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PLUS QUE JAMAIS L'UNITÉ D'ACTION S'IMPOSE

(31 Octobre.)

OÙ en est le recul italien? Je serais fort «mbarrassé de le dire, les communiqués du général Cadorna demeurant dans un vague absolu et ceux des Allemands paraissant suspects par leur exagération rutilante. Il apparaît seulement — et la constatation est singulièrement pénible ■ — que toute la ligne occupée en avant de •Gorizia, depuis Plezzo jusqu'à l'Adriatique, a dû être précipitamment évacuée, que Cividale est aux mains de l'ennemi et Udine prise ou tout près de l'être.

Bien que la poursuite soit un peu moins pressante, le général Cadorna ne semble pas en mesure de faire tête sur le Tagliamento, qui est trop rapproché de l'ennemi. Il va donc probablement se replier sur la Piave. Là, s'il est soutenu à temps et s'il est suffisamment couvert sur sa gauche par des montagnes qui doivent être conservées à tout prix, il pourra s'arrêter et résister .avec avantage. Une retraite stratégique n'est point une fuite, en tant du moins qu'elle prépare des ressauts ultérieurs.

Ce n'est pas après la bataille de la Marne que j 'ai besoin de le rappeler. L'éponge une fois passée sur les sacrifices que l'on a faits, parce qu'il fallait les faire, l'unique question qui se pose est de trouver de solides positions de défense, d'y appeler le plus de réserves possible, et de tomber en garde à nouveau, avec l'intention bien arrêtée

de reprendre soi-même l'offensive à la première occasion.

Assurément, la situation est délicate et exige beaucoup de sang-froid. Gardons intact le nôtre, même si nous voyons la retraite de nos alliés s'accentuer rapidement. L'ayant conservé après Charleroi, il serait absurde de le perdre aujourd'hui. Je n'ignore pas qu'on parle aussi d'une grosse attaque qui serait dirigée contre le Trentin. Mais elle donnerait au déploiement austro-allemand une extension énorme et qui pourrait devenir dangereuse, d'abord en raison de la température de ces régions, ensuite parce que les diverses colonnes opérant dans ces contrées abruptes n'auraient entre elles que des communications fort précaires. Il appartiendra au commandement, si le fait annoncé se produit, de tirer parti des difficultés graves qui résulteront, pour l'ennemi, de ces défavorables conditions.

Encore une fois, nous sommes surpris par une irruption soudaine qtie nous aurions dû prévoir et peut-être été en mesure de parer. On s'étonne qu'elle ait pu se produire avec autant de brutalité et de force, alors que, depuis longtemps, son éventualité était envisagée et sa possibilité admise, aussi bien en Angleterre qu'ici. On s'étonne au moins autant de voir, sur les Alpes, des divisions turques et bulgares.

n-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Dans les Flandres. — Progrès des attaques françaises et belges dans la presqu'île de Merckem ; prise du village de Luighem.

Chemin des Dames. — Contre-attaques de l ennemi sur la ferme Froidmont et nos positions au nord : les assaillants dispersés par les feux de la défense abandonnent une soixantaine de prisonniers.

En Italie. — Les troupes austro-allemandes sont entrées à Gorizia dans la nuit ; poursuivant leur marche Vers l'ouest, elles franchissent l'Isonzo et atteignent Cormaus en fin de journée. D'autres corps passent également le fleuve dans la partie inférieure de son cours vers Monfalcone.

Sur mer. — Combat, dans -l'après-midi d'hier entre six contre-torpilleurs anglais et français et trois contre-torpilleurs allemands accompagnés de 1 7 aéroplanes. L'ennemi se dérobe rapidement et l escadrille aérienne est dispersée.

Front d'Italie. — L'offensive austro-allemande continue à se développer :

La quatorzième armée, commandée par le général von Below entre, dans la soirée, à Udine, capitale du Frioul, où le général Cadorna avait établi son quartier général depuis le commencement de la guerre.

A la droite de la 14'^ armée, l'armée de Corinthie, descendant de Pentafel et du col de Ploeken, aborde le haut Tagliamento vers le camp retranché de Gemona qu'elle attaque.

A la gauche de von Below, le général Borœvic presse la retraite de la 3® armée italienne vers le bas Tagliamento.

Le Brésil et l'Entente. — Le ministre des Etats- Unis du Brésil, à Paris, notifie officiellement au gouvernement de la République française l'entrée en guerre de son pays avec l'Allemagne. Le torpillage du « Macao » a précipité la rupture.

tandis que nous avons, en Macédoine, une armée respectable qui ne les a pas empêchées de filer. Mais ce n'est pas une raison pour négliger quoi que ce soit de ce qui doit être fait contre le danger menaçant. Allons donc au plus pressé, qui est de faire avorter la manœuvre politico-militaire de Hindenburg avant qu'elle ait pris des proportions trop larges. Après, nous aurons tout loisir de remonter à ses sources, et de philosopher sur des erreurs qui, vraiment, conimencent à trop se répéter.

On annonce que, mardi matin, une nou-

velle attaque anglaise a été entamée au nord de la voie ferrée d'Ypres à Roulers et qu'elle a heureusement débuté. Voilà qui est fort bien. Les Allemands, opérant en Italie, ne seront certainement pas fort aises de se sentir marcher sur la queue. En écrasant celle-ci, on peut parfaitement les obliger à se retourner et à lâcher leur proie, car, tous les fronts étant solidaires, peu importe celui où s'opérera la rupture d'équilibre. Et voilà tout le secret de cette fameuse unité d'action dont il est si souvent question... dans les discours.

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