LES FLUCTUATIONS DE L'UKRAINE
(SJanvier.)
Je ne sais trop quel fondement il faut accorder aux nouvelles qui nous viennent de l'Ukraine. D'abord, elles sont de source allemande ou maximaliste, ce qui revient à peu près au même. Ensuite, elles sont fort nébuleuses et parfois même contradictoires. Je sais bien qu'avec la Russie révolutionnaire on peut s'attendre à toutes les surprises, mais les changements à vue dont on nous parle sont tout de même assez surprenants. Le seul fait certain est l'envoi à Brest- Litovsk, par la nouvelle république, de quatre délégués, membres à la fois de la Rada et de la prochaine Constituante. Un télégramme de Berlin annonce qu'avec eux « les conversations se sont engagées d'une façon satisfaisante ». Satisfaisante pour qui? On nous dit encore que les mêmes délégués ont reçu pleins pouvoirs pour conclure « une paix démocratique ». Or, c'est précisément celle-là que réclamaient, au moins théoriquement, les envoyés de Lénine, qui ne paraissent pas l'avoir obtenue. Et tout cela est une bouteille à l'encre d'autant plus impénétrable que, d'après les journaux de Petrograd, les combats auraient, après une trêve de cinq jours, repris avec vivacité entre les troupes du sud et celles du nord. Dans cet imbroglio, qui cache très certainement pas mal de menées souterraines, le plus fin
perdrait son latin. Ne cherchons donc pas à en percer la trame, et laissons venir lesévénements.
Nous savons que, quoi qu'il arrive, iV n'y a plus à compter, sur le front oriental, qu'avec des éruptions accidentelles. Et encore ! Seulement, tous ces atermoiements causent en Allemagne une désillusion qui' aggrave la nervosité ambiante, et fait" naître quelques doutes ombrageux sur l'infaillibilité du kaiser, lequel avait si pompeusement annoncé la paix. Là-bas, on ferait volontiers toutes les concessions, possibles à l'Ukraine, si l'envie lui venait de trahir à son tour, pour pouvoir pénétrer sur son territoire et y trouver un grenier d'abondance. La question se résume donc uniquement en ceci : l'Ukraine consentira-t-elle à donner ce qu'elle a, car, il n'y ai point de paix démocratique qui tienne, c'est d'une affaire d'alimentation qu'il s'agit. Et quand celle-ci se présentera sous son véritable aspect, il est fort possible qu'elle ne se résolve pas par de simples discours.
En attendant, c'est partout le calme plat. On ne saurait s'en étonner, étant donné le temps affreux qui règne. Nous avons encore quelques délais à courir, je crois, avant que les communiqués • nous apportent du nouveau.
LES FAITS
Sur mer. — Le contre-torpilleur anglais Racoon sombre au nord de la côte d'Irlande.
A Brest-Litovsk. — Les puissances de la Quadruplice déclarent « leur résolution ferme et irrévocable » de ne pas transporter en pays neutre le siège des négociations pour la paix. Ce transfert, assurent M. de Kûhlmann et le comte Czernin, fournirait aux gouvernements de la France et de l' Angleterre les moyens d'agir dans la coulisse pour empêcher d'arriver à une paix séparée avec la Russie.
Les délégués russes, en présence de cette résolution catégorique, déclarent consentir à la continuation des pourparlers à Brest-Litovsk-
Le général Hoffmann, au nom du commandement suprême de l'armée allemande, élève '' la protestation la plus énergique » centre la propagande maximaliste auprès des troupes allemandes et contre les excitations révolutionnaires adressées à ces troupes.
Etats-Unis. — M. Baker, ministre de la guerre, expose à la Cotrvnission de l'armée du Sénat comment l'armée, qui ne comptait en avril \9\7 que 9 000 officiers et 200000 hommes, était à la fin de décembre de 1 428 000 hommes.
Pendant la même période, les sections d'aviation qui ne comptaient que 65 officiers ont été portées à 4000 officiers et 84000 sous-officiers et soldats. Aucune armée, égale en importunée, n'a été, dans l'histoire du monde, levée, éqjipze et entraînée aussi vite.
« Je fais cette déclaration, ajoute le ministre, premièrement parce que le peuple américain a le droit de connaître la façon magnifique doot nous avons pu organiser les forces de la nation ; deuxièmement parce que l'armée du général Pershing en France et tous nos alliés doivent apprécier l'avantage résultant de la dépression morale de l'ennemi, quand celui-ci se rendra compte de notre inélranlable Volonté. »