RAJEUNISSEMENT
(25 Décimbre.)
La question du rajeunissement des cadres est une des plus irritantes qui
soit, et une des plus difficiles à résoudre. Elle a été soulevée nombre de fois pen-
(Cl. Beaufrère.)
L'art du camouflage sur une route d'ItaUe. .^ 334 —
dant le temps de paix, sans qu'on ait jamais pu départager par un modus vivendi acceptable les exigences de l'intérêt général et les droits légitimes de chacun. Elle s'est posée à nouveau, depuis la guerre, avec une acuité plus pressante encore, que les mesures prises jusqu'à présent ne semblent pas avoir corrigée. M. Clemenceau, avec sa décision coutumière, vient d'essayer de la trancher, sinon radicalement, au moins par une cote mal taillée. Je me permets de dire que nous ne saurons exactement ce que vaut celle-ci que par la façon dont on en usera.
Il est évident qu'au point de vue absolu, et si l'on n'envisage la guerre que sous le rapport de l'activité qu'elle exige, les généraux jeunes sont préférables aux généraux âgés. Sous la première République et l'Empire, on était divisionnaire à vingt-sept ou vingt-huit ans et maréchal à trente-cinq. Mais, dans cette pléiade célèbre, combien, à part Napoléon, comptet-on de véritables capitaines? Cinq ou six, tout au plus : Hoche et Desaix, qui n'ont pu donner leur mesure, Masséna, Davout, Lec/Durbe, remarquable surtout dans la guerre de montagne, peut-être Moreau, et c'est tout, je crois. Un des meilleurs après ceux-là, Lannes, tué à quarante ans d'un boulet de canon à Essling, excellait, au dire de l'empereur lui-même, dans la conduite de 25 000 hommes d'infanterie, pas plus. Les autres, si l'on excepte les spécialistes de la cavalerie : Murât, Lasalle, Montbrun, Colbert, etc., ou de l'artillerie, comme Senarmont, n'étaient que des sousordres bien dressés. On l'a parfaitement
vu, quand le maître, débordé par la crois" sance même de ses armées, s'est trouvé dans l'impossibilité de tout diriger pour ainsi dire à la voix.
Regardons maintenant les armées allemandes de 1870. Je ne parle pas du roi Guillaume, qui n'était là que pour couvrir de sa prémgative souveraine des actes auxquels il res t étranger. Mais Moltke, le véritable gt :alissime, avait soixantetreize ans. Steinmetz, le fougueux assaillant de Spicheren, était du même âge, et aussi Manstein, à qui on a pu reprocher parfois sa grande témérité. Celui que l'on peut appeler le sauveur de l'Allemagne, Alvensleben, second, qui, le 16 août, à Rezonville, corrigea par sa ténacité et son adresse les graves conséquences des erreurs stratégiques qu'avaient commises ses deux chefs directs, comptait plus de soixante deux ans. Dupont, n'en avait que trentequatre quand ■ il signa la malencontreuse capitulation de Baylen.
On voit qu'ici tout est relatif et qu'il devient imprudent de poser des règles fermes. La valeur, même purement physique, d'un homme, ne dépend pas exclusivement de son âge, et l'usure, plus ou moins rapide, des organismes vivants est le produit d'impondérables qui ne s'évaluent pas Comme le nombre de tours que peut faire une machine. Voyez plutôt M. Clemenceau. Je veux dire par là que si l'on se croit obligé, pour établir une juste moyenne, de recourir à des mesures positives, comme sont les limites d'âge, il convient d'apporter à leur application les plus grands ménagements. C'est du
(Cl. Section phot. de l'Armée.)
Eclatement d'obus sur un village de Meuse.
U-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Front d'Italie. — La bataille sur le plateau d Asiago continua toute la journée, acharnée et sanglante, dit le communiqué de nos alliés: les masses austro-allemandes qui ont gagné du terrain hier au sud du col del Rosso et du mont Val Bella, arrêtées d'abord dans leur avance, finissent par être refoulées jusqu'aux sommets d'où elles sont descendues.
Plusieurs batteries et un grand nombre de mitrailleuses que les Italiens avaient dû abandonner hier sont reprises à l'ennemi.
Mannheim. — Dix avions britanniques, formés en 2 escadrilles, exécutent un raid dans la vallée du Rhin, survolent Mannheim à plus de 4000 mètres d'altitude, bombardant la gare et diverses usines de la ville et des environs. Les observations complétées par des clichés photographiques pris aussitôt permettent d'affirmer le succès de l'opération que les avions de la défense n'ont pu interrompre.
Front occidental. — Les communiqués ne signalent qu'un coup de main réussi de nos soldats sur les tranchées ennemies au sud de Juvincourt.
Front d'Italie. — La lutte, interrompue hier par la nuit, reprend à l'aube sur le plateau d' Asiago. L'ennemi est maintenu sur les cimes du col del Rosso et du mont Val Bella. Les attaques dirigées contre l'aile droite italienne entre le col del Rosso . ( le Val Frenzela ne peuvent dépasser le village de Sossk
En Ukraine. — Le général Tcherbai.h annonce que, conformément à la décision delà Répubi eu. ui^'ainienne, il assume le commandement des troupe des fronts sud-ouest et roumain couvrant le territoir de la République.
Armée roumaine. — Malgré la situation que lui crée l abandon de la Russie, le commandement roumain maintient la cohésion de ses troupes et sauvegarde leur état moral et leur discipline.
reste ce qu'a fait le ministre de la Guerre, moins strict en cela que ses prédécesseurs. Il laisse au commandement supérieur le soin de maintenir erï activité, sous sa responsabilité personnelle, les officiers géné-
raux ou supérieurs que le poids des années n'accable pas encore. De ceux-là, nous en connaissons un certain nombre, qui ne font pas trop mauvaise figure en face du 'Septuagénaire Hindenburg.