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CALME PRECURSEUR DE L'ORAGE

(1 1 Décembre.)

Il paraît que la paix maximaliste ne va pas toute seule. Les plénipotentiaires de Lénine se sont indignés à la pensée que l'Allemagne refusait nettement le cadeau qu'on voulait lui faire des proclamations défaitistes destinées par les Soviets à inonder l'univers et, tout en se sentant disposés à avaler bien des couleuvres, ils ont jugé que l'interdiction faite à la flotte russe de naviguer, dans la Baltique, plus loin que Cronstadt, était d'une ironie un peu trop forte. Ils se sont donc retirés sous leur tente pour conférer avec les techniciens du parti, sans doute

quelques anciens gardes-magasins promus à la graine d'épinards.

Mais ils semblent tout . déconfits de l'aventure et proclament la révolution en danger. La révolution, c'est eux, car, comme tous les perturbateurs de profession, ils identifient volontiers leur sort à celui d'une réforme dont ils n'ont été que les bénéficiaires. Il est clair que si la Russie, se ressaisissant enfin, parvenait à se débarrasser de ces polichinelles, nous applaudirions à leur déchéance, mais nous n'en serions pas beaucoup plus avancés, les ravages qu'ils ontcommis partout.

Li-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Au sud de la Scarpe. — Attaque allemande dans le secteur de Bullecourt d'ennemiqui opère sur un front d'environ 1 500 mètres et avec des effectifs importants finit par être rejeté dans ses tranchées et laisse un grand nombre de cadavres sur le terrain. Il garde cependant un élément de tranchée formant saillant dans les lignes britanniques et complètement détruit par le bombardement préparatoire.

Front d'Italie. — Les Austro-Allemands ont repris hier leurs attaques entre la Brenta et la Piave et des combats acharnés se déroulent sur les positions italiennes du col del Orso, du mont Spinoncio, et vers les débouchés du val Calcina sur la Piave, au sud de Quero.

Sur mer. — Un convoi de six vapeurs, allant d'Ecosse en Norvège sous l'escorte de deux torpilleurs et quatre chalutiers armés anglais, est attaqué et détruit par des forces légères allemandes.

surtout dans l'armée, étant irréparables avant très longtemps. Quoi qu'il arrive donc, le concours russe ne peut plus exister pour l'Entente. C'est un point sur lequel il serait à la fois puéril et dangereux de se faire illusion. Il n'en est pas moins vrai que la faconde démagogique des maximalistes paraît avoir livré . un assaut malheureux au positivisme hautain du général Hoffmann, et c'est là un spectacle qui, s'il n'est pas nouveau, peut toujours être regardé avec cviriosité.

Ainsi, ne nous occupons plus d'un front qui est mort, et tournons nos regards vers l'autre, sur lequel va probablement fondre la tempête dont il faut peut-être voir dans le calme actuel un signe avant-coureur.

En Flandre, le prince Ruprecht s'est mis au repos, sans pousser plus avant

La neutralité suisse. — Dans une communication au Conseil des Etats, M. Ador, conseiller fédéral, parle des récentes assurances données par la France et les Etats-Unis. La France a renouvelé l'affirmation de sa volonté de respecter la neutralité suisse. Les Etats- Unis ont déclaré que les troupes américaines tiendraient le territoire suisse pour inviolable, tant que la Confédération maintiendrait sa neutralité et que l'ennemi lui-même la respecterait.

Le Conseil fédéral a répondu aux gouvernements de France et d'Amérique en affirmant de nouveau la ferme résolution de la Suisse de défendre sa neutralité contre qui ce soit, par ses propres forces; il a ajouté qu'il ne doutait pas des loyales intentions des deux puissances qui venaient de l'assurer à nouveau de leur respect pour la souveraineté de la Suisse.

Sur mer. — Le patrouilleur Paris II, de la division navale française en Syrie, est coulé à Adalia.

ses demi-récupérations. En Italie, si l'on en croit une dépêche de Rome plus explicite que les communiqués, Hœtzendorf aurait forcé les Italiens à évacuer le mont Sisemol et à s'établir, presque au rebord du plateau des Bette Comuni, sur une ligne qui court devant le val Frenzela. Il a, suivant la méthode usuelle, scindé son attaque et cherche maintenant, à avancer tant par le val d'Astico que par les pentes du mont Grappa. En somme, on ne nous parle pins guère que de lui seul, et von Below a complètement disparu avec ses Allemands.

