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TURQUIE ET ITALIE

(9 Novembre.)

Les contre-attaques qui semblaient être dans l'ordre des choses possibles, après la conquête, par les Canadiens, de Passchendaele et environs, ne se sont pas produites, du moins jusqu'à présent. Soit que les Allemands en aient reconnu l'inutilité, soit qu'ils deviennent plus ménagers de leur monde, soit enfin que les ressorts de leur énergie se soient détendus après tant de déboires, ils ont encaissé sans protester ce dernier revers. Il est vrai que, dans un communiqué torturé, LudendorfE s'efforce d'en limiter la portée. Ses demi-aveux suffisent à montrer la profondeur de la blessure qui saigne encore à son flanc.

Nos vaillants amis anglais sont d'ailleurs en pleine veine de succès. La prise de Gaza, par le général Allenby, est une affaire sérieuse, parce qu'elle ouvre au vainqueur une porte vers le cœur de la

Judée. Le chemin de fer, exclusivement stratégique, que les Allemands avaient construit dans le but de menacer l'Egypte, va pouvoir, après réfection, être utilisé par les Anglais. Or, il conduit de Bir-Seba, d'une part, sur Jaffa, port d'ime certaine importance, de l'autre, sur Jérusalem, dont nos alliés ne sont plus qu'à 55 kilomètres, et cela va peut-être obliger les Allemands à se mettre encore de la partie pour sauver l'armée ottomane en débandade, comme ils l'ont fait, à la fin de mars dernier, pour dégager Gaza. Mais le peuvent-ils? L'Italie les occupe beaucoup en ce moment, et vraiment ils doivent trouver qu'avoir sur les bras, par-dessus le marché, la défense de la Mésopotamie et de la Judée, c'est un peu trop à la fois. En fait, la réduction de la Turquie à l'état de vassale n'est pas une opération de tout

Lt.COLONEL ROUSSET

Les États-Unis et les Alliés. — Une mission spéciale américaine, à la tête de laquelle se trouve le colonelHouse,qui a le titred'amhassadeur, est arrivéehier à Londres. Son but est d'établir entre l'Amérique et les alliés la coordination la plus étroite possible. Le colonel House fait aux représentants de la presse anglaise la déclaration suivante: <^ Notre nation a pour principe, depuis sa fondation, que les gouvernements tirent leur puissance légitime du consentement des peuples et sont établis pour leur donner la sécurité et la liberté. Nous Voulons vivre en conformité de ce principe aujourd'hui menacé. Nous estimons que nous n'aurions aucune raison d'exister si, en cette heure critique, nous n'aidions pas les autres démocraties qui partagent avec nous cette conception élevée et juste de la dignité humaine. »

FetrograA — Le nouveau régime s'établit sans opposition sérieuse.

Rive droite de la Meuse. — Vifs combats dans la région du bois Le Chaume.

Vosges. — L'ennemi attaque nos lignes avancées de l'Hartmannswillerkopf et parvient à y prendre pied momentanément ; il en est rejeté par nos contreattaques après une lutte menée jusqu'au corps à corps.

Dans les Flandres. — Les troupes anglaises et canadiennes livrent des combats acharnés des deux côtés de la route de Passchendaele à Westroosebeke. L'ennemi oppose une résistance tenace et réussit à enrayer l'avance des Anglais qui opèrent dans un terrain marécageux et sous une pluie diluvienne.

En Italie. — Les armées du général Diaz ont franchi la Piave et s'organisent sur la rive droite, après avoir fait sauter le pont de Vidor. Dans la vallée supérieure du fleuve les Austro-Allemands entrent cependant à Bellime dont on n'a pas eu le temps de préparer la défense..

repos, et le concours que ses troupes apportent par ailleurs aux armées allemandes se paye, malgré l'atonie russe, décidément un peu cher.

Les nouvelles de Vénétie sont toujours aussi imprécises. Je ne crois pas que le cours de la Livenza, indiqué comme ligne de repli par le dernier communiqué italien, puisse être autre chose qu'un palier de la retraite.

Cette rivière est, en effet, beaucoup moins importante que le Tagliamento et sa partie supérieure court dans une plaine découverte. Or, c'est précisément celle-ci qui se trouve directement menacée par le mouvement enveloppant des Austro-Allemands dans les Alpes Dolomitiques. Il faudra donc reculer très rapidement sur la Piave, et probablement plus loin.

En l'absence de toutes données sur la façon dont s'opère le mouvement rétrograde, ainsi que sur l'exacte situation des troupes ennemies — car le communiqué autrichien mentionne seulement une opération de détail qui aurait amené,

du côté de Tolmazzo, la capture d'un fort détachement italien — il est impossible de faire quelque prévision que ce soit, sous peine d'aborder le domaine inconsistant de la spéculation et de l'hypothèse.

Il est également impossible de dire si le mouvement offensif par le Trentin, dont on a parlé, mais qui n'est pas même encore esquissé, doit s'effectuer ou non. L'ennemi attend vraisemblablement, avant de se décider à le faire, que la situation se dessine un peu mieux, car il s'agit ici de donner au front d'action une extension peut-être dangereuse.

Nous n'avons donc, pour le moment, qu'à nous armer de patience et à garder entier notre sang-froid, même s'il se produit, comme c'est vraisemblable, un nouveau saut en arrière. Une chose d'ailleurs nous donne confiance : c'est le surcroît de précautions que, depuis les rapides succès du début, l'ennemi apporte à sa marche conquérante. On dirait, en vérité, qu'il redoute quelque traquenard.

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