‹ La Guerre au jour le jourChapitre 233 sur 360 · L'IDOLE CHANCELLE · texte numérisé non relu

L'IDOLE CHANCELLE

(13 Janvier.)

Pour la première fois l'infaillibilité d'Hindenburg et de son compère Ludendorff est discutée en Allemagne. Je sais bien que c'est le Vorwaerts qui se permet cette incartade, et que le Vorwaerts ne représente pas toute l'opinion germanique. N'importe, il est assez curieux de le voir arracher le premier clou à la statue du fétiche national.

« Les Allemands raisonnables, dit le journal socialiste, doivent se garder du culte d'Hindenburg et de Ludendorff.

Leur confiance en ces deux chefs est strictement limitée aux capacités militaires qu'ils ont montrées. » Voilà une façon quelque peu brutale de dire que ces capacités ne se sont point affirmées avec l'éclat qu'on attendait. La guerre se pro-

Reconnaissance d'alpins français en Italie.

Lt-COLONEL ROUSSET

longe, les populations se serrent le ventre, la Russie semble se rebiffer, et le coup de théâtre qui devait finir en apothéose se fait attendre. D'aucuns trouvent même qu'il se fait attendre trop longtemps. D'où ce premier coup de stylet.

II devient . chaque jour plus évident que l'engouement dont a tout à coup bénéficié le major général de Guillaume II a dépassé les limites raisonnables. Quand on connaîtra exactement les dessous de la conquête de laPologne, le plus beau titre de gloire d'Hindenburg, on s'apercevra qu'il y entre un certain nombre de facteurs inavoués, et que le génie des négociations tortueuses y a primé de loin celui du capitaine. Je ne crois pas qu'il soit convenable ni expédient de jamais dénigrer un adversaire. Aussi, tout en rendant justice à la façon habile dont le commandement allemand a su exploiter les voies ferrées, monter ses manœuvres et opérer des concentrations rapides, je me permets de dire que rien de cela ne dépasse les capacités usuelles d'un état-major connaissant bien son métier. Et je pense que personne ne s'avisera jamais, par exemple, de comparer le rabattement dessiné en 191 6 de la Lithuanie sur Varsovie, avec le changement foudroyant de ligne d'opérations que, quelques jours avant léna. Napoléon effectua sans qu'on s'en doutât dans le camp adverse, pour prendre l'armée prus-

sienne à revers. Mais de pareils rapprochements seront, je crois, impossibles, tant que Napoléon sera mort.

Reste alors, pour hisser Hindenburg au niveau des grands hommes de guerre, la fameuse retraite effectuée sur le front français. Dieu sait ce que les thuriféraires ont brûlé d'encens devant elle, et quels pronostics ils en ont tiré. L'idée parfaitement simpliste qui y a présidé et aboutissait à. un rétrécissement de front pour se procurer des disponibilités plus grandes, a été donnée comme un prodige d'intelligence et de savoir. On s'aperçoit aujourd'hui qu'à s'en tenir au prix dont a été payée sa réalisation et à l'absence de bénéfices réels qui s'en est suivie, ce fut une assez mauvaise affaire. On s'aperçoit aussi que celle d'Italie, si heureusemet entamée, on sait comme, ne se conclut pas au gré de l'impatience générale. Enfin on constate que si Hindenburg et Ludendorff débutent généralement assez bien, ils finissent quelquefois mal, ou ne finissent pas du tout.

C'est ce que laisse entendre le Vorwaerts quand il écrit que « le culte personnel des généraux a toujours été un signe de décadence ». Le fait est qu'on s'expose à des désillusions pénibles en leur attribuant gratuitement par avance, et avant toute épreuve, des mérites quasi surhumains.

État-major suivant les péripéties d'un coup de main.

Lt-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

Front occidental. — Sur la rive gauche de la Meuse, nos feux dispersent au cours de la nuit des détachements ennemis qui tentent d'aborder nos positions dans le secteur de la cote de l'Oie.

Devant les lignes britanniques, un coup de main effectué par les Canadiens au nord de Lens inflige des pertes à l'ennemi.

Brest-Litovsk. — Le général Hoffmann déclare catégoriquement que le commandement suprême des armées allemandes refuse d'évacuer la Courlande, la Lithuanie, Riga et les îles de la baie de Riga, et ce, peur des raisons techniques et aiminisiratives : toutes ces contrées n'ont ni organe administratif, ni organe judiciaire, ni police, ni chemins de fer, ni postes ni télégraphes; tout cela est au pcuvoir des Allemands.

Le comte Czernin, au nom des puissances de la Quadruplice, déclare reconnaître la délégation ukrainienne comme délégation autonome.

Guerre aérienne. — Une escadrille britannique exécute en plein jour et avec le plus grand succès un raid sur Carlsruhe, dont elle bombarde la gare et les usines de munitions. Des explosions sont constatées dans le bâtiment et sur les Voies de garage du grand nœud de Voies ferrées au centre de la ville, et dans les ateliers et usines qui bordent la voie ferrée. Malgré l'activité de l'artillerie et des avions de la défense, l'escadrille britannique rentre sans aucune perte.

Le communiqué du général Allenby signale également plusieurs opérations en Palestine où les avions de son armée ont bombardé l'aérodrome turc de Djénine à 48 kilomètres au sud-est de Caïffa et la gare de Amman , sur le chemin de fer du Hedjaz, à 75 k' lomètres au nord-est de Jérusalem.

Front d Italie. — Dans le delta de la basse Piave, les régiments italiens réussissent à élargir la tête de pont établie un peu au nord de Capo-Sile.

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