‹ La Guerre au jour le jourChapitre 175 sur 360 · ITALIE ET PALESTINE · texte numérisé non relu

ITALIE ET PALESTINE

(20 Novembre.)

La situation en Italie est stationnaire, c'est-à-dire que la barrière de la Piave reste inébranlable et que les essais de forcement auxquels von Below et Krobatin se livrent sur l'aile gauche italienne sont, malgré leur vigueur, à peu près inopérants.

Le communiqué autrichien ne cache pas «qu'il a fallu livrer, entre Piave et Brenta, des combats fort durs, sans autre résultat que la conquête de quelques positions secondaires, dont les Italiens confessent d'ailleurs l'abandon. Il est probable que si elles ouvraient l'entrée de la plaine, ou même si elles ne faisaient que l'en tr 'ouvrir, on le désignerait plus clairement. De son côté, Hoetzendorf ne parvient pas à déboucher du plateau d'Asiago, dans la partie nord-est jjuquel il a même été légèrement refoulé, et, à l'autre extrémité du front, les troupes de Boroevic continuent à barboter dans les marécages où elles se trouvent étroitement pressées. Tout cela donne aux renforts franco,anglais le temps de se concentrer et au général Fayolle, qui est en route pour les commander, celui de prendre ses dispositions. Si l'unité de commandement n'est pas encore réalisée, nous allons au moins avoir celle de la doctrine, car le brillant lieutenant du général Foch, sur la Somme, appar-

tient, techniquement et pratiquement, à la même école que son ancien chef.

En attendant que les événements se dessinent en Vénétie suivant la tournure que la résistance italienne permet d'espérer, nous pouvons suivre avec un intérêt croissant ceux qui se déroulent en Palestine, au complet désavantage des Turcs.

Le général Allenby est entré à Jaffa, qui va donner aux troupes anglaises, opérant en Asie Mineure, une base navale de première importance. Il déborde en même temps par le nord-ouest Jérusalem, qui n'est qu'à 65 kilomètres. Depuis les croisades, les Osmanlis n'avaient rien connu de pareil. On dit qu'ils en sont fort impressionnés, et je n'ai aucune peine à le croire. La marche foudroyante de nos alliés en Judée pourrait fort bien aboutir au golfe d'Alexandrette, point de la côte asiatique vulnérable entre tous, et qu'on ne regrettera jamais assez d'avoir négligé naguère, pour lui substituer les Dardanelles et Gallipoli. Elle ne paraît plus pouvoir être contenue par les seules forces du sultan, ni arrêtée par un secours allemand, qui ne se montre point à l'horizon. Et c'est précisément ce dont, à Constantinople, on commence à se montrer inquiet.

Les troupes turques, bonnes à tout faire, ont été employées par le kaiser à des

Lt-COLONEL ROUSSET

20 NOVEMBRE (suite)

LES FAITS

En Italie. — Un calme relatif règne devant les positions du Monte Fenera . et du Monte Tomba^ mais l'ennemi attaque à l'ouest du Monte Grappa, pour essayer d'en déborder la défense.

Le général Fayolle, nommé au commandement de l armée française d'Italie, arrive à Turin.

En Mésopotamie. — Le général Maude a été emporté par une attaque de choléra. Le roi George V télégraphie à l armée britannique qu'il pleure la mort de son vaillant et aimé commandant en chef : « Je suis confiant, ajoute-t-il, que son souvenir servira d'exemple pour l achèvement de la tâche à laquelle il travailla et pour laquelle il mourut. »

Le général Marshall succède au général Maude dans le commandement du corps expéditionnaire britannique. Il a 52 ans.

Ukraine. — Le gouvernement de Kief se déclare indépendant et proclame la République.

Victoire britannique. — Le général Byng poursuit rapidement son avance entre les routes Péronne- Cambrai et Bapaume-Cambrai. Sa droite atteint l'Escaut à Masnières où elle prend possession des passages et s'empare de Marcoing et du bois des Neuf. Sa gauche enlève Graincourt, Auneux, Cantaing et occupe dans la soirée Fontaine- Notre-Dame aux portes de Cambrai.

A l'ouest de la Miette nous attaquons un saillant de la ligne ennemie au sud de Juvincourt et nous çnkvons des points d' appui fortement organisés. 400 prisonniers dont 9 officiers restent entre nos mains.

En Palestine. — L'armée Allenby emporte d'assaut la crête d'En-Nabi-Samouîl, à 4 /f. 500 à l'ouest de Jérusalem. La mosquée où la tradition place le tombeau du. prophète Samuel est bombardée par les Turcs, dans leur contre-attaque. « Les troupes anglaises avaient soigneusement évité de le faire. "

besognes diverses, y compris celle, tout à fait inattendue et paradoxale, qui consiste à sauver les Autrichiens en détresse. Il n'y en a qu'une qu'on ne leur a pas laissé accomplir, c'est de défendre leur propre pays. Nul ne saurait donc s'étonner si elles finissent par trouver leur rôle assez ridicule, et si elles renâclent devant les nouvelles exigences d'un trop exigeant suzerain. On affirme qu'à cette attitude est dû le

retard de l'offensive projetée en Macédoine, ce qui est fort possible, et suffit, en tout état de cause, à montrer l'importance des succès remportés par lé général Allenby. Je n'affirmerais pas cependant pour cela que tout danger soit conjuré de ce côté, car les mou\ements dont parlent assez obscurément les communiqués de l'armée d'Orient, pourraient fort bien indiquer que ce qui est différé n'est peut-être pas perdu.

Page 1