C'EST CONTRE NOUS QUE L'EFFORT S'APPRÊTE
(9 Décembre.)
L'armistice, comme c'était à prévoir, englobe les troupes roumaines. C'est, du coup, tout le front oriental qui s'éteint. Mais qu'aurait pu faire, malgré sa bra-
voure, cette poignée d'hommes perdue comme une épave au milieu de légions immenses complètement désorganisées par l'indiscipline et la révolte? Elle n'avait
Lt-COLONEL ROUSSET
d'autre alternative que l'enveloppement ou la retraite dans des pays où elle n'était même pas assurée de trouver bon accueil. Une trêve pouvait seule la sauver de la double trahison russe, qui a rendu par deux fois inutiles son dévouement et son courage. Notre sympathie ardente la suit dans son malheur immérité.
Mais le fait qui résulte de son annihilation est celui-ci. Il n'existe plus qu'un
tué grâce à des appoints déjà largement prélevés en Russie. On a enlevé de là tout ce qu'il y avait de meilleur. Le reste semble devoir être moins redoutable, car le nombre ne fait réellement la force que quand il comporte également la valeur.
Les armées de la coalition sont profondément usées par les efforts successifs qu'il leur a fallu faire un peu partout. L'Allemagne appelle sa classe 1920. L'Au-
(Cl. Chusseau-Flaviens.)
Officiers anglais, en observation, pendant la bataille.
front, sur lequel la coalition germanique peut porter toutes ses forces restantes, ou à peu près. Quelques bataillons de landwehr suffiront à monter la garde devant les maximalistes, à qui sera fait un pont d'or pour qu'ils demeurent tranquilles, et ainsi on attendra, ou qu'ils se soient mangés entre eux, ou que survienne la crise, d'ailleurs assez peu probable au moins avant longtemps, qui doit les anéantir. C'est contre nous que l'effort s'apprête. Sachons nous préparer à le briser.
Au surplus, on peut se demander s'il sera aussi rude qu'on voudrait nous en persuader. Les violentes contre-attaques du Cambrésis, qui n'ont rendu aux Allemands que la moitié à peine de ce qu'ils avaient perdu, la ruée furieuse des Sette Comuni, qui a obligé nos alliés italiens à un certain recul, mais ne les a point débusqués du plateau, tout cela^s'est efîec-
triche n'a plus guère de soldats à armer. Les réservoirs se vident dans les empires centraux.
Or, si nous sommes fatigués, nous aussi, par cette longue guerre, nous voyons du moins surgir derrière nous une force nouvelle, puissante, compacte et résolue, que va nous apporter l'Amérique. J'entends bien que nos ennemis espèrent en finir avant son intervention. Ils oublient Verdun et l'Yser.
Nous tiendrons devant eux autant de temps qu'il le faudra pour préparer, avec le concours de nos plus récents alliés, une riposte décisive. Et quand celle-ci se produira, elle trouvera l'ennemi encore diminué et affaibli par ses suprêmes tentatives, cependant que du foyer de pestilence qu'a allumé en Russie la bande des sovietistes, soufflera peut-être vers lui un vent de discorde et de désorganisation.
Lt-COLONEL ROUSSET
Nos nouveaux canons sur affût à plaque tournante.