LE REPLI ITALIEN EST TERMINE
(10 Novembre.)
Dans une retraite comme celle de l'armée italienne il est impossible de fixer jour par jour les étapes parcourues. Toutefois, il apparaît que la poussée ennemie
rencontre une résistance sérieuse et que les arrière-gardes de Cadorna remplissent leur mission de sacrifice avec autant d'énergie que d'abnégation. « Les mouvements des
U-COLONEL ROUSSET
grandes unités se sont accomplis régulièrement », nous dit-on. C'est donc que celles-ci bénéficient d'une solide protection.
Il est vraisemblable que dans les conférences de Rapallo ont été arrêtées les grandes lignes du plan de résistance qui doit être complété par un plan de réaction. Le front de la Piave semble d'ores et déjà près d'être abandonné, l'ennemi ayant atteint le cours de la làvenza, qui n'en est qu'à i6 ou 17 kilomètres à vol d'oiseau.
Samarra, les Turcs s'étaient repliés le long du Tigre jusqu'à Tekrit, à 55 kilomètres plus au nord, et ils s'abritaient là derrière des retranchements respectables. Mais les vaillantes troupes du général Maude, qui ne connaissent point le repos, s'étaient immédiatement lancées à leur poursuite. En moins de trois jours, elles les ont atteints, attaqués et culbutés. La ville a été occupée le 6 aii matin, tandis que la cavalerie britannique, lancée dans la plaine qui borde, à l'ouest, la route de
(Cl. Forbin.)
Transport de blessés britanniques, après la victoire de Passchendaele.
Prendra-ton celui de la Brenta, du Bacchiglione ou de l'Adige? C'est ce que nous ne pouvons encore savoir ni même préjuger, tant que la situation demeurera aussi obscure. Mais une chose doit nous rassurer : c'est la parfaite solidarité entre alliés qui fait la base de ces conversations fraternelles. De celles-ci semblent être sortis enfin l'accord et l'unité de direction tant désirés. Il y aura là une source de bienfaits d'autant plus appréciables que le triomphe des maximalistes à Petrograd nous invite à ne plus compter, au moins pour un temps indéterminé, sur le réveil du front oriental.
Après la défaite essuyée le 2 novembre à Dar-el-Salam, point qui se trouve à environ 37 kilomètres en amont de
Mossoul et le fieuve, sabrait impitoyablement les fuyards.
Cette affaire prend, pour les Ottomans, l'allure d'ime grave défaite. Il devient évident que ces malheureux, ayant prêté au kaiser le meilleur de leur armée, sont incapables de défendre la Mésopotamie, comme ils l'ont été de sauver l'Arménie, comme ils le seront de couvrir la Judée. C'est la débandade générale, à l'est et à l'ouest du désert de Syrie, que connaissent aujourd'hui ces sacrifiés par persuasion. S'ils ne s'étaient pas livrés, pieds et poings liés, à un maître d'aventure, on pourrait les plaindre. Mais personne ne déplorera, si ce n'est peut-être ce maître lui-même, qu'ils payent aujourd'hui très cher leur imbécillité.
U COLONEL ROiSSET