LES AUSTRO-ALLEMANDS ARRETES DEVANT LE TAGLIAMENTO
(3 Novembre.)
Y a-t-il eu une bataille du Tagliamento? Ludendorff dit oui, mais Cadorna dit non, et j'avoue que le récit du second me paraît plus vraisemblable que celui du premier qui, on le sait, ne craint pas la boursouiiure. Quand, pour une raison quelconque, le besoin se fait sentir de chanter victoire, tout lui est bon, même les événements les plus simples, pour donner matière à des hymnes triomphaux.
L'affaire, en réalité, semble devoir se réduire à une série de combats d'arrièregardes, combats très durs, assurément, très pénibles et coûteux, mais n'ayant rien de commun avec ce qui s'appelle la bataille. Couvrir une retraite est chose infiniment délicate. Les troupes qui en sont chargées y laissent d'ordinaire pas mal de plumes. Les éléments de la 3« armée italienne qui, avec deux divisions de cavalerie et des avions en assez grand nombre, s'en sont chargés dans les conditions que nous connaissons, ont été certai-
nement fort éprouvés. Mais ils remplissaient une mission de sacrifice, et ils paraissent l'avoir accomplie de leur mieux, puisque l'ennemi, de son propre aveu et malgré ses exagérations voulues, enregistre comme seuls gains vraiment effectifs les deux points de Dignano et de Codroipo, sur la rive gauche du Tagliamento, qu'il appelle, un peu pompeusement peut-être, des têtes de pont.
Aux dernières nouvelles donc, un cours d'eau large de 8oo mètres et très grossi par les pluies séparait les deux adversaires. ■ Je persiste à croire qu'il marque seulement un palier dans la retraite, laquelle se continuera très probablement jusqu'à la Piave, pour le moins. Entre temps, les renforts franco -anglais, dont les premiers éléments se présentent déjà dans la zone de guerre, seront vraisemblablement à pied d'œuvre.
Et c'est alors que se livrera une bataille autrement sérieuse que celle, vraie ou apocryphe, du Tagliamento.
Li-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Guerre aérienne. — En représailles des bombardements de Dunkeique, une escadrille de 17 avions français survole et bombarde la ville d'O0enbourg dans le grand duché de Bade.
En Angleterre. — Le premier lord de l'Amiraulé fait à la Chambre des communes une intéressante déclaration sur la situation navale. « Presque tous les bâtiments de commerce, dit-il, naviguent aujourd'hui en convois organisés et escortés. Depuis que ce système a été mis en vigueur, les perles de navires escortés n'ont pas dépassé 1 pour 200.
« D'autre part, nos vaisseaux de guerre exercent une surveillance infatigable dans toutes les mers et pendant le mois d'octobre, les escadres de blocus ont réalisé dans r Atlantique septentrional et dans l'océan Arctique l'incroyable exploit d arrêter et de visiter 'chaque navire de commerce faisant le trafic avec les pays neutres : ils n'en ont pas manqué un seul. »
Au Chemin des Dames. — Les conséquences de la victoire de la Malmaison ne se sont pas fait attendre
<' L'ennemi menacé sur sa droite, pressé par noire infanterie, écrasé par notre artillerie qui, des positions nouvellement conquises bombardait sans relâche ses organisations du sud de l'Ailette, a été contraint d'abandonner le Chemin des Dames auquel il se cramponnait depuis six mois. »
Nos troupes trouvent en effet ce matin les lignes allemandes évacuées sur un front d'une vingtaine de kilomètres depuis la ferme Froidmont jusqu'à l'est de Craonne: elles se portent en avant sur les pentes nord du Chemin des Dames. LesvillagesdeCourtecon, Cerny-en-Laonnois, Ailles et Chevreux sont occupés et nos patrouilles atteignent le cours de l'Ailette.
Dans le Cattégat. — Le croiseur auxiliaire allemand Maria est coulé dans un engagement naval.
Avi surplus, l'effectif présumé des forces allemandes amenées en Italie avait été quelque peu grossi. D'après certains renseignements, qui paraissent venir de bonne source, ces forces se monteraient en tout à cinq divisions, dont deux prélevées sur le front occidental. D'autre part, les Autrichiens se seraient renforcés de quatre divisions, dont une seule a pu être identifiée avec certitude. Je ne me porte pas garant de ces chilïres. Mais, s'ils sont exacts, comme il y a lieu de le croire, ils montrent jusqu'à l'évidence qvie les coalisés ne comptaient point du tout frapper un grand coup, mais seulement écarter le danger qui pesait sur Trieste ou Laybach. L'appétit, qui vient en mangeant, les pousse maintenant vers d'autres objectifs plus corsés. Seulement, ceux-ci seront certainement moins faciles
à saisir, car il existe en Italie des réserves nombreuses, et il faudra compter avec les Franco-Anglais. Laissons donc le temps et les hommes faire leur œuvre, et attendons les bienfaits, si tardifs qu'ils soient, de l'unité de front qui commence à se réaliser partiellement.
Un mot très court maintenant sur l'occupation de Bir-Seba, en Palestine, par les troupes anglo-égyptiennes du général Allenby. C'est peut-être la porte de Gaza qui s'entr 'ouvre et, par suite, celle de la Judée. Les Turcs, menacés dans cette dernière province, après avoir perdu l'Arménie, la Mésopotamie et l'Hedjaz, évalueront-ils enfin le coût de plus en plus onéreux dont il leur faut payer la tutelle que, pour la satisfaction de ses ambitions personnelles, leur a imposée le kaiser?