CHOSES DE TURQUIE ET D'ITALIE
(1 1 Novembre.)
Les Turcs ont décidément reçu à Gaza une leçon fort rude. Condamnés à une retraite rapide et qui paraît mouvementée, ils refluent en désordre vers Hébron, semant les canons sur leur route. La cavalerie britannique les pourchasse à droite, pendant que les navires anglais et français, qui patrouillent au large de la côte, bombardent, à gauche, leurs communications.
La position devient difficile pour eux, d'autant plus que le général AUenby ne semble pas avoir l'étoffe d'un temporisateur ; déjà il a poussé au delà d'Ascalon.
A l'aile opposée du désert de Syrie, les troupes du sultan ne sont pas en meilleure posture. Mais là, du moins, elles bénéficient de certaines circonstances qui obligent sir Stanlty Maude à quelque circonspection. Tl doit, avant de s'aventurer trop profondément sur la route de Mossoul, établir derrière lui une ligne de communication solide et ne peut compter pour cela que sur ses seules forces, les Russes, qui s'étaient avancés jusqu'à Chanikin, ayant jugé à propos de s'y arrêter comme ailleurs, et ne faisant plus parler d'eux. Dans ces conditions, une grande prudence s'impose au corps expéditionnaire anglais, s'il veut éviter des déboires possibles. C'est déjà beaucoup
qu'il soit arrivé en si peu de temps à 200 kilomètres de Mossoul.
Quant à nos amis italiens, nous n'en avons que de vagues nouvelles. On nous dit que leur repli est terminé et qu'ils se fortifient sur les positions choisies pour la résistance. Celles-ci nous étant inconnues, tout commentaire serait hypothétique et, par conséquent, superflu.
Ce qui, par contre, constitue le fait acquis est la création d'un comité militaire interallié. Mais ici encore, on nous laisse un peu trop dans le vague, et même peut-être dans la contradiction, car ce comité, dont la composition, je me hâte de le dire, nous inspire la plus large confiance, ne peut être réellement l'organe directeur que nous avons si souvent et si fortement réclamé, dès l'instant que, comme on le laisse entendre, « les généraux commandant en chef demeurent responsables, vis-à-vis de leurs gouvernements respectifs, des opérations qu'ils dirigeront. »
A la guerre, le commandement est indivisible. Il ne peut ni ne doit se répartir sur plusieurs têtes. Or, à ne nous en tenir qu'aux documents publiés, ou bien le comité directeur imposera son opinion, — au point de vue strictement militaire s'entend, — ou bien il ne sera qu'une sorte
U-COLONEL ROUSSET
11 NOVEMBRE (suite)
LES FAITS
En Italie. — Les forces austro-allemandes qui ont occupé hier Bellune continuent à descendre la vallée de la Piave et approchent de Feltre.
En même temps, l'ennemi cherche à prendre à revers tout le nouveau dispositif italien sur la ligne de la Piave, en débouchant d'une part dans le massif montagneux entre Piave et Brenta, d'autre part à l'ouest de la Brenta, sur le massif des Sept Communes.
De ce côté ses avant-gardes occupent Asiago. Mais la résistance italienne commence à s'affirmer très énergiquement : leurs armées se sont ressaisies et tiennent l'ennemi en échec sur presque tous les points.
Paris. — Arrivée deM. Venizelos. Il vient demander pour la Grèce, l'aide des puissances de l'Entente, et avant tout les moyens de se ravitailler et d'utiliser Sa propre flotte pour i importation des denrées néces' saires. La situation économique du pays est en effet très critique.
En Italie. — L'offensive austro-allemande progresse lentement dans le massif montagneux entre la Piave et la Brenta, et sur le plateau des Sept Communes, à l'ouest de la Brenta.
Sur la Piave inférieure, la canonnade est très violente d'une rive à l'autre : quelques contingents ennemis qui ont réussi à franchir le fleuve, avec des barques, à Zenson à quelques kilomètres de l'embouchure, sont immédiatement attaqués et rejetés sur la rive où leur position demeure assez critique.
En Russie. — Echec d'une tentative de M. Kerensky pour rentrer à Petrograd, à la tête de quelques troupes fidèles. Ses forces sont dispersées près de Tsarkpïé-Selo, par les contingents maximalistes.
Paris. — Important et courageux discours de M. Lloyd George sur la situation générale des Alliés et les conséquences du désastre italien.
de conseil aulique donnant de loin des avis que les chefs des grandes unités, ayant à répondre de leurs actes devant les dirigeants de chaque pays allié, pourront suivre ou ne pas suivre à leur gré. Cela étant, on se demande si l'unité d'action se trouvera, en toutes circonstances, mieux assurée qu'avant.
J'aurais souliaité, pour ma part, qu'on ait' pu adopter des mesures moins complexes. Mais peut-être faut-il procéder par étapes pour arriver à celle qui convient. Dans ce cas, c'est assurément une chose méritoire d'avoir franchi le premier pas. Mais il faudra aussi que les autres suivent, sans intervalles trop prolongés.