LA SITUATION ORIENTALE
(6 Janvier.)
Il paraît que les choses ont peine à s'arranger entre les conférenciers de Brest- Litovsk. Les maximalistes, feignant une indignation que ne justifie guère leur précédente attitude, déclarent inacceptables les contre-propositions allemandes et font mine de se retirer sous leur tente. Tout cela n'est peut-être que de la frime, car la fourberie étant aussi familière à ces tristes polichinelles qu'à leurs compères germaniques, il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'ils s'entendissent les uns et les autres comme larrons en foire pour nous jouer la comédie. A moins toutefois que Lénine et ses acolytes ne commencent à s'apercevoir des risques qu'ils courent en livrant à la férocité tudesque leur pays désarmé.
Les Allemands, dont la psychologie est fort courte, voyaient déjà les peuples alliés tendant l'oreille aux insidieuses invites que formulaient quelques sophistes transformés en dictateurs. Or, l'Entente n'a pas eu l'air d'entendre, en sorte que. s'il y a eu déception, elle a été pour la trinité Guillaume-Hertling-Hindenburg, laquelle ne montre peut-être en ce moment des exigences si formidables que pour pouvoir travailler sur de nouveaux frais.
Si c'est un second piège, nous saurons l'éviter, comme nous avons évité le premier. Comme il n'y a rien à attendre de la bande à Lénine que trahison et perfidie ; comme, grâce à sa malfaisance, l'armée russe est devenue inexistante de fait, les
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Région de la "Meuse — Sur la rive gauche, échec d'un coup de main tenté par l'ennemi dans nos tran. chées au nord de la cote 304.
Sur la rive droite, la lutte d'artillerie a pris au cours de la nuit, une vive intensité dans le secteur Bezonvaux-les-Chambrettes
A Brest-Litovsli. — Les négociations continuent entre les délégués de 'Ukraine et les plénipotentiaires des puissances de la Quadruplice.
D un autre côté, le commissaire aux Affaires étrangères Trotzkjj et les autres délégués russes qui avaient refusé de revenir à Brest-Litovsk le 4 janvier et avaient demandé le transfert du siège de la Conférence à Stockholm, se sont ravisés et reprennent aujourd' hui leurs places en face des Austro-Allemands. Ceux-ci, d'o'lliu's, maître leur hâte d'en fi tir vont sz montrer de plus en plus intransigeants et neg3:d3 ont cucui méncgement.
En Woëvre. — Nos légionnaires et tirailleurs exécutent en avant de Flirey, sur les lisières sud-est et sud-ouest du bois de Mortmare un coup de main qui les mène en certains points jusqu'à une profondew de 800 mètres dans les lignes ennemies. En deux endroits notamment les tranchées allemandes sont entièrement nettoyées, les défenseurs tués ou faits prisonniers, les akris incendiés, les mitrailleuses et les lance-hombes capturés et ramenés en arrière .
En regard de nos pertes qui sont extrêmement légères, l'ennemi compte beaucoup de morts et laisse entre nos mains \7S prisonniers dent I officier.
Président Wilson. — Lecture au congrès américain d'une nouvelle déclaration sur les buts de guerre des Etats-Unis. Cette déclaration qui fixe en 14 points les conditions générales d'une paix durable, stipule pour la France la libération de tout le territoire envahi et la réparation de l'injustice de 1871.
Allemands doivent pouvoir imposer tôt ou tard leurs volontés. Le seul espoir que nous ayons est qu'ils soient forcés de compter avec l'Ukraine et de continuer à surveiller un front qui n'est pas moindre de 500 kilomètres. Pour le moment, les nouvelles qui nous viennent de là sont trop confuses pour qu'il soit possible encore d'en tirer quelque pronostic que ce soit.
En somme, il ne faut voir dans les incidents germano-russes que les phases plus ou moins lentes d'une tractation déjà concertée, les millions de la Wilhelmstrasse exerçant une action opérante que n'ont pas toujours eue les canons d'Hindenburg. Seulement, le temps dépensé en pourparlers auxquels ce qui manque le plus est assurément la sincérité, sera diflâcilement
récupérable, et la grande attaque dont on continue à nous menacer — le kaiser, dans un rescrit tout récent, parlait encore des « durs combats à venir » — subit, de ce fait, des retards qui nous sont extrêmement profitables.
Si le commandement allemand croit se faire la main en multipliant les attentats contre les villes ouvertes de Trévise et de Padoue, il ne peut nous empêcher de préparer opiniâtrement la défense de notre front, de tout notre front. Et c'est sans doute parce qu'il le sait bien que,. n'ayant plus une confiance entière dans la force invincible de ses armes, il cherche à obtenir une solution quelconque, fùt-elle incomplète et bâtarde, par des effets d'intimidation.