L'ARMISTICE RUSSE
(6 Décembre.)
Le feu a cessé officiellement sur le front russe, entre le Pripet et la Lipa. C'est un armistice provisoire, qui probablement s'étendra, car les maximalistes, corrompus par l'or allemand, ne songent, maJ/ré les traités, qu'à conclure une paix séparée. Celle-ci, cependant, n'est pas encore faite, malgré le désir qu'en ont les empires centraux et les étranges compromissions auxquelles ce désir les fait consentir.
Le prince Léopold de Bavière a re^u les délégués des soviets, tout couverts encore du sang du brave et malheureux Doukhonine : il les a même régalés d'une allocution. Après quoi, sous la présidence du chef d'état-major Hoffmann, les pourparlers ont commencé. Et c'est à ce tournant qu'il faut attendre les plénipotentiaires. Troztky n'a-t-il pas dit, avec cette insolence qui est le propre des usurpateurs, que, devant eux, les puissances centrales devaient comparaître en accusées? Il faudra voir si la soif de paix est assez forte pour imposer cette pénible posture aux généraux allemands, dont on connaît la hau-
teur et la morgue, ou bien si, pour mieux fuir devant la bataille, les envoyés des soviets veulent faire eux-mêmes toutes les concessions. Il pevtt se faire encore qu'une réaction se manifeste contre les excès des bolcheviks, qui commencent à se vautrer dans le crime. Des mouvements séparatistes sont signalés en Crimée, dans le Caucase et en Sibérie, sans compter ceux qui se sont déjà produits ailleurs. Et cette dissolution progressive réduit à peu de chose la puissance des démagogues qui oppriment Petrograd et Moscou. Si les armées du sud restaient fidèles au devoir militaire, Lénine et consorts pourraient fort bien devenir de simples insurgés, et la Roumanie échapper à l'étreinte austro-allemande.
Mais, dans ce cas, en face de qui les Allemands se trouveraient-ils pour obtenir les gages sans lesquels ils ne peuvent retirer leurs troupes du front oriental?
La situation, si grave qu'elle soit, peut donc encore changer, car, en temps de révolution, les coups de théâtre sont fréquents, et souvent imprévus.
(Cl. Roi.)
Mise en batterie d'une grosse pièce.
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Etats-Unis. — Le président Wilson donne au Congrès lecture d'un message dans lequel il demande de déclarer les Etats-Unis en guerre avec F Autriche- Hongrie, la Turquie et la Bulgarie : « Il faut considérer les Puissances centrales comme ne formant qu'un tout; l Autriche-Hongrie, elle-même, n'est que la vassale du gouvernement allemand. »
Le Président parlant de la Société des Nations déclare que si, après la guerre, le peuple allemand continue à être obligé de vivre sous ses maîtres ambitieux et intrigants, sous le gouvernement d'hommes auxquels le reste du monde ne pourrait pas se fier, il serait impossible de l admettre à la Société des Nations.
Front d'Italie. — Bataille sur le plateau d'Asia^o ou les Austro-Allemands s'efforcent d'enlever les positions du mont principal des Meletta.
En Mésopotamie. — Défaite des Turcs dans la Vallée de la Djala.
Région de Cambrai. — Le commandement britannique a décidé l'abandon du saillant trop avancé du bois Bourlon et des villages au sud : le mouvement de repli a commencé dans la nuit ; Marcoing est également évacué.
Front d'Italie. — Maîtres des monts Tondarecar et Baldenecche occupés dans la soirée d'hier, les Austro-Allemands développent leur succès et enlèvent l ensemble des positions du massif des Meletta. Tout le terrain au nord de la gorge de la Fremela tombe entre leurs mains. Les Italiens opposent d'ailleurs une résistance acharnée et ne se replient que pas à pas. « Les braves défemeirs italiens du Cas'elgomberto, dit le communiqué autrichien, complètement encerclés depuis vingt-quatre heures, ont dû. se résigner à déposer les armes. »
Le général Diaz, dans un ordre du jour, salue l'entrée en ligne des troupes franco-britanniques.