LA LEÇON DES GOTHAS
'2 Février.)
Vraiment, les Allemands nous la baillent t)elle quand ils parlent de représailles pour excuser leurs p'.us récents. assassinats. Ils sont comme ces cambrioleurs qui, surpris à dévaliser un appartement, crient de toutes leurs forces : « Au voleur ! » S'ils feignent d'oublier qu'ils ont les premiers violé effrontément toutes les conventions internationales, toutes les lois de la guerre, et, en particulier, bombardé des villes ouvertes, à ne citer que Nancy, l'univers entier, écœuré de tant de fourberie, est là pour le leur rappeler. Et nous sommes là, nous aussi, pour ne point l'oublier.
Il est aujourd'hui démontré que l'effet de terrorisation cherché n'a point été •obtenu. Bien au contraire, la conséquence
immédiate de cette honteuse escapade est un resserrement plus étroit des énergies et un raffermissement plus accentué dans la résolution de continuer jusqu'à ce que soit à jamais réduite à l'impuissance de mal faire la race de forbans qui déshonore l'humanité.
Il doit être maintenant bien entendu que, pour l'avenir, toutes les précautions nécessaires seront prises, et au besoin renforcées. Sans vouloir récriminer ni accuser personne — beaucoup de contingences particulières ' nous échappant — il est permis de remarquer que les premières explosions ont suivi de bien près les mugissements de la sirène, et que le temps pendant lequel les avions boches ont sur^'olé Paris paraît un peu long.
U-COLONEL ROUSSET
(CI. Beaufrère),
DUNKERQUE BOMBARDÉE : 1. L'église Suint-Éloi. - 2. Maison endommagée parane bombe. — 3. Avion ail smand abattu, exposé place Jean-Bart.
Lt-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Paris bombardé. — Les escadrilles d'avions ennemis, dit le convnuniqué officiel, ont franchi les lignes au nord de Compiègne et se sont dirigées sur Paris. Grâce à la grande limpidité de l'atmosphère, ils ont pu se maintenir à une altitude très élevée; ils approchèrent de l'agglomération parisienne du côté nord et nord-est, jetèrent successivement des projectiles sur plusieurs communes de la banlieue, puis, survolant Paris, principalement sur la rive droite de la Seine, ils lancèrent en quelques instants la presque totalité de leurs bombes.
Une trentaine d'avions français s'étaient portés à la rencontre de l'ennemi. Des combats ont eu lieu en plusieurs endroits au nord de la capitale, au cours desquels un avion allemand a été abattu: les aviateurs ont été faits prisonniers.
Le raid a duré de 24 h. 30 à \ h. 45. On compte 252 morts ou blessés.
En Grèce. — Un décret royal mobilise dix classes.
Après le raid sur Paris. — Le Comité directeur de la ligue des pays neutres pour la défense du Droit, dont la section centrale est à Amsterdam et qui a pour présidents d'honneur le comte de Romanonès, ancien président du Conseil des ministres d'Espagne, et le général Benavi^es, ancien président de la République du Pérou, adresse à tous les gouvernements neutres un télégramme de protestation contre les bombardements de Paris et de Londres. Ces bombardements constituent une violation flagrante de la Convention de La Haye du 29 juillet 1899, signée et ratifiée par l'Allemagne comme par les autres belligérants.
« Ces violations revêtent un caractère particulièrement grave, alors que les principaux hommes d Etat des belligérants s'efforcent de trouver les bases d'une paix possible. Les autorités militaires allemandes emploient des procédés qui sont de nature à reviifier les sentiments de haine entre les nations. »
Je ne veux pas dire qu'on aurait pu mieux faire ; j'enregistre seulement, à titre d'enseignement, un fait dont le public a été frappé. Après quoi, je reviendrai à mes moutons, c'est-à-dire à la nécessité qui s'impose d'activer, jusqu'aux extrêmes limites de la production, la construction de nos appareils de bombardement. M. Caproni a indiqué, en dehors des représailles immédiates que je persiste à croire souveraines, le ; moyen le meilleur de couper les ailes aux oiseaux de mort.
Ce moyen est indirect, j'ai dit moi-même pourquoi. Mais il n'en doit pas être moins efficace pour cela. Car si les Allemands nous ont jusqu'à ce jour épargné leur visite,
ce n'est point par bonté d'âme ni pour nous ménager, mais tout simplement parce qu'ils ne possédaient pas un matériel leur permettant d'agir à la fois en Angleterre et ici.
Ils l'ont aujourd'hui, ou du moins paraissent l'avoir. Rien donc ne les arrêtera plus, que la réduction de ce matériel à son ancien état, et sa destruction systématique, constante, obstinée, dans les installations même où on le gare, lesquelles ne nous sont point inconnues. Mais alors, comme toujours et partout, il faut, sous peine de perdre son temps, opérer par grosses masses en proscrivant les petits paquets et les efforts dispersés.