QUELLES SERONT LES DECISIONS DE LA CONFÉRENCE INTERALLIÉE
(30 Janvier.)
Le comité de guerre interallié tient, aujourd'hui, sa première séance. D'assez graves questions vont occuper son temps, dont la plus urgente est celle qui concerne la parade que nous pouvons opposer à la grande attaque allemande, si celle-ci, comme il faut le prévoir, se produit aussitôt que l'affaire russe aura été réglée tant bien que mal. Celle-ci, à la vérité, ne paraît point en voie de solution rapide. Le soulèvement de l'Ukraine, dont les troupes, ralliées par l'armée roumaine et conduites par le vaillant Tcherbatchef, ont infligé aux maximalistes de sanglants échecs, complique singulièrement une situation déjà fort embarrassée. Si l'on ajoute à cela que des troubles intérieurs assez graves agitent l'Allemagne et l'Autriche, on s'aperçoit que les conditions ambiantes ne sont pas très favorables au développement d'une large opération militaire. Attendons-nous, cependant, à ce que les empires centraux, dans leur hâte d'en finir, ne reculent pas devant les coups les plus risqués.
Depuis quelque temps, sous l'impul-
sion vigoureuse du commandement et du gouvernement, le nécessaire a été fait pour limiter la portée de ceux-ci. Je n'entrerai, à cet égard, dans aucun détail qui serait indiscret. Il me suffira de dire que, d'abord, nous nous trouvons partout dans une situation incomparablement meilleure que lors d'autres attaques qui, elles-mêmes, ont piteusement échoué, puis, que cette situation est en train de s'améliorer encore. La bravoure de nos soldats achèvera de nous constituer un solide bouclier.
Il ne suffirait pas, cependant, pour nous donner la victoire. Se protéger contre l'ennemi est certes un bon commencement. Mais qui veut obtenir la décision dtit chercher autre chose. L'important est de s'organiser de façon à réduire finalement son adversaire à l'impuissance et, après l'avoir arrêté, de lui pousser l'épée dans les reins. Comment y parvenir?
Les troupes qui ont subi le choc, même victorieusement, ne sont jamais en état d'accomblir cette dernière besogne, et ce n'est p^mt leur faire injure que de le constata. L'achèvement de la bataille
(CI. Wyndhan.)
Train blindé français se rendant vers la ligne de feu.
U-COLONEL ROUS'lF-r
Les derniers me
^^fPi''''*^^ *^"^''''^' 9ni s'abritent derrière les nuages ou profitent de l'obscurité d, jcre^pourmze^^ assassiner d'innocentes victimes endormies, recevront tôt ou tard /en
lents d'un Gotha
fàtiment.Ici, les, éléments se sott faits justiciers'. Au retour d'un raid sur les comtés ie lest britannique, un Gotha sombre corps et biens dans les flots déchaînés.
Lt.COLONEL ROUSSET
LA GUERR AU JOUR LE JUUR
exige des éléments frais et intacts, des masses de manœuvre, en un mot, puisqu'il faut employer cette expression scholastique. En avons-nous? Je n'en doute pas un instant, connaissant la saine doctrine du commandement actuel. En avons-nous d'assez fortes et d'assez puissantes? A cela, je ne pourrais répondre d'une façon affirmative que si j'étais sûr que tous les alliés aient participé à leur constitution.
Et voilà alors, précisément, la tâche qui s'impose au comité entre les mains duquel se trouvent aujourd'hui remises nos destinées. Ceux qui le composent sont des hommes de foi et de volonté, pour qui le triomphe du droit universel est l'objectif suprême. Je les conjure de ne point se laisser obnubiler par des questions de particularisme ou d'amour-propre national, si impérieuses qu'elles puissent leur paraître. Salus populi suprema lex esto. Travaillons donc tous ensemble, et le plus étroitement possible pour le bien commun.
Si j'avais voix au chapitre, je dirais :
« Voyez, la Russie a déserté et s'effondre dans le gâchis. Le front occidental est maintenant le seul où le colosse germanique puisse être réduit en miettes. Le briserons-nous en lui portant des coups épars et individuels? Non. Nous ne le jetterons à terre qu'en conjuguant nos efforts, et donc les réserves disponibles de chaque pays ne doivent plus rester isolées. 11 faut les fondre ensemble pour former le bloc compact qui, porté sur le point vulnérable, finira par tout renverser. Une armée de manœuvre interalliée, commandée par un chef alerte et résolu, des chemins de fer prêts à la transporter à l'endroit que désignera le commandement suprême, voilà ce que nous réclamons une fois de plus, et qui devient indispensable. Vous qui êtes aujourd'hui les préparateurs de la victoire, soyez-en aussi les organisateurs ! Et sou venez- vous de la façon dont le grand Carnot forgea, pour Wattignies, l'instrument triomphal qui devait libérer le sol français. »
LES ITALIENS REPRENNENT DEUX IMPORTANTES PO«îîTIONS
(3 1 janvier.)
La bataille reprendrait-elle en Italie?
Les Autrichiens, en tout cas, n'en ont pas eu, cette fois, l'initiative, et même ils ont assez mal résisté au choc allié, puisqu'ils ont perdu en deux jours 2 6oo hommes, 6 canons et un abondant matériel. Quand ils se voient réduits à euxmêmes, ce sont d'assez piètres adversaires.
On s'en était déjà aperçu sur le Carso. C'est en cet endroit cependant que le feld-maréchal Boroevic, actuellement généralissime, a fait sa réputation, une réputation médiocre, il faut bien le dire, et qui le serait encore davantage sans le coup d'épaule de von Below. Il va tout de même être chargé non seulement de garder à lui
Anglais et Français devant nn canon lourd italien.
(Cl. Trampus.)
J-COLONEL ROUSSET
îeul les positions acquises, mais encore, aissure-t-on, de les élargir. L'empereur d'Autriche est, en effet, parti pour Udine, où il doit présider — du moins d'aucuns le prétendent — à une reprise d'offensive contre la plaine vénitienne. Si le fait est exact, les Autrichiens ont déjà eu un premier tort, celui de se laisser prévenir. Mais c'était d'eux, on le sait, que Napoléon disait qu'ils étaient toujours en retard d'un homme, d'une idée et d'une bataille. Depuis, ils n'ont pas beaucoup changé.
Je n'ai rien de nouveau à signaler par ailleurs. La situation est toujours grave dans les empires centraux et elle s'embrouille de plus en plus en Russie. La Finlande et l'Ukraine sont en feu et le gouvernement maximaliste de Petrograd se trouve encerclé dans une sorte de four-
ise. Peu nous importe qu'il puisse s'en
sortir. Mais il est évident que ces complications, au moment où nous sommes, affectent beaucoup plus les empires centraux que nous-mêmes, et. pour cette raison, nous devons les suivre avec un certain intérêt. D'autant plus que le kaiser lui-même ne peut se défendre de quelque appréhension. « Mon ardent souhait de chaque jour, écrit-il au président du Reichstag, est que mon peuple bien-aitné préserve son union à. l'intérieur comme à l'extérieur. » C'est dire que cette union lui apparaît comme sujette à caution. En effet, l'extensioni rapide que prennent les grèves est véritablement un signe des temps. Le gouvernement fait annoncer, il est vrai, que la répression sera sans pitié. Nous nous en doutons un peu, et les ouvriers allemande aussi, j'imagine. Mais la concorde ne naît généralement pas des conflits sanglants-