DEUX EXPÉRIENCES PROBANTES
(4 Novembre.)
Il était parfaitement évident — et je l'avais indiqué il y a quelques jours — que les Allemands, pris d'enfilade sur la partie orientale du Chemin des Dames, ne pourraient plus s'y maintenir très longtemps. Hier, ils se sont décidés à l'évacuer et à se replier de l'autre côté de l'Ailette. Tel est le résultat médiat de notre victoire du 23 octobre, sur le plateau de la Malmaison. A l'heure actuelle, la , situation se dessine comme suit. Entre nos nouvelles positions et la ville de Laon se dressent
encore quelques hauteurs défendables, mais qui forment une ligne discontinue et sont dominées à peu près partout.
Bonnes pour la chicane, elles ne constituent point un obstacle comparable, de près ni de loin, à celui qui vient de céder. Quant au piton même sur lequel est assis le chef-lieu de l'Aisne, il a tout juste la valeur d'un observatoire, et nullement celle d'un réduit. En outre, on s'aperçoit que nous venons de pénétrer en coin dans la ligne allemande qui se replie presque à
U^OLONEL ROUSSET
Front de l'Ailette. — Nos troupes organisent le terrain nouvellement occupé, du canal de l'Oise à Corbény.
L'état-major allemand présente l'abandon du Chemin des Dames et le repli au nord de l'Ailette corrvne la suite d'un plan prémédité; la presse allemande toujours docile aux instructions qui lui sont données, compare l'événement à la célèbre retraite ordonnée par Hindenhurg dans la Somme.
En Italie. — Les Autrichiens occupent le camp retranché de Gemona sur le haut Tagliamento. D autres forces austro-allemandes franchissent le fleuve dans son cours moyen vers Pinzano.
En Mésopotamie. — Les troupes britanniques avancent de Samarra sur Tekrit, repoussant devant elles les Turcs et leur enlevant une série de positions.
En Palestine. — Le général Allenby marche sur Gaza.
En Italie. — La chute du camp retranché de Gemona et le passage du Tagliamento par les Autrichiens à Pinzano ne permettent pas au général Cadorna de continuer la défense du fleuve et l'obligent à se replier sur la ligne de la Piave. Ce mouvement a pour conséquence l'abandon des positions occupées au nord dans les Alpes de Garnie et dans les Dolomites.
M. Lloyd George et M. Painlevé partent pour l'Italie où ils vont conférer avec le gouvernement de Rome sur les mesures imposées par la situation ; le général Robertson, chef de l' état-major britannique, et le général Foch sont déjà depuis quelques jours sur le front de nos alliés.
Le transport des troupes françaises en Italie s'effectue avec rapidité, non seulement par les deux lignes de chemins de fer de Modane et de Vintimille, mais par les cols des Alpes que nos soldats franchissent à pied ou en automobiles.
angle droit vers la Champagne, par Corbény et le fort de Brimont, et que la branche méridionale de cette tenaille est enfilée complètement par la hauteur d'Hurtebise et les pentes de Craonne. L'ennemi pourra-t-il longtemps encore se tenir en équilibre dans des conditions aussi difficiles? C'est douteux, tellement qu'on n'aurait point à s'étonner si le recul d'hier n'était qu'un commencement. Mais je ne veux pas anticiper sur les événements.
Mieux vaut, je crois, remonter à leur source, et étudier leur enchaînement.
La victoire du 23 octobre n'a entraîné des conséquences importantes, à la fois immédiates et subséquentes, que parce qu'elle nous a mis en possession de certains objectifs stratégiques d'une valeur telle que, pendant six mois, l'ennemi avait fait d'énormes efforts pour les garder. Ce sont de telles conquêtes qu'il faut viser chaque fois qu'on attaque, et alors, la lutte doit être menée sans répit jusqu'à ce qu'on les ait réalisées. Si des impossibilités surviennent, on s'arrête, mais pour recommencer ensuite, et le plus tôt possible. Car le but une fois atteint, — et il est limité seulement par les bornes que lui impose la préparation même — les bénéfices s'élargissent parfois beaucoup plus qu'on n'y
avait compté d'abord, comme vient de le montrer l'attaque austro-allemande en Italie, qui certainement n'était pas montée pour gagner, d'un bond, le Tagliamento.
Sur ce point de doctrine, je pense qu'il ne saurait y avoir de discordances, mais si, par exemple, il en existait quelqu'une, la double expérience qui vient d'être faite suffirait à la faire disparaître. Car elles montrent l'une et l'autre, en sens in verse malheureusement, que les succès vraiment profitables sont ceux que donnent les luttes dont, même après des débuts prudents, les développements ne sont pas, a priori, circonscrits. Une bataille est souvent fertile en incidents.
Le rôle du chef est de tirer parti de tous ceux qui lui donnent des avantages, et de ne se désintéresser d'aucun d'eux, sous prétexte qu'ils n'entraient point dans ses prévisions.
Rien de nouveau sur le Iront d'Italie.
Un tassement se produit, qui était inévitable. Je crois pouvoir affirmer, d'après des renseignements pris à bonne source, que, soit qu'ils restent sur le Tagliamento, soit que, comme c'est plus probable, ils doivent reculer encore vers l'ouest, les Italiens sont décidés à tout pour se relever du coup qui les a frappés.