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QUESTIONS D'EFFECTIFS

(22 Décembre.)

Au moment où l'Allemagne, libérée jusqu'à un certain point de ses préoccupations sur le front russe, — je dis jusqu'à un certain point parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver, — se prépare à nous assaillir avec des forces assez sensiblement augmentées, la question des effectifs se pose avec une certaine acuité. Il s'agit de savoir si nous sommes en mesure d'opposer à ceux qu'elle va mettre en ligne une masse suffisante pour arrêter et rompre son effort.

Comme le faisait très justement observer ces jours-ci le Daily Graphie, les États de l'Entente, non compris l'Amérique qui n'est pas encore tout à fait prête, possèdent une population totale de 140 millions d'âmes, soit 60 millions pour le Royaume- Uni et ses dominions blancs, 40 pour la France, 35 pour l'Italie et 5 pour le Portugal. Les puissances centrales, avec leurs acolytes la Bulgarie et la Turquie, représentent de leur côté 145 millions d'individus. La balance semblerait donc pencher de leur côté, le nombre des soldats mobilisables étant fonction de la population elle-même. Mais il faut réfléchir que, dans le cas présent, cette dernière loi n'est pas tout à fait exacte, parce qu'on doit faire entrer en ligne de compte les contingents importants .que fournissent les Indes et les populations françaises d'Afrique. Quant aux États-Unis, ils viennent et viendront

bientôt s'ajouter à la liste précédente, avec leurs 100 millions d'habitants.

C'est donc de notre côté que se trouve en réalité la puissance des effectifs, d'autant plus que la Turquie et la Bulgarie ne forment guère, de l'autre, qu'un assez faible appoint. La première a bien assez à faire de s'occuper d'elle-même, car sa situation n'est guère brillante, comme on sait. Quant à la seconde, elle a mis sur pied environ 655 000 hommes ; mais, en Macédoine et en Albanie, cette force est répartie sur un front de près de 400 kilomètres, et il n'apparaît pas qu'elle ait grande envie de se battre pour l'Allemagne, maintenant qu'elle détient les gages qu'elle désirait. On raconte que, certains régiments ayant refusé tout net de se transporter sur un autre front, les Allemands ' ont dû tirer dessus.

Enfin, tant que "notre armée de Macédoine n'est pas hors de cause, — et il faut espérer que l'on s'arrangera pour qu'elle n'y soit pas, — les prélèvements à faire sur les troupes du roi Ferdinand ne pourront être que fort réduits. De même pour l'armée autrichienne d'Italie, qui n'en a pas fini avec nos alliés ni avec nous.

De tout ceci il résulte que, les questions de matériel et d'aviation mises à part, la supériorité numérique nous appartient sans conteste dans la lutte qui va s'ouvrir. Elle s'affirmera bien davantage

HÉ

(Q. L. B.) Le général Diaz (centre) avec les généraux Fayolle (gauche) et Duchêne (droite).

Lf-COLONEL ROUSSET

encore si nous savons utiliser congrûment toutes nos ressources en hommes, comme l'Angleterre s'apprête à le faire grâce à des mesures que j'ai précédemment indiquées. Nous la .suivrons, j'espère, dans

cette voie, où paraît vouloir entrer délibérément la commission instituée par M. Clemenceau pour mettre enfin chacun à sa place. Il y a là, en effet, une question de salut national.

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