COMME A VERDUN
(2 1 Décembre.)
Le journal munichois que je citais hier voulait apparemment nous tromper quand il parlait d'une stabilisation de la situation
en Italie. Tout au moins les derniers événements lui donnent-ils un formel démenti, car non seulement deux fortes attaques
Ll-COLONEL ROUSSET
autrichiennes ont été dessinées sur les Sette Comuni, mais Boroevic a derechef essayé de franchir la Piave Vecchia, au sud de San Dona. Et comme tout cela représente une dépense d'hommes assez sérieuse, nous ne saurions guère y voir les préliminaires d'une prise de quartiers d'hiver.
Dans la région montagneuse, les Autrichiens ont pu, après un combat sanglant, occuper le monte Asolone et l'osteria di Lèpre, au sud du col de Beretta. Ils approchent évidemment du monte Grappa, qui est la clef de voûte du système défensif italien, mais ils ne le tiennent pas encore.
gravité du coup qui nous menace. Celuici sera rude et d'autant plus redoutable qu'il ne restera probablement pas isolé, comme fut celui de Verdun, Déjà la trahison moscovite a permis de combler des vides dangereux et de pourvoir le front occidental d'un matériel puissant. A cela, les meilleurs éléments ont été employés. On verra peut-être s'y ajouter quatre ou cinq cent mille hommes de la seconde cuvée, si j'o3e dire. Avec cela, il sera possible d'occuper un vaste champ de bataille et même de garder une masse de manœuvre destinée à agir au point décisif. Ces considérations nous invitent à nous
Le monte Tomba, théâtre de la résistance énergique des Italiens.
(Cl Loys.)
« Ce sera notre Verdun ! >> disait avanthier le ministre Alfieri. Mais nous-mêmes, à Verdun, n'avons-nous pas connu des hauts et des bas, avant de nous débarrasser définitivement de l'étreinte des Allemands?
Non ! l'affaire d'Italie n'est pas terminée, et quand les journaux tudesques annoncent à son détrompe que l'Autriche, libérée sur ses propres frontières, va se joindre à eux pour nous accabler, ils cherchent à nous en imposer. Assurément le Habsbourg, devenu le vassal humilié de son ancien vassal, l'électeur de Brandebourg, aujourd'hui paré de la couronne impériale qui est tombée de sa propre tête, devra, bon gré mal gré, lui fournir un certain nombre de divisions toutes plus ou moins éclopées. Mais qui sait si, les Italiens n'ayant pas été mis au préalable hors de cause, il n'aura pas à s'en repentir bientôt?
Je ne dis pas cela pour masquer la
tenir sur nos gardes, à nous armer jusqu'aux dents, à ceindre nos reins d'une triple cuirasse d'airain, pour pouvoir ensuite regarder l'avenir sans forfanterie comme sans peur. Mais elles ne doivent pas nous effrayer. Il s'agit de résister, et nous avons montré que nous savions le faire. Nous le ferons encore devant ce dernier effort de l'ennemi, en suite duquel le concours américain donnera son plein. Mais cette résistance nécessaire, qui la dirigera? Ah ! voilà précisément où le bât nous blesse. M. Clemenceau vient d'organiser fort à propos une exploitation méthodique de la coopération américaine.
Que ne peut-il en faire autant pour toutes les autres? « Une armée n'est rien que par la tête, et l'unité de commandement est de première nécessité à la guerre », disait Napoléon, que citait hier mon ami Polybe avec un sens fort exact de l'opportunité.
Lt-COLONEL ROUSSET