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COMMENT BRISER LEUR PROCHAIN EFFORT

(10 Décembre.)

(CI. Beaufrère.)

L'Allemagne s'inquiète de l'obstination que nous mettons, du côté occidental, à ne point lui céder. « Il ne faut pas méconnaître, écrit le Berliner Tageblatt, que la volonté intransigeante de l'Amérique pour la prolongation de la guerre conduit dans l'inconnu. » Et la Gazette de Westphalie dit de son côté : « Si peu sympathique que nous soit le gouvernement français, — lequel doit être plutôt flatté de cette réticence, — • nous ne pouvons lui refuser notre admiration, car il a su entretenir dans la nation la volonté de vaincre. » Qu'est-ce que cela signifie, sinon qu'après tant d'efforts militaires et des tentatives de corruption concomitantes, on espérait avoir brisé, chez les alliés, les ressorts de la constance, et que l'on est assez déconcerté de les voir plus solidement trempés que jamais?

Les Autrichiens, réduits une fois encore à leurs propres forces, — car il n'est plus du tout question, dans les communiqués, des forces allemandes qui, après avoir, grâce à des moyens dont tous n'étaient pas absolument militaires, tiré Boroevic du pétrin, semblent avoir reçu une autre destination, — les Autrichiens piétinent sur les Sette Comuni. Déjà ils se sont heurtés aux forces françaises et anglaises, ou du moins à une partie d'entre elles,

c'est-à-dire à des éléments qui ont surtout servi jusqu'ici à opérer des relèves, ce qui, soit dit entre parenthèses, ne paraît pas la meilleure manière de les utiliser. Mais passons. Il y a là-bas quatre commandants en chef, et, par conséquent, une unité de direction très sujette à caution. Malgré tout, le plateau d'Asiago n'a pu être nettoyé par l'ennemi, qui, cependant, n'a pas ménagé ses assauts furibonds.

Dans le Cambrésis, le prince Ruprecht, ayant réagi avec la plus extrême violence contre le vigoureux coup de surprise dont il avait pâti, n'a pu rétablir sa situation que très partiellement. Mais enfin il a sauvé Cambrai, au moins jusqu'à nouvel ordre, précisément parce que la brillante affaire que le général Byng a si hardiment menée n'a pas eu de contre-coup par ailleurs. Sur ce sujet, le Manchester Guardian fait des réflexions absolument justes. « Il n'existe point, dit-il, de solution fractionnaire du difficile problème qui se pose sur le front occidental. Une immense concentration d'artillerie n'y suffit pas par elle-même, encore moins une simple concentration d'hommes, ni même une surprise complète dans un secteur du front, ni la maîtrise de l'air. Il nous faudra combiner tous ces avantages et leur en ajouter un quatrième, à savoir la possibilité de se

LuCOLONEL ROUSSET

LES FAITS

Sur les fronts. — Les communiqués ne signalent que des luttes d'artillerie, des coups de main et des actions de détail. En Italie même, l'offensive austroallemande subit un temps d'arrêt.

Sur mer, -^ Au cours de la nuit, deux torpilleurs italiens, après avoir, dans un raid audacieux, coupé plusieurs chaînes métalliques et déplacé un barrage de mines, ont réussi à pénétrer dans le port de Trieste, oit ils ont coulé le cuirassé autrichien Wien. Un autre cuirassé a été frappé, mais sans qu'il ait été possible de constater les avaries.

Guetteurs de sous-marins. — L'amirauté britannique prescrit à tous les capitaines de navires marchands de 2 500 tonnes et au-dessus, d'enrôler dans leur équipage 4 hommes spécialement destinés à être employés comme guetteurs en haut des mâts. Ces hommes prendront la surveillance dans les zones dangereuses par veilles d'une durée de deux heures.

En Palestine. — Le général Allenby fait son entrée officielle à Jérusalem avec les commandants des détachements de France et d Italie, les attachés militaires de ces deux puissances et ceux des Etats-Unis.

Ile Madère. — Funchal est bombardé par un sousmarin allemand qui lance une quarantaine de bombes; il y a des morts et des blessés et des dégâts matériels.

En Angleterre. — A la Chambre des communes, M. Balfour, ministre des Affaires étrangères, déclare que le gouvernement britannique a reçu de l'Allemagne en septembre 1917, par l'intermédiaire d'un diplomate neutre, une communication relative à une déclaration éventuelle au sujet de la paix. Le gouvernement britannique a répondu qu'il était disposé à recevoir toute déclaration de l'Allemagne et à la discuter avec ses alliés. « Nous avons informé, ajoute M. Balfour, les gouvernements de France, d'Italie, du Japon, de la Russie et des Etats- Unis de la suggestion allemande. »

concentrer plus rapidement que l'ennemi. » Or, comment réunir rapidement des masses importantes, comment combiner les attaques et les faire se répondre, quand il y a quatre têtes, qui ne sont point, hélas ! dans le même bonnet?

Voilà réellement où le bât nous blesse, comme nos ennemis le constatent avec une satisfaction nullement dissimulée.

Néanmoins, ils se préoccupent et s'offusquent de la résistance qu'ils rencontrent, parce qu'elle les oblige à d'immenses sacrifices, pour des résultats médiocres au demeurant. De combien de leurs cadavres ont-ils jonché les montagnes italiennes et les plaines de ■ Flandre sans avoir pu atteindre la plaine vénitienne ni

rétablir leurs lignes trouées devant Marcoing? Des demi-succès, passe encore. Du moins faudrait-il les payer moins cher.

Aussi comprend-on fort bien, dans le camp adverse, qu'à ce jeu l'usure doit prendre avant peu des proportions menaçantes. On envisage avec émoi le redoutable inconnu, comme dit le Berliner Tagehlatt, que comporte l'intervention américaine. On va donc, tandis qu'il en est temps encore, redoubler d'efforts, militaires ou sportulaires, pour nous empêcher de tenir jusqu'à la fatale échéance. Nos soldats sauront déjouer les premiers, qu'ils ont déjà tant de fois brisés. A nous tous, gens de l'arrière, personnages officiels ou non, de défier les seconds.

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