lazare Carnot : « La guerre étant un acte de violence, on doit la faire sans merci, ou rentrer chez soi. » Seulement, Carnot savait joindre l'action au discours, et pratiquer la prophylaxie du virus démagogique, au moins dans les rangs de ceux qui combattaient.
En somme, et pour revenir aux faits, les conséquences de la prise de l'archipel esthonien ne se dessinent pas encore. Je doute, au surplus, qu'elles mettent un baume suffisant sur la plaie ouverte en Allemagne par la catastrophe aérienne de samedi.
(Cl. Beaufrère.)
La prise de Vaudesson, pendant la victoire du Chemin des Dames.