Sans doute, nous le retrouverons ailleurs, car d'importants mouvements de troupes sont signalés, dans la direction de nos frontières. Attendons-nous à quelque démonstration violente et mettons-nous en état de la parer.

LA STRATEGIE D'ALLENBY

La prise de Jérusalem par les troupes du général Allenby, avec lesquelles se trouvaient, il ne faut pas l'oublier, des contingents français et italiens, est le gros événement du jour. Je veux bien qu'au point de vue militaire strict, il n'ait pas de dimensions énormes, encore qu'on ne doive jamais affirmer pareille chose, tant la guerre est féconde en surprises. Mais, sous le rapport de l'effet moral.

il est considérable, et il aura certainement un grand retentissement dans les populations musulmanes, dont beaucoup se montrent assez disposées à secouer le joug spirituel du pseudo et impotent khalife de Stamboul. La possession des lieux révérés par le chrétien était pour elles le symbole-qui les rattachait à l'empire ottoman, depuis longtemps menacé de décrépitude. Ce lien brisé, rien ne les subor-

U-COLONEL ROUSSET

donne plus, même théoriquement, à un souverain qui a fait acte de vassalité servile, et n'est^ après tout, au point de vue de la foi islamique, qu'un simple usurpateur.

Quant à la manœuvre qui a valu au général Allenby ce brillant succès, elle implique une remarquable adresse. Elle a commencé par la prise de Bir-Seba, laquelle écartait tout danger d'une attaque

fait le plus grand honneur à l'état-major anglais. On a d'abord pris pour objectif Bagdad, la cité que visaient avant tout les ambitions germaniques, et, malgré quelques accidents de début, on l'a enlevée, puis largement dépassée. L'Allemagne alors s'est émue et a concentré à Alep des forces imposantes afin de réparer, si possible, le grave échec qu'elle venait de subir

(Cl. Boyer.)

Le mur des lamentations à Jérusalem.

de flanc comme celle qui, dirigée une première fois par le général de Kressenstein, avait empêché la prise de Gaza. Elle s'est continuée par une marche progressive, et autant que possible enveloppante, qui a mené le corps expéditionnaire d'abord à Jaffa, puis aux abords mêmes de Jérusalem. Elle a eu pour couronnement l'investissement presque complet de la ville, que le respect dû à des lieux vénérables commandait de ménager, et la capitulation de la garnison turco-allemande. Cela s'appelle faire la guerre de résultats.

Au surplus, toute cette campagne asiatique a été menée avec une habileté qui

Et tout à coup, à l'autre extrémité du désert infranchissable de Syrie, un autre danger a surgi, qui obligeait ces forces à faire face en arrière. Une armée venue d'Egypte entrait en Palestine et fondait sur les Turcs avec une violence telle que Djemal pacha appelait au secours.

J'ai dit que Kressenstein lui en avait apporté un, devenu bientôt insuffisant.

Il fallut donc faire appel aux troupes d'Alep, qui avaient maintenant à couvrir deux directions également menacées. Mais elles étaient déjà engagées en partie sur le chemin de fer de Mossoul. Ainsi tiraillées, elles n'ont pu, malgré que Falkenhayn les

Lt-COLONEL ROUSSET

commandât en personne, ni reprendre Bagdad, ni sauver Jérusalem.

Ainsi s'affirme, une fois de plus, et toujours victorieusement, l'efficacité des manœuvres combinées même à travers les espaces. La double opération concomitante de Mésopotamie et de Judée achève de ruiner les ambitions orientales du kaiser et porte à son prestige parmi les populations islamiques une atteinte

dont celui-ci ne se relèvera pas. Il est infiniment regrettable que nous n'ayons pas suivi nous-mêmes, dans les Balkans, la méthode large et féconde que les Anglais appliquent avec tant de succès en Asie. Nous aurions trouvé, nous aussi, en Serbie et en Macédoine, des champs d'action dont l'exploitation opportune nous eût donné des profits auxquels nous n'avons plus, malheureusement, à songer aujourd'hui.

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