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POUR LE FRONT

(17 Janvier.)

(Cl. Beaufrère.)

La question du « pinard » va-t-elle être enfin réglée? Les projets de loi déposés hier sur le bureau de la Chambre nous en donnent l'espérance qui, pour moi, j'ose le dire, vient à point. On ne s'imaginera jamais le flot de correspondances que m'a valu cette grave affaire, que je ne qualifie pas du tout ainsi par ironie. Les soldats y attachent une grande importance et personne ne saurait les blâmer, car le vin de France est un créateur d'énergie. C'est à sa chaleur généreuse que la race doit beaucoup de sa bonne humeur et de son tempérament personnel.

Actuellement, on se préoccupe au moins .autant de lui, dans les tranchées, que de l'histoire Caillaux, et ce n'est pas peu dire. Le bruit y avait couru, il y a quelque temps, qu'à dater du i^r janvier, la ration journalière serait portée de cinquante à soixante-quinze centilitres. Il n'était malheureusement pas fondé, et ce fut une source de désillusions amères, dont le bouillonnement a rejailli jusqu'ici. Mais voici que la sollicitude du gouvernement promet mieux encore que ce qui avait été indûment annoncé. Par quelles actions de grâce va-t-elle être accueillie, surtout si, comme il y a lieu de le croire, on met le moins d'intervalle possible entre la coupe

et les lèvres tendues pour le recevoir ?

Écartons cependant toute équivoque.

La ration elle-même ne sera point augmentée. Elle reste fixée à cinquante centilitres ; mais les ordinaires, sur leurs bonis, ou les hommes, sur leur pécule élargi, seront libres de la porter à un litre, sans débourser des sommes exagérées. L'intendance leur fournira le surplus à prix coûtant. C'est d'ailleurs, si je ne me trompe, une proposition analogue qui avait donné lieu aux rumeurs erronées dont on s'est tant ému sur le front. La mesure actuellement décidée en principe doit fixer toutes les indécisions. Mais il faut qu'elle soit appliquée sans délai.

L'indemnité de combat sera également, comme le taux des allocations ou indemnités pour charges de famille, l'objet d'une revision. Elle est portée de un franc à trois francs pour tout le monde ; les autres vont être plus équitablement compensées.

Et tout cela est fort bien. Me permettrat-on cependant une légère réserve, à propos, non pa.s de la première, mais de la désignation imparfaite de ceux à qui elle doit être accordée. On nous dit que les ayants droit seront tous les officiers et hommes de troupes « engagés directement dans la bataille ». Ce n'est ni suffisant ni clair, et je crains que ne se produisent

Lt-COLONEL ROUSSET

LES FAITS

L'Angleterre et la neutralité suisse. — A la suite de déclarations analogues, faites au gouvernement suisse par les représintants des Etats-Unis et de la France, le représentant britannique à Berne affirme que son gouvernement « respectera l'intégrité et la neutralité de la Suisse, aussi longtemps qu'elles seront maintenues par le gouvernement fédéral et respectées par les ennemis de la Grande-Bre tag le " .

Petrograd. — Le palais de Tauride est fermé par ordre du gouvernement maximaliste et aucun membre de la Constituante ne peut y pénétrer. Il n'y a plus de gouvernement légal en Fussie.

Russie, Angleterre et Japon. — Le conseil rvsse des commissaires du peuple adresse eue ambassadeurs de la Grande-Bretagne et eu Japon une demande d'explications sur la présence de navires dz guerre de ces deux puissances dans le p irt de Vladivcstock, sans avis préalable au gotvernement russe.

encore ces anomalies clioquantes que j 'ai eu à plusieurs reprises l'occasion de signaler, telles par exemple que l'exclusion des conducteurs d'artillerie et des ravitailleurs. Il faut, sur ce sujet, des textes précis, qui ne prêtent point à interprétations diverses et variées consacrant la formule : vérité en deçà, erreur au delà. Ce n'est pas chose difficile, j'imagine, pour peu qu'on veuille s'en donner la peine, d'établir par catégories invariables la liste de tous ceux qui sont réellement au dan-

En France et en Italie. — Les communiqués ne signalent que des coups de main et des engagements de patrouilles sans conséquences militaires.

Sur mer. — A 5 h. 30 du matin, les croiseurs Gœben et Breslau sortent des Dardanelles, attaquent et coulent des monitors anglais stationnés à la pointe nord-est de l'île d'Imbrcs, puis se disposent à gagner la haute mer en faisant route vers le sud, lorsque le Breslau heurte une mine et sombre en s enfonçant par l'arrière. Le Gœben remet alors le cap sur les Dardanelles, mais il est avarié et a dû, lui aussi, toucher une mine; il parvient cependant à remonter doucement le détroit et va s'échouer à l'extrémité de la pointe de Nagara.

Dans les eaux européennes les Allemands perdent 2 contre-torpilleurs qui sautent sur des mines à leur sortie d'Héligoland, et les Anglais ont un navire d'escorte armé torpillé et coulé dans la Manche.

ger. J'appelle sur ce point, dont l'importance n'est pas contestable; l'attention de ceux qui seront chargés définitivement de codifier les mesures annoncées. Cer tains se blessent quelquefois plus de ( qu'ils croient être un passe-droit qu^ des privations qu'ils savent obligatoires. Que la porte soit donc strictement fermée aux limitations arbitraires. Et surtout qu'on fasse vite. En cette quatrième année de guerre, l'heure n'est plus au formalisme ni aux longues discussions.

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