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VICTOIRE FRANÇAISE AU SUD-OUEST DE LAON

(24 Octobre.)

La violence extraordinaire de la lutte d'artillerie, entamée depuis plusieurs jours sur le front de l'Aisne, annonçait d'une façon suffisamment claire l'imminence d'une grande attaque. Celle-ci, à laquelle j'ai cru devoir m'abstenir de faire aucune allusion préalable, s'est déchaînée mardi matin ,à 5 h. 15, dans la région d'Allemant «t de la Malmaison, et a brillamment débuté.

L'ardeur inlassable de nos soldats et l'excellence d'une préparation qui a fait ses preuves en maintes circonstances, nous sont un sûr garant des résultats que doit donner ce nouveau coup de marteau.

D'ores et déjà, elle a fait tomber entre

nos mains de formidables positions ennemies, un important matériel, vingt-cinq canons, 7 500 prisonniers. Les pertes allemandes sont considérables ; l'affaire a été menée avec une science et un brio extraordinaires. Encore une fois chefs et soldats forcent l'admiration et la reconnaissance. Dès la veille au matin, les troupes alliées s'étaient mises en mouvement du côté de la Belgique, non point pour procéder à une large offensive, mais seulement pour rectifier des positions encore trop sinueuses et accélérer autant que possible le refoulement de l'ennemi dans la plaine de Roulers. Peut-être aussi voulait-on que celui-ci fût occupé sur plu-

Li-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Chemin des Dames. — Les troupes allemandes sont en plein désarroi et commencent à évacuer la région de Pinon, au sud du canal.

Front d'Italie. — Le maréchal Hindenhurg a organisé contre nos alliés une offensive de grandstyle, préparée par une de ces concentrations puissantes, rapides et secrètes dont il a su déjà, à plusieurs reprises depuis le commencement de la guerre, tirer des avantages décisifs.

Aujourd'hui à l aube, après une courte préparation d'artillerie, les troupes austro-allemandes, massées sur le haut Isonzo, devant le front Plezzo-Tolmino, attaquent et bousculent la deuxième armée italienne; le soir elles sont maîtresses de la ligne Plezzo, Caporetto, Montenero, Kolovrat, Auzza.

"En vrais frères d'armes, disent les communiqués allemands, les soldats allemands et austro-hongrois ont commencé la lutte contre leurs anciens alliés. »

Au Chemin des Dames. — Pinon et les groupes d'ouvrages fortifiés à l'est et à l'ouest sont enlevés dans la matinée. Nos soldats nettoient la forêt de Pinon des détachements allemands qui s'y trouvent et, le soir, ils arrivent au canal.

A l'est du front d attaque, nous atteignons Pargny- Filain et la chapelle Sainte-Berthe.

En fin de journée, notre ligne part du mont des Singes, borde le canal de l'Oise à l'Aisne jusqu'à la ferme des Bâtis et rejoint Pargny-Filain et la chapelle Sainte-Berthe.

Front d'Italie. — Les troupes austro-allemandes franchissent la frontière sur plusieurs points au nord de Cividale et marchent en direction de cette ville. Le général Cadorna décide l'évacuation immédiate du plateau de Bainsizza et les corps italiens qui l'occupent repassent sur la rive droite de l'Isonzo.

L'ennemi réoccupe les hauteurs de la rive gauche.

sieurs points à la fois, ce qui est une opération essentiellement recommandable, dont se trouvent toujours bien les forces assaillantes s'entr'aidant ainsi réciproquement, même lorsque la distance entre elles est trop grande pour qu'elles puissent agir en liaison.

Les résultats de cette dernière affaire consistent en une avance assez sensible effectuée par les Anglais dans l'est et le

sud de Poelcappelle, et par nous sur les lisières méridionales de la forêt d'Houthulst. De nombreux points d'appui, tous très fortement aménagés, ont été conquis et, en dépit de furieuses contreattaques allemandes, conservés sauf deux ou trois. Il est donc permis, sans rien exagérer, de voir en cette affaire un succès dont l'importance doit s'affirmer surtout dans ses effets ultérieurs.

