ILS PLEURENT SUR JERUSALEM
(15 Décembre.)
Nous commençons à connaître exactement l'impression produite en Allemagne par la prise de Jérusalem. Elle est énorme. Le premier mouvement de la presse tudesque avait été de crâner et de protester que le fait était sans importance. Certains de ses organes même avaient poussé l'aplomb jusqu'à prophétiser, avant la lettre, qu'il ne se produirait pas. Et voici que, maintenant, les uns et les autres se lamentent sur ses conséquences, dont l'étendue leur apparaît dans toute sa redoutable ampleur.
Les Nouvelles de Leipzig reconnaissent que, par lui, le canal de Suez et l'Egypte sont délivrés de toute menace. Quant à
l'espoir qu'elles conservent de voir les Turcs reprendre leurs possessions anciennes il semble être de pure forme et manque visiblement de solidité.
Le Courrier bavarois est beaucoup plus sombre encore. Mais ici, il faut tout citer :
« Les étendards de l'Entente, dit-il, flottent sur la ville sainte. Il se peut même que ses troupes soient bien accueillies par les populations. La France a su se créer, en Asie Mineure, une situation dont il faut reconnaître l'importance. L'Angleterre a si bien travaillé les populations arabes, que celles-ci ne savent plus si elles doivent
Le général Allenhy félicite le commandant de la colonne française.
Ll-COLONEL ROUSSET
accorder leurs sympathies à la souveraineté turque ou aux armées anglaises.
L'Allemagne, malgré ses efforts, n'a pas pu rattraper l'avance de ses rivaux.
« L'ère qui avait paru s'annoncer lors du voyage de l'empereur à Jérusalem, se trouve interrompue. Peut-être même, une nouvelle époque historique commencet-elle, car L'idée sioniste peut faire son chemin. La position de l'Angleterre se trouve raffermie. Les relations avec les Indes sont assurées doublement, par terre et par eau, tandis que l'extension de l'Europe centrale est compromise. Un des buts de guerre britanniques est atteint... Pour nous, l'échec est douloureux. Il prolonge la guerre et augmente la confiance de nos ennemis. »
J'ai voulu reproduire en entier le morceau, parce qu'il indique, chez celui qui l'a écrit, une perspicacité assez rare et une franchise à laquelle la presse allemande ne nous a guère habitués. Je ne me trompais donc pas, lorsque je signalais la puissance de l'effet moral que produirait
dans le monde l'occupation des Lieux- Saints. Cet effet doit être d'autant plus salutaire chez les uns qu'il est plus déprimant chez les autres. Les citations que je viens de faire ne laissent subsister aucun doute sur l'état d'esprit dans lequel se trouvent ces derniers.
Rien d'important à signaler sur les divers fronts. Ici, coups de main. En Italie, arrêt assez pénible des Austro- Allemands, qui mettent leur impuissance sur le compte du brouillard et de la neige, plutôt que d'avouer que la résistance italienne les contient. En Russie, gâchis toujours profond, avec certaines velléités plus marquées de résistance à la tyrannie maximaliste. On se bat autour de Karkof, où Kornilof a rejoint Kaledine, et où la fameuse « garde rouge » a été houspillée. Il se pourrait donc que Lénine, pris entre les exigences allemandes et le réveil d'une partie du pays, fût, dans un délai plus ou moins long, acculé à la faillite. Dans ce cas, je pense que l'Entente ne lui donnerait point son concordat.