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L'UKRAINE. — LES SUCCÈS BRITANNIQUES

(22 Janvier.)

L'Ukraine, qui avait fait mine de résister au courant pacifiste, vient de mettre bas les armes à son tour. Nous le déplorons, sans en être autrement étonnés. Le peuple russe, plutôt que de se battre contre l'étranger, préfère se battre entre soi. Affaire de goût, mais opération dangereuse et qui finira inévitablement par faire de l'ancien empire des tsars une poussière de nations sans ressort et sans forces. Ces défections

successives sont des crimes, surtout contre soi-même. On n'avait vu aucune nation se suicider aussi bénévolement depuis le bas-empire romain.

La dépêche qui nous annonce l'événement est si nébuleuse que des réserves sont à faire sur un traité qiii paraît amorcé, mais non pas tout à fait conclu. On se demande seulement ce que vont devenir en cette affaire Kadeline, ses cosaques

Carte du secteur de la basse Piave.

Lt-COLONEL ROUSSET

et Kornilof. Signeront-ils la paix, eux aussi, après avoir crié si haut qu'elle leur répugnait? Rien nest impossible, encore que tout soit douteux. Et puis, quelles sont exactement les frontières de l'Ukraine et jusqu'oii s'étendent les pouvoirs de la Rada de Kief ? Voilà encore une question que les plénipotentiaires auront quelque peine à trancher.

Quoi qu'il en soit, l'évanouissement du dernier espoir que nous conservions sur le réveil russe ne doit rien changer à nos résolutions. Et qui sait si, pour mieux soutenir celle-ci, nous ne trouverons pas des compensations par ailleurs? Les succès ininterrompus que remportent nos alliés anglais en Palestine, la victoire navale qui vient de coûter aux Turcs les deux unités fameuses dont la munificence intéressée du kaiser leur avait fait présent, la supériorité éclatante qu'affirment nos alliés en Orient, sur terre comme sur mer, tout cela ne pourrait-il pas amener certains changements dans la carte de la guerre, pour peu que la diplomatie de l'Entente voulût bien y aider?

Le Gceben et le Breslmi étaient comme les garants du prestige allemand dans

les eaux ottomanes. On se souvient même que ce fut leur arrivée à Constantinople, vers la fin de 191 4, qui décida les Jeunes- Turcs à jeter le masque et à se déclarer les satellites de Guillaume II. Réduits à l'état d'épaves, pourront-ils encore jouer leur ancien rôle de talismans? Il suffit que la question se pose pour que son importance éclate à tous les yeux.

C'est donc avec grande raison que nos alliés britanniques poursuivent énergiquequement leur campagne orientale. Les avantages qui en résultent pour eux ont, en Angleterre, retourné l'opinion contre ceux qui la jugeaient inopportune. Et, en même temps, un courant semble s'établir en faveur de l'unité d'action sur le front occidental, laquelle avait soulevé tant d'oppositions. La retraite du colonel Repington est, à cet égard, significative, car on n'a pas oublié la campagne menéecontre cette unité par l'éminent écrivain, à qui, bien que ses idées ne soient pas les nôtres, nous rendons l'hommage qui lui est dû. Ainsi, le jugement public s'éclaire à la lumière des faits, et le sens pratique, si répandu chez nos alliés, reste le plus, fort.

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