SUR LA PIAVE
(18 Novembre.)
On lit dans le Figaro du i6 courant, sous la signature de Polybe : « C'est la défaillance du 4^ corps italien, pareille à l'effondrement d'une pierre d'assise, qui a déterminé la retraite générale...
On ne connaîtra que plus tard tout l'abominable travail qui a ruiné cette troupe... Si les clairvoyants qui dénonçaient les insidieuses propagandes avaient été écoutés, et si un trop long repos n'avait pas rouillé les âmes dans les tranchées de Plezzo, le 46 corps, sans doute, n'aurait pas terni ses drapeaux. »
C'est exactement ce que j'avais écrit hier, en termes, il est vrai, moins éloquents. Je croyais pouvoir le faire, puisqu'il s'agissait de choses qui sont aujourd'hui de
notoriété publique. La censure en a jugé autrement. Bien qu'accoutumé à ses caprices, je demande au gouvernement nouveau, comme don de joyeux avènement, de vouloir bien réaliser partout une unité de direction sans laquelle il n'est à l'intérieur comme à l'extérieur, que complication et gâchis.
Nous avons le droit d'exiger de ceux qui novis échenillent un peu plus de discernement et d'équité. L'opinion s'éclaire à la lumière des événements acquis, et c'est faire œuvre détestable que de tenir obstinément cette lumière sous le boisseau . Mais quand elle a filtré quelque part, l'empêcher de se répandre est tout bonnement absurde, parce que ce qui ne s'écrit
U-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Rive droite de la Meuse. — Combats dans la région du bois Le Chaume où nous réalisonsune avance sensible, et devant nos positions du bois des Caurières que les Allemands attaquent sur un front d'un kilomètre. Ici, la lutte dure une partie de la nuit, et l'ennemi parvient à conserver quelques éléments de tranchées.
En Italie. — Les Austro-Allemands amènent des forces considérables entre la Brenta et la PiaVe : les nouvelles lignes italiennes établies de Monte Fenera à Monte Tomba, avec appui central au Monte Grappa, sont attaquées aujourd'hui à plusieurs reprises rf c'est une grande bataille qui se déroule dans ce secteur.
Sur mer. — M. Lloyd George annonce à la Chambre des communes que 5 sous-marins allemands ont été détruits dans la journée du ! 7 novembre. La liberté des mers n'est plus sérieusement menacée.
Victoire britannique. — La 3*" armée anglaise sous les ordres du général Byng, attaque les positions de la ligne Hindenburg, sur un front d'une cinquantaine de hilomètres, de l'Escaut en aval du Câtelet, à Fontaines-les-Croisilles, sur la Sensée.
L'action principale se déroule entre les deux routes Péronne-C ambrai et Bapaume-Cambrai.
A leur droite, les troupes britanniques enlèvent les plateaux de Villers-Plouich, de la Vacquerie, le formidable éperon connu sous le nom de Welsh-Ridge, le hameau de Bonavis et le bois Lateau. A leur centre et à leur gauche elles s'emparent de Ribécourt, du bois Couillet, d'Havrincourt et du plateau à l'ouest de Flesquières.
Les caractéristiques de la journée sontdansl emploi en masse des tanks lancés sur une ligne en avant des troupes, et dans l'effet foudroyant de surprise des assauts qu'aucun bombardement n'a fait prévoir.
pas se dit, et même souvent avec amplification. A vouloir nous faire accroire que la catastrophe de l'Isonzo est due uniquement au mérite de la stratégie allemande, je crois que la censure perdrait bien vite tout son latin.
Mais laissons l'incident pour revenir aux faits. Il résulte des derniers bulletins, ceux des Autrichiens et ceux des Italiens, que l'ennemi rencontré sur la Piave une résistance dont la fermeté j'étonne, depuis que la propagande infâme, monnayée par lui, a cessé d'opérer. Il a pu, il est vrai, pousser jusqu'à Cismon, près du confluent de la rivière du même nom et de la Brenta ; mais, dans les Sette Comuni, il ■"n 'avance guère, chaque position italienne étant, il en convient lui-même, « défendue avec acharnement ».
Naturellement, la Piave forme toujours barrière entre les forces centrales, et, des inondations ayant été tendues dans sa partie inférieure, à l'ouest de Grisolera et de Santa-Dona, les troupes de Boroevic barbotent là sans pouvoir avancer vers Venise qu'elles convoitent. Voilà une
opération q\ii rappelle singulièrement celle de l'Yser et qui pourrait bien avoir les mêmes conséquences, si elle n'a pas eu, au surplus, le même inspirateur.
En somme, la situation est stationnaire et, bien que toujours sérieuse, n'inspire pas d'inquiétudes immédiates. Partout ailleurs, c'est le stalii quo, avec les bombardements obligatoires. Mais on nous parle — ■ et la source d'où vient cette nouvelle commande l'attention — d'une grande offensive qui serait en train de se monter contre la Macédoine. Je vois là une raison nouvelle, s'ajoutant à beaucoup d'autres, de donner à l'œuvre ébauchée à Rapallo son complément indispensable, qui est l'unification de commandement allié, cette unification dont tout le monde commence à comprendre la nécessité impérieuse et urgente. Il ne peut plus y avoir, sur le théâtre général d'opérations, de domaine réservé.
Nous devons être comme im orchestre dont toutes les parties jouent suivant les indications de la partition écrite, mais obéissent au bâton d'un seul chef.