ÉCHECS ALLEMANDS ET PROGRÈS BRITANNIQUES
(f" Juillet.)
L'ennemi attaque en ce moment le Iront français avec une indicible fureur. C'est peut-être pour essayer de compenser les mésaventures continuelles qu'il subit sur le front britannique, et dont je parlerai plus loin. Mais il n'y aurait rien d'étonnant non plus à ce que Hindenburg qui, d'après des renseignemeiits dignes de foi, se promène en ce moment dans nos parages, ait voulu, en apportant un peu plus de méthode et de cohésion aux attaques décousues du kronprinz, entamer l'exécution du plan offensif dont on lui a, dès assez longtemps, attribué la paternité.
Depuis deux jours, des assauts extrêmement énergiques, que conduisent les groupes d'entraîneurs dont j'ai déjà indiqué le rôle et qui, par conséquent, s'accompagnent de jets de liquides enflammés, sont livrés contre le Chemin des Dames, du côté de Cerny, contre la route de Reims à Laon, devant Corbeny, et contre la partie occidentale du front de Verdun, au bois d'Avocourt et à la cote 304. C'est donc, en réalité, une sorte de bataille qui est ainsi engagée et dont les péripéties.
bien qu'embrassant trois secteurs distincts, peuvent être considérées comme solidaires. C'est la première fois, depuis longtemps, que nous avons devant nous un déploiement de cette envergure, et il semble bien que celui qui dirige l'affaire a en vue quelque chose de plus que la simple recherche de certains succès partiels.
Voyons maintenant le bilan des deux journées. Il est maigre, au regard des moyens mis en œuvre et des sïicrifices éprouvés par l'ennemi. Quelques tranchées qui, par leur situation avancée devant Cerny, sont exposées à de fréquents va-etvient ; un petit saillant, situé devant Bovelle, et dont il ne reste que des vestiges, enfin un petit morceau des pentes occidentales du Mort-Homme, c'est tout.
Partout ailleurs, nos ripostes vigoureuses ont arraché à l'ennemi les gains plus ou moins étendus qu'un premier choc lui avait fait obtenir. On conviendra donc qu'il a dû mettre beaucoup au jeu pour un profit médiocre. Néanmoins, ses intentions sont trop visibles pour que nous
(Cl. PoUk.)
Panorama de Paissy, entre Craonne et Cerny.
U-COLONEI^ ROUSSET
Sous le feu deî
C'est en vain que les canons ennemis tentent d'entraver la marche de l'artillerie anglais^ qui s'avance snr les routes conquises pour soutenir et préparer de nouvelles attaque
inons allemands.
Courbant la tète et retenant leurs montures, les artilleurs s'arrêtent devant le fracas neurtrier, puis, à la fois prudents et résolus, reprennent leur course périlleuse.
Lt'COLONEL ROUSSET
cessions un seul instant de nous gai'der à carreau.
Si maintenant ce qui se passe devant nous ne donne pas au kronprinz de grands avantages, les événements du front britannique sont encore beaucoup plus désagréables à son confrère Ruprecht. Nos alliés, en effet, non seulement ont occupé
le bourg d'Avion, sur la valeur tactique duquel il n'est pas besoin d'insister, mais ils se sont emparés de deux kilomètres de tranchées aux environs d'Oppy. C'est-àdire que le saillant de Lens devient de plus en plus difficile à tenir et que ses occupants commencent a être obligés de surveiller leurs derrières.