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LE SENS DE L'OPPORTUNITE

(3 Février.)

Nous avons appris hier, avec plaisir sans doute, mais non sans quelque étonnement, que, tandis que les avions allemands bombardaient la capitale, certains des nôtres étaient allés bouleverser l'aérodrome d'où la flottille scélérate venait de s'élever. .C'est fort bien. Mais une réflexion s'impose tout de suite, à savoir que cette opération aurait été beaucoup plus utile et efficace avant qu'après ou que pendant.

Comment ! nous sommes en mesure de porter le désordre dans les bases ennemies et Dieu sait si je m'en félicite ! Nous pouvons, avec de bons résultats — c'est le communiqué lui-même qui le dit — • jeter

des projectiles de gros calibre sur les a'hodrorms de départ des avions venus sui* Paris, bouleverser leurs points d'atterrissage, détruire leurs magasins ; et nous attendons, pour y proiiéder, que les aviateurs ennemis aient fait ici 255 victimes, dont 49 morts ! C'est vraiment une longanimité sans exemple, tellement qu'il doit y avoir, dans le papier officiel, quelque erreur de rédaction. Ou alors c'est que le service de l'aviation exige une réforme radicale, qui rende impossible le retour de pareils défauts de synchronisme. Laissons aux célèbres carabiniers des Brigands le moaopDie des trop tardives interventions.

Li -COLONEL ROUSSFT

LES FAITS

Le roi Albert et le général Léman. — Le roi reçoit à la légation de Belgique, à Paris, l'héroïque défenseur de Liège, lui exprime la reconnaissance de la nation et lui remet le grand cordon de l'ordre deLéopold avec la croix de guerre belge.

Conseil supérieur de guerre. — Du 30 janvier au 2 février, dit une note officielle, le Conseil supé' rieur de guerre interallié, sous la présidence de M. Clemenceau, a tenu szpt séances plénières à Versailles.

Le Conseil a examiné avec le plus grand soin les déclarations récentes du chancelier allemand et du ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie. Il lui a été impossible d'y rien trouver qui se rapproche des conditions modérées formulées par les alliés...

Dans ces conditions, le conseil a jugé que son seul devoir immédiat est d'assurer la continuation, avec la dernière énergie et par la coopération la plus étroite, de l'effort militaire des alliés.

Inutile d'insister sur ce pénible sujet puisque, aussi bien, il nous donne par quelque côté matière à confiance. Ce qui a été fait après coup pourra l'être, une autre fois, plus opportunément. C'est une simple question d'ordre et de méthode.

Seulement, pour obtenir ces deux choses essentielles, il faut une direction moins éparpillée que celle qui existe encore actuellement. Paris n'est pas seulement une place forte ayant un rôle spécial à jouer dans la défense nationale, ni un camp retranché quelconque. C'est lacapitale de la France, le cerveau et le centre moteur du pays. Il doit donc être protégé d'abord par ses propres forces, puis par l'armée elle-même, c'est-à-dire que la constitution d'un système d'ensemble s'impose, comprenant la mise en œuvre concordante et harmonique de tous les moyens existants, abstraction faite, bien entendu, des organes d'exploration, derepérageet deréglage, dont dispose le commandement seul.

En Lorraine. — A3 heures du matin, l'ennemi dirige sur nos tranchées dans la direction de Bures un très violent feu d'artillerie et lance presque aussitôt un détachement de Volontaires de 200 hommes, arrivé depuis quelques heures et porté en première ligne au moment de l'attaque. Mais nos guetteurs font bonne garde et nos hommes sont rapidement à leurs postes de combat; les assaillants, décimés par nos tirs de mitrailleuses avant d'avoir pu arriver jusqu'à nos réseaux de fil de fer, se replient en désordre et regagnent leurs tranchées après avoir subi de lourdes pertes.

Région de l'Ailette. — Un petit poste allemand est enlevé au nord-ouest de Courtecon et ramené tout entier dans nos lignes, avec du matériel.

Front américain. — Nos alliés tiennent maintenant un secteur de première ligne au nord-est de Toul: le secrétaire d'Etat à la guerre, aux Etats-Unis, l'annonce à ses concitoyens dans son résumé hebdomadaire.

Quand donc comprendrà-t-on que l'unité de direction doit être de règle dans tous les services et que, sans elle, on n'obtiendra jamais que des profits insuffisants ou trop tardifs? Ces destructions préalables, et non consécutives, des bases ennemies, qui deviennent si nécessaires en présence de l'accroissementrapide du matériel allemand; ces bombardements de représailles à effectuer sur certaines grandes villes placées à notre portée, dans le but de rappeler nos farouches adversaires à la prudence, tout cela est affaire de centralisation des pouvoirs dans une main ferme, que ne vienne point paralyser l'éparpillement des responsabilités.

Je ne sais si on a suffisamment songé jusqu'ici à ces vérités. Mais le moment est arrivé de leur sacrifier tout le reste, si nous voulons que, contrairement à ce qui s'est passé mercredi, la riposte vienne au bon moment et ait au moins le sens de l'opportunité.

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