UN CHEF MILITAIRE
(15 Novembre.)
Il n'y a pas à se dissimuler que la situation des Italiens sur la Piave commence à devenir délicate. Je sais bien que Conrad de Hœtzendorf qui, pour la troisième fois, a essayé de déboucher des Sette Comuni, s'est fait assez sérieusement bousculer. Mais, d'une part, les Austro-Allemands, descendant soit la Piave, soit le Cismone, se sont avancés jusqu'à la ligne Feltre-Fonzaso, menaçant presque à revers l'aile gauche de nos alliés ; et, d'autre part, les troupes de l'archiduc Eugène ont franchi la Piave à Santa-Dona, point situé sur le chemin de fer conduisant à Venise, par Mestre, et à vingt-huit kilomètres à peine de la grande ville, laquelle peut, d'un moment à
l'autre, être prise sous le feu des gros canons boches et ne semble plus couverte efficacement.
Les Allemands, qui voulaient établir à Santa-Dona une tête de pont, en ont, il est vrai, été empêchés. Mais ils sont toujours sur la rive droite, en nombre suffisant pour s'y maintenir. J'avoue que ce franchissement d'une large rivière, sur de simples barques, me paraît quelque peu surprenant. Mais puisque les Italiens eux-mêmes le notent, nous n'avons pas à le contester.
S'il n'est pas promptement enrayé, la ligne de la Piave, débordée à ses deux extrémités, ne sera bientôt plus tenable et nos alliés devront, en découvrant
(Cl. Chusseau-Flavienf.)
Jm place du sérail à Jaffa, avant la guerre. — ?67 -
U-COLONEL ROUSSET
Le pain tombe du ciel p
Durant la retraite italienne, des alpins défendaient un sommet coupé de tout ravitaillement, bien résolus à tenir jusqu'à la dernière cartouche. La faim se faisait cruelle-
r secourir les vaillants
l^j.^snlir, miisils résistaient encore. Tout à coup des avions amis apparurent ntiieu des obus, leur jetant la manne réparatrice qui permit de poursuivre la lutte.
Li-COLONEL ROUSSUT
complètement Venise, précipiter leur te traite sur la Brenta.
Ces événements affligeants n'ont encore aucune contre-partie annoncée, et il est peu probable que la crise ministérielle qui vient de s'ouvrir soit faite pour hâter le déclenchement de celle-ci. Si j'avais cru devoir faire des réserves sur la constitution du comité de guerre interallié, c'est parce que j'espérais lui voir bientôt donner la conclusion logique et l'aboutissement qui convenaient. Or, voici que tout est rerais en question, au moins pour un temps. Les moments cependant sont précieux, car l'ennemi, qui ne souffre pas des mêmes tergiversations que nous, marche au but avec une opiniâtreté tenace. On ne l'arrêtera ni par des discussions intérieures, ni par des discours opposés à d'autres discours. Seule, une décision virile, suivie d'une exécution rapide, peut enrayer ses progrès inquiétants.
Je supplie qu'on y songe avant qu'il soit trop tard. Je supplie les alliés d'où blier tout ce qui pourrait les séparer pour ne regarder que ce qui les rapproche, je veux dire leur commun souci de venger le droit et la justice outragés, le juste sentiment d'une supériorité imparfaitement exploitée jusqu'ici, la solidarité qui les lie les uns aux autres, enfin la volonté de vaincre qui les anime tous également. Peu importe celui d'entre eux qui prendra les rênes du commandement, pourvu que celles-ci soient tenues d'une main assurée? La défection des Russes, qui se battent entre eux tandis qu'ils auraient de si belles occasions d'exercer ailleurs leur activité belliqueuse, nous commande plus impérieusement que jamais de faire ici, entre frères d'armes, l'union intime et sacrée. A l'heure présente, des comités ne suffisent plus. Il nous faut une tête. Trouvons-la !
LES ITALIENS REP<. . ^.^ i l>E MULTIPLES ASSAUTS
(16 Novembre.)
D'après le communiqué italien, l'ennemi aurait atteint, au pied des montagnes du Trentin, la ligne Feltre-Fonzaso-Primollano. Un certain général Scherchenstnel, que nous ne connaissions pas encore, conduit l'aile droite, qu'il a sensiblement avancée, nous dit-on, à l'est d'Asiago- Toutefois, les tentatives faites par lui pour
déboucher dans la plaine, au sud de Gallio, n'ont pas abouti.
Mais l'ennemi semble vouloir encore développer dans une large mesure son mouvement débordant, car ses troupes ont été poussées jusqu'au delà de Riva, entre le lac de Ledro et le lac de Garde. S'agit-il d'vme attaque sérieuse ou d'une
(Cl. Boyer.)
