LES ITALIENS SE REPLIENT VERS LA PIAVE EN COMBATTANT
(7 Novembre.)
Je faisais pressentir, hier, le forcement du Tagliamento par les troupes austroallemandes. Il est aujourd'hui un fait accompli, mais sur lequel nous n'avons que des données assez vagues, les communiqués allemands, autrichiens et italiens étant autant les uns que les autres avares de détail. Tout ce que nous savons est que le passage principal s'est effectué au droit de Pinzano, tout près de la sortie des montagnes. L'ennemi persiste donc
dans la manœuvre débordante par laquelle il espère donner autour des forces italiennes un ;rge coup d'épervier.
J'aime à p ^nser que, ses intentions étant connues, il sera relativement facile de les déjouer. Elles l'auraient été plus facilement et plus complètement peut-être, si la Piave, mieux protégée et plus distante, avait été prise tout de suite comme ligne de repli. Mais sans doute la chose n'a pas été possible. En tout cas, la nécessité d'y
(Cl. Chusseau-Maviens.)
Prisonniers turcs capturés en Mésopotamie et dirigés sur Bagdad.
U4X)L0NEL ROUSSET
arriver s'impose aujourd'hui, et dans des conditions évidemment moins favorables puisqu'il faut maintenant, tout en opérant la retraite, contenir les avant-gardes ennemies sur un terrain dépourvu d'obstacles naturels ayant quelque valeur.
Je n'anticiperai pas sur les événements ni ne me livrerai à des pronostics qui manqueraient de bases fermes. Ne connaissant ni l'état exact de l'armée italienne, ni l'effectif des troupes qui sont jetées à sa poursuite — • car après les avoir évaluées hier à vingt-deux divisions, les dépêc^ies de Rome les poussent aujourd'hui à tre>^,te, sans compter les Autrichiens — il est /j)rudent de faire toutes réserves sur cç, qui peut advenir. Je ne retiens que l'hypothèse, assez plausible sinon confirmée, que les empires centraux, étant aux abois, vont essayer d'obtenir, par un effort suprême, la décision de la guerre sur le front italien.
Comptent-ils y arriver par la seule puissance des armes ou bien en ajoutant à celle-ci d'autres moyens dan^,i l'emploi desquels ils sont passés ma^.'^es? Peu importe. Notre devoir immédiat est de barrer les routes, militaires ou autres, sur lesquelles ils s'engageront. Et pour cela, l'unité de direction s'impose plus quejamais, stratégiquement autant que politiquement, sur le front maintenant continu qui s'étend depuis la mer du Nord
jusqu'à l'Adriatique, on pourrait même dire jusqu'à la mer Egée, si l'on voulait y comprendre toutes les forces que les alliés ont en position.
L'implacable logique des événements qui se précipitent vient de donner à cette idée, que je me flatte d'avoir soutenue sans défaillance, une consistance dont les discours passés ne présentaient qu'un aperçu fugitif. Elle a pris corps en Angleterre et en Amérique, sous une forme précise et concrète à la fois. Je soupçonne que le voyage à Rome de MM. Painlevé et Lloyd George a surtout pour but de la traduire en actes décisifs. Et, vraiment, je le souhaite, car il nous faut désormais agir de concert, sous l'impulsion d'un étatmajor unique, peu nombreux mais choisi, et d'un comité de guerre interallié, qui soit non point un organe à éclipses, mais siège à l'état permanent.
Si nous tardons davantage à réaliser cet effort salutaire, nous continuerons à travailler dans le vide, je veux dire que nous réparerons sans doute des échecs comme ceux d'Italie, et que même nous obtiendrons à l'occasion des succès plus ou moins considérables, mais que nous n'empêcherons pas la résistance germanique, actionnée par une volonté indivisible, de passer à des offensives dangereuses, chaque fois que ces accès de pétu lance seront jugés utiles ou opportuns.
Carte du théâtre de la guerre en Palestine, de la Méditerranée à la mer Noire.
U-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
En Italie. — Le Tagliamento est franchi sur toute la ligne par les armées austro-allemandes.
Les automobiles blindées italiennes à tourelles et à 3 canons (tanks) ont lutté jusqu'au dernier moment et assuré la défense des ponts afin de permettre aux arrière-gardes et à la cavalerie, qui, pendant toute la retraite se sont héroïquement sacrifiées au salut de l'armée de traverser le fleuVe à leur tour. Dans les Dolomites, les Autrichiens rentrent à Cortina d Ampezzo et à San-Martino di Castrozza.
A Rapallo — M. Lloyd George, M. Painlevé, les généraux IVilson, Robertson et Foch se rencontrent avec les ministres et les généraux italiens pour aviser aux mesures urgentes que nécessite la situation.
En Grèce. — Le gouvernement publie les télégrammes échangés entre l'empereur d'Allemagne et la reine Sophie et qui montrent clairement, les desseins de la cour d'Athènes contre l'armée de Salonique.
Dans les Flandres. — Bataille de Passchendaele, prise du village et des deux hameaux de Mosselmakt et de Goudberg. Les troupes britanniques sont désormais maîtresses de la ligne de hauteurs à l'est et au nord-est d'Ypres pour la possession de laquelle elles ont, depuis le 20 septembre, marché huit fois à l'assaut.
En Italie. — Les Austro-Allemands assurent leur situation dans le haut Tagliamento par la prise du Monte San-Simeone situé à l'intérieur de la boucle décrite par le fleuve au moment où, après avoir coulé de l'ouest à l'est, il descend brusquement vers le sud.
En Palestine. — Prise de Gaza par les troupes du général Allenby : la perle de Bir-Seba avait rendu difficile pour les Turcs la défense de la ville.
En Mésopotamie. — Le général Maude continuant à remonter le Tigre, occupe Tekrit, après avoir bousculé les forces turques qui avaient pris position pour couvrir la ville.