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PROGRAMME D'ACTION

(14 Novembre.)

Les nouvelles d'Italie n'accusent point de changement notable dans la situation générale. Nos alliés tiennent toujours ferme sur le plateau des Sette Comuni, où ils ont encore repoussé une attaque autrichienne, et sur la rive droite de la Piave moyenne, où ils se sont solidement retranchés. Mais, dans la haute vallée du fleuve, les Allemands, descendant jusqu'à Feltre par une marche rapide, ont capturé des contingents assez importants qui s'étaient attardés entre Longarone et Bellune. Du moins ils l'annoncent, et n'ont pas été démentis. Quelle est maintenant la force des avant-gardes qui déjà menacent en arrière et à gauche la branche orientale du front italien? C'est ce que, seuls probablement, les événements nous apprendront.

On s'est beaucoup occupé lundi de l'unité de direction qu'il importe de donner désormais, d'une façon aussi absolue que possible, aux opérations militaires, et l'on a dit, à son sujet, des choses fort belles et fort justes. Le président du Conseil français d'abord, puis le premier ministre anglais l'ont évoquée en termes d'une forte et vigoureuse éloquence. '< Un seiil front, une seule armée, une seule nation », a dit M, Painlevé. Et M. Lloyd George, avec une noble franchise, a montré

tout ce que nous avons perdu dans le passé, en n'opposant à l'unité de conception germanique que des efforts disparates et, pôurrait-on dire, individuels. Il aurait pu ajouter que la campagne de 1916 fut un moment conduite suivant des vues solidaires, et que ce fut le moment où l'ennemi reçut les plus rudes coups. Ainsi, l'opposition des résultats obtenus à deux époques différentes eût illustré plus complètement encore son magnifique discours.

Les deux hommes d'État sont arrivés d'ailleurs à la même conclusion. Ils reconnaissent, l'un et l'autre, que le moment est venu de remettre la conduite des opérations générales à une « autorité centrale, chargée de méditer sur le problème de la guerre, pour le théâtre de la guerre tout entier ». J'ai trop souvent insisté sur la valeur de cette solution pour ne point me réjouir de la voir enfin envisagée de très près.

Mais il faut qu'elle soit adoptée sans -réticences et avec toutes ses conséquences, sous peine d'être, suivant l'expression même de M. Lloyd George, un nouveau trompe-l'œil. Il faut que le conseil qui vient d'être constitué ait un pouvoir réel, afin que <* l'unité qu'il représente soit un fait et non une apparence ». Je veux bien que l'on ait à vaincre des difficultés d'organisation assez sérieuses, mais je me refuse

(Cl. Chusseau-Fîaviens.)

Vue générale de Jaf/a, évacué par les Turcs le 17 novembre.

U COLONEL ROVSSET

à croire qu'elles soient insurmontables, pour peu que chacun fasse preuve de bon vouloir.

S'il ne s'agissait que de constituer un aréopage purement consultatif, comme a .semblé le dire aux Communes M. Bonar Law ; si l'omnipotente volonté d'Hindenburg allait encore rencontrer devant elle des oppositions éparses ; si, en un mot, il ne devait sortir du nouveau centre de direction que des indications et non des ordres, ce serait comme si l'on n'avait rien fait. Le commandement militaire ne se

partage pas, ou alors il s'émiette. C'est, j'en suis sûr, ce que voulait dire M. Painlevé quand il traçait, en traits de feu, le programme de la victoire. Et c'est aussi le sens qu'il convient d'attribuer à cette phrase péremptoire de M. Lloyd George : (< Au lourd et maladroit mécanisme des conférences, nous substituons un conseil permanent, chargé de passer en revue tout le champ des opérations militaires, afin de déterminer où et comment les ressources des alliés peuvent être employées avec le plus d'efficacité. »

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