Sur la route de Gaza à Jaffa.
lA GUERRE AV JOUR LE JOUR
simple démonstration? Nous ne le savons pas. Toujours est-il que, de jour en jour, le front d'action des Austro-Allemands s'agrandit, preuve que l'afflux des renforts est à peu près incessant.
Sur la Piave, l'artillerie tonne des deux côtés avec fracas, et plusieurs essais de franchissement ont été faits sur le cours moyen ou inférieur du fleuve. Ils n'ont pas réussi, sauf peut-être celui de Santa-Dona, dont j'ai parlé hier, et sur lequel plane une certaine obscurité. Il paraît même qu'en plusieurs points, nos alliés ont dessiné des contre-ofEensives assez heureuses, quoique non absolument décisives.
Mais les Autrichiens de Boroevic, qui forment l'extrême aile gauche, sont parvenus à se glisser, par Grisolerâ, dans les lagunes situées entre la Piave et Venise, dont ils ne sont plus qu'à quelque vingt kilomètres.
11 doit être assez facile de leur interdire la sortie de ces marécages. L'esseo^, tiel serait qu'ils ne pussent y amener du gros canon, car de tels vandales sont capables de tout.
Tel est le raccourci que l'on peut tracer de la situation d'après les renseignements les plus récents. Il accuse un état de choses légèrement amélioré sans doute, mais qui ne laisse pas d'être fort préoccupant.
L'énergique résistance que les Italiens opposent sur la Piave ne conjure pas le danger qui menace leurs ailes, ni l'éventualité probable d'une nouvelle retraite dont l'obligation peut s'imposer tout d'un coup.
Tout dépend, en effet, des progrès plus ou moins rapides que l'ennemi aura faits aux débouchés du Trentin et dans la direction de Trévise ou de Venise. La défense frontale peut évidemment durer longtemps, mais il faut compter avec les coups de revers. Or.jl est visible que les coalisés cherchent surtout à préparer ceuxlà.
Ne soyons point surpris, maintenant, si les renforts franco-anglais nous laissent sans nouvelles. Ils arrivent, c'est un fait certain ; mais il ne convient pas de les jeter par paquets dans la bagarre. Une fois leur concentration terminée, ils peuvent, ou bien être envoyés sur la Piave, — si les Italiens y sont encore, — ou former élé- • ..ii'r. .y ^6pli sur la Brenta, ou encore constituer en arrière une masse de manœuvre chargée de rétablir les affaires. Et tout cela regarde un commandement dont l'organisation définitive ne sera malheureusement pas accélérée par les conciliabules extra-militaires auxquels donne lieu la crise ministérielle ouverte il y a deux jours.
(Cl. Boyer)
Fabricants de balais dans l'ancienne Joppé.
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Dans les Flandres. — Vaines tentatives des AlU' mands sur les positions britanniques au nord de la route d'Ypres à Menin.
En Italie. — Violents combats à l'ouest de la Brenta, sur le plateau des Sept Communes : les positions italiennes du mont Meletta, du mont Tondarecar et du mont Fior sont assaillies à plusieurs reprises par les masses austro-allemandes, auxquelles les défenseurs opposent une résistance tenùce.
Dans la vallée même de la Brenta, l'ennemi atteint Cismon, à une quinzaine de kilomètres en aval de Primolano.
Sur la Piave inférieure, les ingénieurs militaires italiens ont ouvert les écluses du fleuve et du bras de la Vieille Piave : ils ont tendu ainsi une inondation qui couvre la contrée sur une largeur de près de 12 milles et une longueur de 15 milles à partir de l'embouchure de la Piave.
Dans les Flandres. — Les troupes britanniques s' emparent d'une ferme fortement organisée et d'autre^ points d'appui de la ligne allemande, sur la crête principale au nord de Passchendaele.
En Italie. — Sur le plateau des Sept Communes, nos alliés ont abandonné le mont Meletta, et le mont Tondarecar ; entre la Brenta et la Piave, l'ennemi tient le mont Prassolan, le mont Cismon et le mont Peurna, entre Feltre et Quero. Sur la Piave moyenne des tentatives de passage à hauteur de Trévise, vers Folina sont déjouées par l'intervention rapide des réserves italiennes qui rejettent les assaillants sur le fleuve.
En Palestine. — Le général Allenby poursuit sa marche sur Jaffa : ses troupes ont occupé hier les deux petites villes de Ramley et de Lydda, sur la ligne de chemin de fer de Jaffcflà Jérusalem. L'armée turque de Djemal Pacha a perdu plus de 9 000 prisonniers depuis le 31 octobre.