NOTRE AVANCE VERS LAON (25 Octobre.)

Le brillant succès qu'ont remporté nos troupes dans la journée de mardi nous met en possession, désormais incontestée, de toute la partie occidentale du Chemin des Dames, et, par conséquent, des hauteurs qui commandent la coulée suivie par le chemin de fer de Soissons à Laon, entre Anizy-le-Château et cette dernière ville. Je dis « incontestée » parce que nos soldats n'ont guère pour habitude de jamais restituer une parcelle quelconque de leurs gains et parce que les contre-attaque allemandes ne présentent plus, depuis un certain tempsdéjà, qu'une vigueur émoussée. C'est là un fait tellement bien acquis, même pour l'ennemi, que celui-ci prend maintenant le temps de la réflexion avant de réagir. Ainsi, après cette dernière et forte tape, il a cru devoir s'en tenir à de simples bombardements.

Il est vrai que, lorsqu'il essaie de se

montrer plus entreprenant, ses tentatives ne lui rapportent pas grand'chose. En Flandre, par exemple, il est revenu sept fois à la charge contre les positions enlevées le 22 octobre par les Anglais et par nous. Sept fois il a été repoussé avec pertes, sans avoir rien récupéré que quelques parcelles de terrain parfaitement insignifiantes. On conviendra que ces résultats ne sont guère engageants.

Le kronprinz va donc être obligé de faire son dçuil des crêtes qui, entre la route de Lafîaux à Pinon et celle de Braye-en- Laonnois à Anizy, commandent la plaine méridionale de Laon. Sa situation devient par suite assez gênée, les positions échelonnées qu'il occupe à l'est du canal de l'Aisne à l'Oise étant désormais vues d'enfilade par notre artillerie, et les dernières collines qui surplombent les abords de Laon se trouvant découvertes. Nos avia-

Lt-COLONEL ROUSSET

teurs ont déjà reconnu qu'étaient commencées là ces dévastations odieuses et inexpiables par lesquelles notre sauvage ennemi prélude d'ordinaire à ses reculs forcés.

Les arbres sciés, les fermes détruites, les instruments de la richesse agricole et industrielle volés ou anéantis, c'est par ces raffinements de barbarie systématique et « pourpensée », comme disaient nos grands-pères, que l'Allemand s'est placé au-dessous de la brute. Laissons-le dans cette posture dégradante. Mais constatons que ni l'accumulation de ses défenses, ni le nombre toujours accru de ses pièces de canon, ni l'opposition qui nous est faite de troupes triées sur le volet, ne suppléent, chez notre adversaire, au moral qui s'étiole et à la force de résistance qui disparaît

C'est un fait indéniable que notre infanterie accuse une vigueur irrésistible, notre artillerie une puissance de plus en plus redoutable, notre commandement une méthode et une sûreté de vues qui

déjouent tous les plans ennemis. Il paraît que les Allemands se disposaient à nous attaquer eux-mêmes du côté de Pargny et de Filain,^ où deux divisions [étaient postées en réserve. La soudaineté et l'énergie de notre agression ont entraîné celles-ci dans la bagarre, plus vite et tout autrement qu'elles n'avaient voulu. Elles ont énormément souffert.

Je citerai maintenant, uniquement pour mémoire, un assaut manqué des Allemands contre la cote 344, au nord-est de Verdun. Cette façon de commémorer, à un jour près, le glorieux anniversaire de la reprise de Vaux et de Douaumont, ne saurait nous déplaire. Nous y voyons une preuve surérogatoire de cet affaiblissement dont je parlais plus haut, et la certitude de conserver intacts les bénéfices dus aux victoires que continueront à nous assurer, d'abord la valeur de nos troupes, puis une tactique faite de sagesse, sans doute, mais aussi de résolution.

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