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DU TAGLIAMENTO A LA LIVENZA

(8 Novembre.)

La situation italienne se complique, l^a pression de von Below s'accentue à l'ouest du haut Tagliamento, et, sur le cours moyen du fleuve, les Autrichiens, ayant traversé à Codroipo, se sont avancés jusque près de San \ ito, sur la route de Trévise, où ils auraient, nous dit le commimiqué du général Cadorna, été contenus. Tout cela rentre dans les choses prévues. Mais un événement plus fâcheux est le repli effectué par nos alliés dans les Alpes Dolomitiques. « Nécessité d'alignement », nous dit-on. Possible. Il n'en est pas moins vrai qu'à l'ouest de la Piave supérieure, les montagnes, depuis le sommet du Piano jusqu'aux sources de la Brenta, sont maintenant aux mains des troupes de Krobatin, et que les deux villes (le Cortina d'Ampezzo et de San Martino (li ('astrozza ont dû être évacuées. Cette menace en arrière et à gauche va très certainement donner à la retraite une accélération dommageable, et peut-être en augmenter l'amplitude jusqu'à l'Adige, sinon même jusqu'au Mincio.

Car si les hauteurs sont ainsi abandonnées, rien n'empêchera plus les Austro- Allemands de s'étendre jusqu'au Trentin pour se rabattre ensuite sur les Sette Comuni par le val Cismone ou le val Sugana. L'opération, naguère encore très

hasardeuse, devient maintenant possible, et, pour peu que les choses continuent de la sorte, elle se réduira à une simple question d'effectifs. Il est vrai que ceux-ci sont bien loin d'atteindre l'énorme quotité qu'on a indiquée. Des renseignements puisés aux meilleures sources me permettent d'affirmer qu'il ne s'agit nullement de trente divisions allemandes, ni même de vingt-deux, comme le laissaient entendre certaines dépêches rédigées peut-être à la loupe, mais de beaucoup moins. Malheureusement, il est fort possible que la passivité russe, dont rien n'annonce la fin, laisse le champ libre à d'autres prélèvements sur le front oriental.

Malgré tout, la situation, toute grave et inquiétante qu'elle est, peut parfaitement se rétablir. Tout dépend de la force de résistance que déploieront les arrièregardes chargées de protéger le recul général et de permettre l'écoulement des masses principales vers la ligne de repli déterminée par le haut commandement, et où doivent se trouver les renforts.

J'aime à penser que le choix en est fait à l'heure actuelle. Le reste est affaire d'exécution, c'est-à-dire de discipline et de moral. Mais nous sommes convaincu que ni l'un ni l'autre ne manqueront aux troupes naguère encore victorieuses du

U^OLONEL ROUSSET

(Clichés Forbin )

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