POURQUOI LES RAIDS D'AVIONS
(4 Février.)
Je ne suis pas très sûr que le raid de mercredi dernier ait eu uniquement pour but d'ajouter quelques assassinats à la liste déjà si longue de ceux qui ont été commis un peu partout et depuis quelque trois ans par ordre de Guillaume II. Les Allemands sont dès longtemps fixés sur le degré d'efficacité que possèdent, au point de vue de la terrorisation, leurs procédés
sanguinaires. En y persistant avec frénésie, ils ont certainement une idée de derrière la tête, qui touche à la conduite générale de la guerre, telle qu'ils entendent la diriger.
Il se pourrait donc fort bien que edéploiement considérable de forces aériennes auquel nous assistons fût purement et simplement le prodrome de l'offensive
Ll-COLONEL ROUSSET
terrestre. En ce qui concerne partioulièrement les attaques snr Londres, tout fait supposer qu'il l'est. L'ennemi, préoccupé des progrès rapides que nos alliés ont faits en aviation, espérait les obliger à ramener en Grande-Bretagne, pour la sécurité de leur territoire, une bonne partie des appareils réunis sur le front, et, dans ce but,
effarouchée le plus grand nombre possible d'avions et d'aviateurs, en un mot de déblayer le terrain, comme cherchait à faire autrefois la cavalerie de bataille pour éviter au gros certaines investigations gênantes, les tonnes de projectiles lancées sur la capitale ne seraient pas du métal perdu . Seulement, Paris ne s'afîole pas
(Cl. Barrière.)
Paris assure la défense de ses trésors artistiques contre de nouvelles incursions de Gothas : Sacs de sable protégeant les portails de Notre-Dame.
il a précipité ses attentats. Ses prévisions cependant ont été trompées. Grâce à une surproduction intensive, un cordon assez serré a pu être tendu -entre Londres et les côtes, dans lequel les pirates de l'air se font souvent prendre au lasso, une fois leur forfait accompli, quand ils ne s'y heurtent pas à l'aller. Et, au total, le banditisme opéré en Angleterre a cessé d'être un acte de tout repos.
Ici, je crois, l'objectif est le même, si ses résultats ne sont pas encore tout à fait pareils. D'une façon générale, l'aviation germanique est beaucoup plu s éprouvée que celle des alliés, puisque, au cours du mois de janvier dernier, elle a perdu 286 aéroplanes, contre loi seulement de notre côté. Si donc il était possible, avant d'entamer les opérations de guerre proprement dites, d'affoler Paris, de drainer vers la capitale
Paris ne s'effarouche ni ne se désoriente. Il demande sans doute à être protégé, mais non pas au détriment de la sécurité générale et de la solidité du front. Et si, comme c'est très vraisemblable, il y a, dans les menaces qu'onluifait, une manœuvre, celle-ci tourne court. Mais ce n'en est pas moins quelque chose dont il faut se garer, comme de tout ce qu'entreprend un adversaire capable des pires traîtrises et des plus ignominieux subterfuges. Je veux dire que notre activité productive doit être telle qu'il soit possible d'armer à la fois et les abords de la capitale et les tranchées de l'avant, sans oublier la constitution des instruments d'offensive dont j'ai déjà indiqué la nécessité.
Puisque la guerre de l'air tend à prendre la prédominance, ne permettons pas à l'ennemi de s'y installer, avec l'audace de tout oser.
Li-COLONEL ROUSSET
A Kief: La foule attend la distribution de pain.
FORMULES ET REALISATIONS
(5 Février.)
Personne, je suppose, n'a pu s'imaginer que le gouvernement nous fournirait un procès-verbal détaillé des conférences de Versailles, car c'eût été en même temps le fournir à l'ennemi. Je me persuade cependant que celui-ci ne lira pas avec plaisir la note volontairement prudente et réservée qui vient d'être publiée sur les travaux du comité interallié, et cela pour deux raisons. D'abord, il peut y voir que nous sommes absolument résolus, tous tant que nous sommes, à poursuivre notre effort militaire « avec la dernière énergie ». Ensuite, il va s'apercevoir — et c'est là sans doute qu'jl trouvera surtout matière à réflexion — que cet effort sera, dans l'avenir, plus compact, c'est-à-dire plus redoutable et plus difficile à parer.
