‹ La Guerre au jour le jourChapitre 2 sur 360 · TEMPS D'ESCARMOUCHES · texte numérisé non relu

TEMPS D'ESCARMOUCHES

(12 Juin.)

Les événements militaires sont aujourd'hui fort minces. Le prince Ruprecht paraît avoir renoncé, au moins momentanément, à reprendre des positions dont lui et Ludendorff, malgré toutes leurs arguties de chicaneurs, n'arrivent pas à expliquer la perte, parce qu'il leur faudrait, pour cela, reconnaître la supériorité de leur adversaire, et que leur amour-propre, comme d'ailleurs le moral allemand, en souffrirait trop.

Nos alliés profitent de cette trêve relative pour s'installer dans leurs conquêtes, s'y fortifier, et se préparer à d'autres mouvements. Ils ont même réalisé encore quelque légère avance, dans le nord et le sud d'Ypres, puis aux abords de la Souchez. L'artillerie ennemie se montre toujours fort active. Elle trouve d'ailleurs devant elle des batteries qui la contiennent et lui ripostent avec une inlassable vigueur.

Sur notre front, les contre-attaques à grand orchestre ont également cessé.

pour faire place à de simples coups de main, toujours dirigés contre le Chemin des Dames.

Ceux-ci d'ailleurs ne réussissent pas mieux que ceux-là. Combien de temps peut encore durer cet état de choses? Je ne nie charge pas de le dire. Mais il semble répondre assez bien aux préoccupations nouvelles de l'empereur allemand qui, dans une harangue récemment adressée à certain régiment brandebourgeois, invitait celui-ci à s'armer de patience, et lui recommandait d'être ferme dans la résistance, en émettant l'espoir que les armes tomberaient peut-être un jour de nos bras fatigués.

Si le kaiser n'a point d'autres bases à donner à sa confiance, il risque fort de voir celle-ci s'effondrer, surtout quand apparaîtront les Américains. Je retiens seulement de son singulier discours cette constatation que la coalition germanique, de l'aveu même de celui qui la dirige, est

U-COLONEL ROUSSET

(CI. Roi et Wyndham.)

1. Canon allemand détruit par l'artillerie canadienne.'— 2. Déplacement d'une

pièce britannique pendant les combats de Messines.

Li-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

12 JUIN (suite)

Front britannique. — Nouvelle avance à iest et au nord-esl de Messines: prise du hameau de Gapaard, sur la route d'Ybres à Warneton et au nord de cette dernière ville.

Les buts de guerre des Alliés. — L' Angleterre et la France adressent à Petrograd leur réponse à la déclaration du gouvernement russe du 9 avril. « La France ne songe ù opprimer aucun peuple ni aucune nationalité, même celle de ses ennemis d'aujourd'hui. Mais elle entend que l'oppression qui a si longtemps pesé sur le monde soit enfin détruite et que soient châtiés les auteurs des crimes qui demeureront la honte de la guerre... Elle entend que lui fassent retour ses fidèles et loyales provinces d'Alsace-Lorraine qui lui ont été arrachées par la violence. » A cette réponse se trouve annexé l'ordre du jour voté le 5 juin par la Chambre française. L'ordre du jour du Sénat sera également transmis au gouvernement russe.

doiciiavant vouée à la défensive, et que l'armée ciéée avec tant de soin pour l'attaque, les irruptions rapides et les con-

En Gr^ce. — Dans la matinée, M. Zaïmis remet à M.Jonnart, la note suivante : « La France, la Grande- Bretagne et la Russie ayant réclamé par votre vote d'hier l'abdication de S. M. le roi Constantin et la désignation de son successeur, le soussigné président du Conseil, ministre des Affaires étrangères a l'honneur de porter à la connaissance de votre Excellence que Sa Majesté le roi, soucieux comme toujours du seul intérêt de la Grèce, a décidé de quitter le pays, av?c le prince royal, et désigne pour son successeur le prince Alexandre. ^ Au Pirée, les troupes qui étaient à hord des navires alliés sont débarquées sans incident. En Thessalie, la cavalerie française entre à Larissa, où maigre les assurances du général giec Baïvaf, elle essuie la fusillade d'une partie des troupes de la garnison. L'ordre est rapidement rétabli et le général Baïvas est arrêté, mais cette échauffourée nous coûte quelques tués et blessés.

quêtes foudroyantes, en est réduite à protéger ce qu'elle détient, sans même être sûre absolument de le garder.

Page 1