LHEURE DE LA DECISION
(29 Novembre.)
Un seul événement militaire se recommande aujourd'hui à notre attention :
c'est l'échec très grave que les troupes de Krobatin ont essuyé au col de Berretta, lequel est situé à l'est de la Brenta, dans la région du monte Grappa. Les Autrichiens avaient mis en avant des contin-
gents de choix, dont certains, surnommés les edelweiss, passent pour constituer une élite. Ils n'en ont pas moins été fort rudement bousculés par les Siliciens et la i rigade d'Aoste, déjà . célèbre dans l'armée piémontaise en 1859. Ainsi, le détroit existant entre les deux rivières ne se laisse
LuCOLONEL ROUSSET
point forcer, et, pendant ce temps, le général Fayolle prépaie certainement en arrière la contre-offensive sans laquelle les luttes continuelles ne feraient que proroger, sans que la situation puisse être dénouée, la solution du conflit.
Ici, les Anglais ont maintenant affaire, comme c'était à prévoir, à une résistance opiniâtre. Les Allemands, bien que fortement ébranlés par un premier coup de surprise, ont fini par^reprendre du poildelabête et, des renforts étant arrivés, constituent
à la fois étroit et urgent. Devant l'afflux des foi ces que Lénine et consorts viennent de libérer d'un geste visiblenaent soudoyé, afflux qui, bien que pouvant tarder un peu, n'en doit pas moins être considéré comme inévitable dans un temps ou dans l'autre, nous n'avons qu'une manœuvre possible : mettre en commun toutes nos forces, toutes nos ressources, tous nos moyens, et faire actionner l'ensemble par une seule volonté. Hors de là, je ne vois que stagnation de la lutte, prolongation d'une
Un des tanks qui prit part à Vcffensive du 20 novembre.
maintenant une barrière tenace qui endigue l'avance de nos alliés. Il en sera toujours ainsi tant que les attaques, même soudaines et irrésistibles, resteront à l'état isolé et n'auront point de réplique sur d'autres parties du front. Que l'opération de -Marcoing soit infiniment recommandable, autant par elle-même que par ses résultats, cela ne fait aucun doute. Mais, pour obtenir des bénéfices -stratégiques réels, il en faudrait pas mal d'autres similaires, se répondant, se succédant, et surtout se complétant. L'adoption de cette nouvelle méthode sortira-t elle des conférences qui s'ouvrent aujourd'hui à Paris? C'est, à l'heure actuelle, notre vœu le plus ardent. Car le moment est arrivé de passer des discussions d'école aux décisions fermes. La défection russe, devenue un fait patent, sinon protocolaire, nous en fait un devoir
situation dont l'issue'est'sans'cesse remise en question par excès de temporisation, enfin décision qui risque dedevenir incertaine ou bâtarde, à force d'avoir été disputée.
Et puis, n'oublions pas que nous avons à sauver la Roumanie, mise en difficile posture par les pro-Boches de Petrograd. Or, nous le pouvons parfaitement, mais à une condition : c'est que nous imprimions, d'un commun accord, aux opérations sud-orientales un peu plus de cohésion ; que nous sachions exploiter les résistances anti-maximalistes qui se manifestent en certains points et en certains camps; enfin, que nous utilisions nos propres troupes de Macédoine un peu plus activement qu'il n'a été fait jusqu'ici.
La conférence interalliée a donc devant elle une assez large besogne. J'espère qu'elle saura l'accomplir.
Lt-COLONEL ROUSSET
(Cl. Cbusseau-hlaviens.)
Troupes anglaises profitant du crépuscule pour se rendre aux premières lignes.