M. le président du Conseil a condensé dans une heureuse formule les résultats obtenus par le complet accord des alliés sur le terrain politique et ' militaire. «Le comité, a-t-il bien voulu nous dire, a serré d'aussi près que possible les réalités pratiques de l'unité de commandement. » Ce qui signifie que si cette unité qui, après tout, n'estpasun dogme, n'a pu être réalisée sous son nom, elle se traduira tout de même en effets tangibles et patents. Nous n'en demandons pas plus.
Quand nous avons souhaité l'institutian d'un généralissime interallié, ce n'était point par fétichisme d'un vain titre où d'un mot concret. C'était parce que nous considérions comme indispensable l'unité de politique et d'action sans laquelle il n'est que des bonnes volontés éparses et inopérantes. Les alliés ont actuellement besoin de deux choses : une coordination plus étroite et plus efficace de leurs moyens et de leur énergie, puis la mise en commun des disponibilités en hommes que chacun d'eux possède, pour les faire concourir, judicieusement et opportunément, à l'ottention d'un résultat qui est le même pour tous. Ces deux choses, on nous affirme que le comité de Versailles nous les donne. Acceptons-les donc de bon gré, sous quelque dénomination qu'elles nous soient présentées.
Leur octroi doit d'ailleurs entraîner forcément la constitution de la masse de manœuvre que j'ai souvent réclamée et à qui revient normalement la mission de provoquer les dénouements. La règle donnée par Napoléon est toujours vraie : « Être le plus fort à un moment donné et sur un point donné. » Or, comment y satisfaire sans l'intervention d'un instrument spécial, tenu, jusqu'à l'heure décisive, en dehors des fluctuations de la bataille, et n'y
n-COLONEL ROUSSET
LES FAITS
En Italie. — Les Austro-Allemands multiplient les raids d'avions sur Venise, Padoue, Mestre et Trévise, Ces trois dernières villes ont été survolées à plusieurs reprises depuis douze heures: l'hôpital civil de Trévise a été atteint. Le roi visite les lieux frappés et les victimes : il est l'objet de manifestations de dévouement de la part des populations.
En Russie. — La presse reproduit le télégramme d'un général attaché au haut commandement et qui signale l'état lamentable de l'armée: un grand nombre de secteurs du front sont dégarnis; les réserves ne relèvent plus leurs camarades dans les tranchées. L'instruction des troupes est nulle et la discipline a disparu; les ordres ne sont pas exécutés et les désertions s'effectuent en masse.
Les réseaux de fil de fer ont été enlevés pour faciliter les fraternisatiom et les échanges / il serait impossible de résister à une attaque quelconque.
Front occidental. — Actions de détail dans la région de Corbeny et à la Fille Morte.
Guerre aérienne. — Une escadrille française survole Sarrebriick et bombarde avec succès cet important nœud de voies ferrées. Attaqués par plusieurs groupes d'avions ennemis, nos aviateurs acceptent la bataille, abattent 3 appareils ennemis et rentrent au complet dans nos lignes.
Etats-Unis. — Le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, en déposant une demande de crédits, déclare : « L'accord parfait existe au sujet de l'assistance que les alliés attendent des Etats-Unis et de la mesure dans laquelle les Etats-Unis peuvent fournir cette aide, ainsi que de l'époque et de la manière dont ils la fourniront. »
Reine Elisabeth. — La reine des Belges a reçu la médaille de la reconnaissance française.
participant que pour achever, d'un coup de massue, l'œuvre que les autres ont pu seulement ébaucher? Il faut, cela est indubitable, que cet instrument soit bien dirigé. Mais ici, plus d'embarras. Les fastes
de cette guerre, qui certainement étaient présents à l'esprit des hauts commissaires de Versailles, je ne dis pas seulement les nôtres, mais ceux d'Angleterre et d'Italie, ont suffi, à inspirer leur choix.