PAROLES DE FOURBE
(7 Janxier.)
Le Journal de Genève publie des extraits du discours prononcé par le prince Max de Bade à l'ouverture de la session de la Chambre haute. On y trouve des phrases significatives et qui sonnent comme l'aveu confessionnel du moine, quand il va à la coulpe devant son prieur. Le prieur, ici, c'est l'Europe, pour ne pas dire le monde entier.
« La force toute seule, a dit l'orateur, ne saurait nous assurer dans le monde la place à laquelle nous croyons avoir droit.
L'épée ne peut pas trancher les oppositions morales qui se sont élevées contre nous. Pour que le monde se réconcilie avec la grandeur <4e notre puissance, il faut qu'il sente que, derrière notre force, il y a une conscience humaine. »
Voilà, certes, des vérités transcendantes, mais qui n'ont qu'un tort, celui d'être exprimées trop tard. Le prince de Bade ne se fait pas l'illusion de croire qu'il suffit de les proclamer en séance solennelle pour effacer la trace de cin-
Lt-COLONEL ROUSSET
quante années d'hypocrisie, de rapts, de violences et de brutalité. La conscience humaine dont il parle, les Allemands ne la conne.i sent plus, depuis que, façonnés par les Hohenzollern à l'image de leurs ancêtres barbares, ils ont délibérément brisé tous les liens respectés d'ordinaire qui rattachent entre elles les nations civilisées.
Justement, notre confrère le Figaro
Depuis, nous avons connu bien d'autres crimes, dont il n'y a plus à faire le relevé, mais que nous ne pouvons oublier, et nous savons que la bestialité tudesque d'il y a quarante-huit ans a été, cette fois, largement dépassée. Invoquer maintenant les droits de l'humanité pour s'en faire un paravent est donc, de la part de l'héritier badois, une duperie de plus, à laquelle personne ne peut se laisser prendre. C'est en 1914
(Cl. Committee on Public Information.)
Convoi d'artillerie américaine montant en ligne.
vient de publier la lettre qu'écrivait à Guillaume I^"" le pape Pie IX au moment où la guerre de 1870 allait se déchaîner, ainsi que la réponse du roi de Prusse. Alors, comme aujourd'hui, la fourberie prussienne portait à notre compte la responsabilité du conflit. « Dieu m'est témoin écrivait ie souverain piétiste, que ni moi ni mon peuple n'avons désiré ni provoqué la guerre. » Et seize jours cependant ne s'étaient pas écoulés depuis que Bismarck, au cours du dîner fameux qu'il offrait au major général et au ministre de la Guerre, avait lui-même, sur l'assurance que l'armée allemande était prête, rendu cette guerre inévitable par la falsification raisonnée d'un texte dont le ton, relativement anodin, permettait encore de l'écarter !
qu'il fallait tenir ce langage, et non pas aujourd'hui.
Au reste, M. Lloyd George vient de lui faire, intentionnellement ou non, la seule réponse qui convienne. Tant que le rapt de l'Alsace-Lorraine n'aura pas été réparé, nous refuserons d'entendre les voix plus ou moins doucereuses qu'inspire outre- Rhin une situation de jour en jour plus difficile et plus grave. Et je gage que le prince de Bade aurait luimême parlé d'un autre ton s'il avait été sûr que l'exploitation économique de la Russie ne soit point renvoyée à des temps plus lointains par la rupture, momentanée peut-être, mais incontestablement dilatoire, qui vient de s'opérer à Brest-Litovsk.
Le ravitaillement des canons sar le front britannique.