‹ La Guerre au jour le jourChapitre 21 sur 360 · VIVANDIERS · texte numérisé non relu

VIVANDIERS

(29 Juin.)

Si, après nous être occupés de l'arrière, que l'on travaille à purger des dangereux parasites qui l'encombrent, nous parlions maintenant un peu de l'avant? Les questions y sont nombreuses qui nous intéressent, parce qu'elles touchent à la santé physique et morale de nos soldats. Ne pouvant les examiner toutes en bloc, je me propose de les sérier, suivant le conseil de Gambetta. Et, pour aujourd'hui, je me bornerai à envisager celle qui concerne les gens que, d'un mot africain, on nomme les mercantis.

La solde de la troupe a été augmentée, et ce fut justice. Du moins ce serait justice si n'existaient pas encore quelques chinoiseries administratives dont j'ai déjà signalé certaines et qui, je l'espère, auront peu à peu disparu. Mais on n'a pas fait attention que ce supplément de paye allait ; immédiatement grossir l'escarcelle de tous ces commerçants d'espèce variée qui

s'attachent au flanc des armées comme les corbeaux.

Ce virement était d'ailleurs facile à prévoir, pour peu qu'on ait d'expérience.

Quand j'étais jeune officier, — ^ il y a bien longtemps de cela 1 — nous tirions fortement la queue du diable, et parfois même elle nous restait dans la main. Certain jour, marqué d'une croix blanche, nous apprîmes qu'un Parlement plein de mansuétude venait d'augmenter nos appointements, pas de beaucoup, certes, assez cependant pour que notre bourse fût uii peu moins légère. Hélas ! notre contentement fut court.

Dès le lendemain de la publication des nouveaux tarifs, nous vîmes apparaître logeurs et gargotiers, le bonnet à la main, qui nous réclamaient une augmentation correspondante. La dureté des temps... la cherté des vivres... (déjà!) les nouveaux impôts, etc.. tout cela était invoqué avec

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une douceur hypocrite. Et force nous fut d'en passer par où on voulait.

Or, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Les mercantis du front, ou de ses abords, dès qu'ils ont vu le troupier un peu moins démuni de menue monnaie, se sont empressés de lui faire payer plus cher le pinard, l'épicerie et, d'une façon générale, tous les objets de première nécessité. En sorte qu'eux seuls, comme leurs prédécesseurs d'il y a quarante ans, gagnent quelque chose au geste généreux et

nelles, devient aujourd'hui, avec la nation armée, un acte de justice et d'absolue nécessité. •

Rien n'empêcherait, j'imagine, de taxer les denrées que débitent ces colporteurs nomades. On l'a bien fait ici, assez maladroitement d'ailleurs. Pourquoi donc ne le ferait-on pas là-bas, où il ne s'agit que d'une revente à grands profits? Et pourquoi encore ne chercherait-on pas à rendre inutiles tant d'industries parasitaires, en développant autant que possible les coopé-

(Cl, Chusseau-Flaviens.)

Prisonniers allemands transportant un blessé hors de la ligne de feu.

'équitable qu'avait voulu faire le Parlement.

Mais s'il en vajtoujours ainsi, me dira-t-

, c'est que le mal est sans remède.

irdon ! J'admets qu'en temps de paix

sa guérison soit difficile ; mais maintenant

que le commandement possède dans la

tie des armées des pouvoirs quasi dicta-

riaux, elle n'est qu'une simple question

de volonté !

Le maréchal de Saxe demandait déjà, il y a quelque cent cinquante ans, que les chefs d'unité surveillassent de près le potau-feu, et empêchassent les vivandiers de juguler les hommes. Ce qui n'était qu'avantageux aux temps des armées profession-

ratives qui, lorsqu'elles sont gérées avec entente, donnent, de l'aveu général, d'excellents résultats?

Toujours est-il qu'il faut faire quelque chose, car ce n'est point pour étendre le nombre des nouveaux riches en favorisant des courtiers marrons dont beaucoup trop ne cherchent « qu'occasion de friponner », comme dit encore le maréchal de Saxe, que les Chambres ont créé des hautes payes, mais bien pour améliorer le bienêtre du soldat. Et ce résultat ne peut s'obtenir que par des mesures rigoureuses, accompagnées, comme il convient, de sages précautions.

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