PAROLES DE SOPHISTE
(14 Janvier.)
Je ne voudrais pas faire de réclame à l'extraordinaire ordre du jour que vient d'adresser aux soldats et aux ouvriers le « généralissime » Krylenko. C'est un document qui rappelle de trop près, comme style et comme pensées, les appels funambulesques que le trop célèbre Henriot adressait aux sectionnaires parisiens avant d'aller,' le g thermidor, terminer sa carrière sur un tas d'ordures oublié dans la covir de l'Hôtel de Ville. Même logomachie boursouflée et creuse, mêmes insanités débitées en des termes amphigouriques et pompeux. La littérature des bousingots ne peut guère varier ses effets, n'étant nourrie que de sophismes et de puérilités. Ainsi Krylenko n'a rien inventé, pas même ses apostrophes tonitruantes à la bourgeoisie, qui traînent dans tous les ana laissés pour compte par les anarchistes de tous pays.
Si donc je fais une brève allusion à ce factura ridicule, c'est parce qu'il laisse percer un certain désappointement et des craintes qu'il est bon de souligner. Le fondé de pouvoir des maximalistes n'hésite pas à dire par exemple, que (( peut-être la guerre sacrée de la révolution, sur les fronts aussi bien qu'à l'arrière, se présente comme inévitable et terrible». Qu'est-ce à dire? Après avoir léché la botte prussienne pour obtenir
une paix humiliante, faudra-t-il donc reprendre les armes, sous peine de ne plus exister?
La perspective est d'autant plus grave que M. Krylenko lui-même, si peu qu'il connaisse dès choses millitaires, est obligé de convenir qu'il est un général sans troupes et un chef sans soldats. « L'armée ancienne est épuisée, dit-il (lisez : émasculée par les criminels ou les niais qui ont jusqu'ici dirigé la révolution). Elle n'est plus en état de résoudre le problème qui se pose. » Nous le savions, parbleu ! bien, et nous pensons même que celui qui la commande, au moins nominalement, aurait pu s'en apercevoir plus tôt. Aujourd'hui, il voudrait en constituer une autre, prenant ses racines dans la garde rouge et les ouvriers. Croit-il donc qu'une force militaire se crée en faisant un simple appel du pied? Il est vrai qu'il change son nom, pour l'appeler « une garde populaire révolutionnaire », et qu'il ne s'embarrasse point des contingences. « La question matérielle de cette garde sera réglée à part. » Voilà qui est bientôt dit ; mais qu'en penseront les gardes rouges, gens pratiques à qui il faut du solide et qui savent se le procurer au besoin? Pour le moment, on leur pïomet seulement une discipline rigoureuse et révolutionnaire, deux mots qui hurlent d'être accouplés ensemble. Soyez
Les combattants hindous ont rejoint le front asiatique; seuls quelques travailleurs sont restés au service de l'arrière.
(Clichés Beaufrère.)
D3S ouvriers chinois sont employés à des travaux en arrière du front. On les voit ici accomplissant leur tâche quotidienne.
Ll-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Front occidental. — Au cours d'une attaque sur nos positions du bois Le Chaume, l'ennemi réussit à prendre pied dam un élément avancé, mais il en est presque aussitôt chassé.
En Lorraine, nos soldats font une incursion dans les lignes allemandes de la région de Badonviller 'et ramènent une quarantaine de prisonniers dont un officier.
front d'Italie. — Les contre-attaques plusieurs fois renouvelées par les Autrichiens au nord du mont Asolone entretiennent dans ce secteur l'activité de combat.
A l'est de Capo-Sile, dans le delta de la Piave, des retours offensifs de l'ennemi donnent lieu aussi à quelques actions assez vives.
Guerre aérienne, t— Bombardement des usines d acier de Thionville par les escadrilles britanniques.
Les Allemands, de leur côté, lancent une cinquantaine d'obus sur la ville de Yarmouth.
Front occidental. — Un coup de main exécuté dans la soirée par nos soldats, les mène à une assez grande profondeur dans les lignes allemandes à l'est de la tranchée de Colonne, secteur des Eparges. Ils y opèrent des destructions nombreuses.
Front d'Italie. — Les Autrichiens tentent un effort sérieux pour reprendre les positions perdues le 14, à l'est de Capo-Sile: la lutte, extrêmement violente, se prolonge pendant cinq heures, au bout desquelles l'ennemi épuisé abandonne la partie.
Les Italiens font 'une centaine de prisonniers et recueillent, sur le terrain jonché de cadavres ennemis, plus de 500 fusils et des mitrailleuses.
A Brest-Litovsk. — On continue à discuter sur la situation des territoires occupés et sur les conditions dans lesquelles les populations de la Courlande, de la Lithuanie et de la Pologne pourraient être appelées à disposer de leur propre sort.
assurés que la « garde rouge se contentera ■du second. »
Tout cela est purement grotesque. Si Krylenko ne le comprend pas, tant pis pour lui. Il nous sufi&t, à nous, de savoir qu'il n'est pas absolument rassuré sur les suites de la folle équipée où il s'est embarqué à la suite des Trotzky et des Lé nine, et qu'il s'aperçoit trop tard, que des Allemands ne sont pas, comme ceux-ci, <ies plaisantins. Ou se battre encore, avec
des chances à peu près nulles, ou être réduite en une poussière de peuples plus ou moins enchaînés, tel est le dilemme imposé à la malheureuse Russie par quelques traîtres, aidés d'une poignée de fous. A cette perspective lamentable, des proclamations plagiées sur celles de nos anciens fantoches ne changeront rien. Ce n'est point comme un Henriot qu'il faudrait parler.
C'est comme un Carnot ou un Dubois- Crancé.