LES ANGLAIS CONSOLIDENT LES POSITIONS CONQUISES
(23 Novembre.)
Ceux qui seraient tentés d'attribuer à l'action des tanks le principal mérite de la victoire remportée à l'ouest de Cambrai par nos alliés britanniques se tromperaient grandement. Je suis convaincu que l'apparition soudaine de ces énormes et terrifiantes machines sur un point où on ne les attend pas, met à une assez rude épreuve les nerfs du défenseur qui se croyait en sûreté derrière l'écheveau inextricable des fils de fej barbelés. Mais il ne suffit pas d'impressionner les gens ; il faut encore les abattre ou les mettre en fuite, et cette oeuvre de balayage est celle de l'infanterie, dont le rôle commence là où celui des engins finit.
L'intérêt primordial de l'opération si brillamment conduite par le général Byng, réside donc non pas tant dans l'emploi brutal de moyens d'écrasement, lesquels sont à la portée de tout le monde,que dans l'adaptation des forces existantes, passives ou actives, à un programme basé d'avance sur la surprise et la confusion inévitable qu'elle produit chez l'ennemi.
Ces forces, on les a utilisées toutes, mais chacune à l'heure qu'il fallait et d'après leur valeur propre. Les tanks ont ruiné les défenses accessoires, l'artillerie a élargi les voies quand celles-ci devenaient praticables, et l'infanterie a passé ensuite, courant, non pas à des buts déterminés d'avance et limités ou circonscrits, mais à l'ennemi lui-mênie, qu'.il s'agissait d'enfoncer, où qu'il fût. Je me permets de dire que c'est
là la véritable conception de la guerre, celle qui jamais ne mesure a priori les résultats à obtenir, et vise avant tout l'adversaire lui-même, qu'il s'agit premièrement de débouter de ses prétentions.
Celles des Allemands étaient manifestement de maintenir intacte une ligne de défense construite à grands frais, et qu'ils supposaient inébranlable. Or, cette ligne a été crevée sur un front de 12 à 18 kilomètres et une profondeur de 8. Il suffit de lire le communiqué germanique pour voir combien le coup a été sensible à des ge: habitués jusqu'ici à des secousses beau coup moins rapides et dépourvues surtout de ce caractère impromptu.
Frapper son adversaire, sans le prévenir, au point présumé le plus faible, voilà ! grand principe de guerre auquel Napolé'a donné les plus magnifiques consécrations. Nous devons être reconnaissants au général Byng d'avoir montré, par un exemple désormais fameux, que, quoi qu'eu disent les néo-théoriciens d'une guerre à la vérité très spéciale, on ne risque rien, bien au contraire, aie remettre en honneur, il est donc possible, à l'aide de certains procédés qui ne sont point absolument des révélations, d'éviter la mise en garde de l'ennemi, cette mise en garde quel'on favorise encanonnant jusqu'à ce que soit réduit à l'état de mas? ~ informe, et malheureusement pour Iontemps inutilisable, un sol qui nous appa? tient. Il est possible de vaincre par l'adres^
Canon abandonné par l'ennemi à Marcoing. — 2&2 —
Lt-COLONEL ROUSSET
et la subtilité manœuvrière, plus vite tnci /ic que par la destruction systématique (!e tout un pays., Telle est la kçon (jui se dégage de la victoire anglaise. Ceux, dont je suis, qui ont toujours regardé la guerre
eomme une affaire d'activité réfléchie, mais inlassable et sachant profiter des circonstances, sans souci des arguments d'école ou des schémas, espèrent qu'elle ne sera ni oubliée, ni perdue.