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LES ARGUTIES ALLEMANDES

(5 Novembre.)

Les Allemands se sont décidés, le recul qu'ils avaient accompli au delà de 3 novembre après midi, à confesser le l'Ailette, dans la nuit du i»' au 2. Et, en

U.COLONEL ROUSSET

effet, il leur a fallu, pour présenter les choses de la manière que l'on va voir, le temps de la réflexion.

« Nous avons terminé sans être gênés par l'ennemi, disent-ils, les déplacements projetés depuis assez longtemps de nos lignes du Chemin des Dames. L'ennemi, qui, jusqu'au 2 à midi, continuait à diriger un feu violent sur les positions abandonnées par nous, ne s'était pas aperçu de notre mouvement de repli. » J'en suis bien fâché pour M. de Ludendorff, rédacteur ou inspirateur de ce papier truqué comme une simple dépêche d'Ems, mais nous nous étions si bien aperçus de la retraite boche que nos patrouilles l'avaient signalée dès l'aube du vendredi, et que, si nos batteries ont continué à faire feu, c'est, d'abord, parce que des tirs de barrage presque continus étaient dirigés contre nous, pour empêcher le franchissement éventuel de l'Ailette ; c'est ensuite parce qu'il fallait, avant de pousser plus loin, détruire certains abris encore peuplés de traquenards. Que le quartier-maître général ne s'en fasse donc point accroire ; nous n'avons point brûlé notre poudre aux moineaux.

Je ne sais maintenant si, comme il le prétend, sa retraite n'a pas été gênée. Je n'y étais pas pour le dire. Mais ce que je sais fort bien, c'est qu'elle lui a coûté cher, car le matériel conquis par nous depuis le 23 octobre, et qui grossit encore, se chiffre par 200 pièces de canon de tous

calibres, 222 mortiers de tranchée et 720 mitrailleuses. L'expérience que j'ai de la guerre, si faible qu'elle soit, me permet d'affirmer au colonel-général de Ludendorff qu'une troupe qui se replie volontairement et en bon ordre, suivant une manœuvre « depuis longtemps projetée », ne sème généralement pas derrière elle un aussi énorme butin.

Laissons donc momentanément cette affaire, dont j'imagine que le dernier mot n'est pas dit. Il l'est si peu que le commandement allemand fait préparer l'opinion, par ses officieux, à d'autres sacrifices. Je constate en passant que ses porte-paroles s'acquittent assez mal de leur besogne, car ils emploient, pour traduire les intentions d'en haut, un langage singulièrement pâteux. Ils nous parlent, par exemple, de l'évacuation préméditée de « districts dépourvus d'importance au point de vue des grandes décisions tactiques ». Pensent-ils nous faire croire que le Chemin des Dames était de ceux-là? C'est alors que les généraux allemands furent bien sots de s'y cramponner, au prix de tant de pertes, pendant plus de dix mois. « Cette théorie ajoute-t-on, a été adoptée et doit être acceptée par les lecteurs de journaux. » Parbleu ! ceux-ci en accepteront bien d'autres, car le jour n'a pas encore lui où ils s'apercevront qu'on leur donne des vessies pour des lanternes, en noyant sous des fleurs de rhétorique la pauvreté

(Cl. Loys.)

Les premiers renforts anglais arrivent en Italie.

U-COLONEL ROUSSET

d'une stratégie qui, du moins sur le front occidental, se résume en une longue suite d'abandons successifs.

Quant au front italien, la situation y est sans changement, bien que la pression austro-allemande paraisse s'accentuer sur le haut Tagliamento. Nous possédons des renseignements tout à fait ins\ifïisants pour autoriser des prévisions quelconques. Mais déjà nous savons que nos avant-gardes

sont entrées à Brescia où, comme avant Solferino, il y a cinquante-huit ans, elles ont été reçues avec un débordant enthousiasme. Et puis, le général von Below va trouver devant lui, en même temps que Cadorna, deux autres adversaires redoutables, Foch et Robertson, dont la présence, de 1 autre côté du Tagliamento, lui donne certainement dès maintenant à réfléchir.

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