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LES PROTECTEURS DES TURCS

(13 Décembre.)

L'attention ne va guère aujourd'hui aux faits militaires, qui d'ailleurs ne sont pas assez impressionnants pour faire concurrence aux coups de théâtre politiques dont nous sommes témoins. Je me bornerai donc à mentionner l'étrange façon dont les journaux de Vienne, ville pieuse, et qui connut autrefois l'épouvante d'une invasion turque, commentent la prise de Jérusalem. « L'Autriche-Hongrie et l'Allemagne ont en mains assez de gages pour rendre à la Turquie sa propriété », dit l'un. « Les alliés du sultan, écrit un autre, pourvoiront par leurs armes à ce qu'il recouvre son bien. »

Tout cela sent la rodomontade. Mais cela sent aussi la déchéance morale, car à voir un peuple qui fut autrefois le rempart de l'Europe occidentale contre les Osmanlis se dégrader au point de se poser

aujourd'hui en restaurateur de leur empire qui croule et de promettre la restitution des lieux illustres dont la conquête, malheureusement éphémère, coûta, il y a 900 ans, tant de sang généreux, on éprouve je ne sais quel malaise et presque du dégoût. Les mânes de Sobieski ont dû frémir et la couronne de saint Etienne trembler sous l'affront qui lui était fait.

Mais l'Autriche n'en est pas à une vilenie près. Après avoir déchaîné la guerre pour obéir aux ordres de son ancien vainqueur, elle a mis sa main dans la main de l'ennemi héréditaire, un ennemi contre lequel, il n'y a guère plus d'un demi-siècle, elle maintenait jalousement les «confins militaires » qui semblèrent le fossé creusé entre la civilisation occidentale et la barbarie tartare. Battue partout, même par les Russes, elle a un besoin perpétuel du

(Cl. Boyer.),

Jérusalem : vue générale de la vieille ville.

Li-COLONEL ROUSSET

secours allemand et, pour l'obtenir, elle consent aux abandons les plus serviles.

Sans le coup d'épaule de von Below, elle succombait en Carniole, avec la perspective de perdre Laybach et Trieste. Il lui faut maintenant payer des dettes que les exigences allemandes ne laissent point prescrire, et elle le fait avec un cynisme que les

rares amis qui lui restent jugeront peut-être un peu trop éclatant. On dit qu'elle doit fournir à Hindenburg une partie de ses contingents de Galicie pour coopérer à la grande attaque qui se prépare. Je n'en doute pas un instant car elle est obéissante et soumise. Mais c'est là une triste fin de carrière pour l' ex- Saint-Empire romain.

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